Cadavres exquis 1.

Chapitre 1.

Elle marche.
Elle marche à pas lourds, fatiguée.
Elle avance sans savoir où elle va sur cette route humide.
Elle avance depuis longtemps déjà.
Combien de temps ?
Elle n’en sait rien. Le temps est devenu aussi lourd que ses pas, que ses jambes qui lui font mal, que cette tête qui la lance d’une migraine agressive.
Il a plu, il ne pleut plus. La route est lisse, brillante de la clarté glauque des réverbères. Il doit y avoir une ville quelque part. Où ? Elle ne se souvient d’aucune ville. Sa mémoire est trop lasse pour les souvenirs. Juste une douleur derrière le front.
Elle marche. Un pas, puis l’autre.
Et chaque pas est plus lourd à avancer que le précédent.
Il a plu.
Elle est trempée malgré cet imper court. Sa jupe colle sur ses bas, son pull sur son caraco de dentelles.
Etrange.
Pourquoi des bas ? Pourquoi cette lingerie fine ?
Elle ne sait.
Qui était-elle avant de marcher sur cette route, car il y a eu un avant, elle en est certaine. Un prénom flotte au fond de sa mémoire, juste à portée de son cerveau. Elle tente de le capter, il s’enfuit.
Elle porte une valise. Pourquoi ? Qu’y a-t-il dans cette valise ?
Là encore, il n’y a que le vide. Une petite valise, rouge.
Elle est trempée, elle a froid, mais elle pousse ses jolis escarpins à talons qui continuent de progresser.
Un ronronnement sourd derrière elle. Une voiture, énorme, presque silencieuse, stoppe à sa hauteur.
Elle cesse de marcher.
Maintenant qu’elle s’est arrêtée, elle sent qu’elle ne pourra repartir.
Elle ne bouge pas, fixe le bitume.
La porte de la voiture luxueuse s’ouvre. Si le type qui conduit lui dit quoi que ce soit, elle saura lui répondre. Ne jamais monter dans une voiture inconnue lui disait sa mère. C’est vrai elle avait une mère.
Mais non, il ne dit rien. La porte reste simplement ouverte. Elle voit deux yeux qui brillent, même pas son visage.
Il attend.
Sans rien dire.
La pluie se remet à tomber en longs traits glacés.
Alors elle monte.
Elle est si fatiguée.
Elle n’a rien à perdre après tout.
L’automobile redémarre dans un feulement aquatique.
Les roues tracent une double ligne dans la couche liquide.
Deux sillons éphémères
Qui s’effacent vite pour ne laisser que la brillance d’une surface lisse comme un miroir.
Comme sa mémoire.

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