Cadavres exquis 2.

Silence.
Il fait bon dans l’habitacle.
Les lampadaires défilent, s’estompent, disparaissent.
La nuit.
De temps en temps, une gerbe de phares.
La pluie s’intensifie.
Insidieusement, puis à gros bouillons qui claquent sur le métal.
Le véhicule ne ralentit pas, traçant sa route comme happé par la buée.
Elle n’a pas bougé.
Combien de temps ?
Impossible à savoir.
Quelle importance ?
Elle se décide à bouger, pose la valise à ses pieds, se frotte le visage.
Une main lui tend une serviette.
‒ Merci.
Elle enlève son imper, le pose à l’arrière sur le siège de cuir blanc, s’essuie soigneusement.
Délicatement.
Les cheveux, le visage, le cou, les bras.
Elle soulève sa jupe, essuie les bas.
Pourquoi des bas ?
Enlève ses chaussures.
Les pieds nus sur la moquette.
Elle pose la serviette sur ses genoux.
Se tourne.
‒ Bonsoir dit-il.
‒ Bonsoir répond-elle.
Il sourit en la regardant puis revient à la route.
Un éclat de phares l’illumine un instant.
La trentaine, un visage pale, nez droit, bouche fine, yeux noirs, cheveux noirs bien coiffés.
Des traits marqués, du caractère.
La nuit retombe avec juste les lucioles du tableau de bord, le jaillissement d’eau des phares sur la route.
Elle se détend, allonge ses jambes.
Odeur d’humidité.
Elle frissonne.
‒ Tenez.
Il passe le bras vers le siège arrière, tend un manteau.
Un manteau profond comme un duvet.
Elle se love comme une chatte, les jambes serrées sous elle, blottie. Une odeur d’homme, un parfum musqué, une douce chaleur.
Des lumières.
Un hameau.
Qui fuit.
Elle s’endort.

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