Croisette en hiver

Encre de chine
Format : 50 cm par 70 cm

Tableau mis en vente  encadré de noir et protégé sous verre.
Livraison faite à domicile par l’artiste.
800 €
(frais de livraisons compris)
Pour plus de renseignements ou pour l’acheter, contactez-moi par mail
creartiss@orange.fr

Cadavres exquis 1.

Chapitre 1.

Elle marche.
Elle marche à pas lourds, fatiguée.
Elle avance sans savoir où elle va sur cette route humide.
Elle avance depuis longtemps déjà.
Combien de temps ?
Elle n’en sait rien. Le temps est devenu aussi lourd que ses pas, que ses jambes qui lui font mal, que cette tête qui la lance d’une migraine agressive.
Il a plu, il ne pleut plus. La route est lisse, brillante de la clarté glauque des réverbères. Il doit y avoir une ville quelque part. Où ? Elle ne se souvient d’aucune ville. Sa mémoire est trop lasse pour les souvenirs. Juste une douleur derrière le front.
Elle marche. Un pas, puis l’autre.
Et chaque pas est plus lourd à avancer que le précédent.
Il a plu.
Elle est trempée malgré cet imper court. Sa jupe colle sur ses bas, son pull sur son caraco de dentelles.
Etrange.
Pourquoi des bas ? Pourquoi cette lingerie fine ?
Elle ne sait.
Qui était-elle avant de marcher sur cette route, car il y a eu un avant, elle en est certaine. Un prénom flotte au fond de sa mémoire, juste à portée de son cerveau. Elle tente de le capter, il s’enfuit.
Elle porte une valise. Pourquoi ? Qu’y a-t-il dans cette valise ?
Là encore, il n’y a que le vide. Une petite valise, rouge.
Elle est trempée, elle a froid, mais elle pousse ses jolis escarpins à talons qui continuent de progresser.
Un ronronnement sourd derrière elle. Une voiture, énorme, presque silencieuse, stoppe à sa hauteur.
Elle cesse de marcher.
Maintenant qu’elle s’est arrêtée, elle sent qu’elle ne pourra repartir.
Elle ne bouge pas, fixe le bitume.
La porte de la voiture luxueuse s’ouvre. Si le type qui conduit lui dit quoi que ce soit, elle saura lui répondre. Ne jamais monter dans une voiture inconnue lui disait sa mère. C’est vrai elle avait une mère.
Mais non, il ne dit rien. La porte reste simplement ouverte. Elle voit deux yeux qui brillent, même pas son visage.
Il attend.
Sans rien dire.
La pluie se remet à tomber en longs traits glacés.
Alors elle monte.
Elle est si fatiguée.
Elle n’a rien à perdre après tout.
L’automobile redémarre dans un feulement aquatique.
Les roues tracent une double ligne dans la couche liquide.
Deux sillons éphémères
Qui s’effacent vite pour ne laisser que la brillance d’une surface lisse comme un miroir.
Comme sa mémoire.

La piscine

Louis sort de l’ombre rassurante des cabines pour s’éblouir de soleil au bord de la piscine pleine de monde. Mal à l’aise dans ce slip de bain collant sur les fesses mais flottant sur les cuisses trop fluettes, dans ce corps maigre, cette poitrine un peu creuse, ces bras, ces jambes, longs, aussi fins que des baguettes de tambour. Cheveux roux ébouriffés, taches de rousseur.
Seize ans, l’envie d’être ailleurs, n’importe où.
Il pose sa serviette le long du mur, fait deux pas, s’assied sur le rebord bleuté, glisse les pieds dans l’eau, les épaules rentrées, ne regardant rien ni personne.
Le brouhaha qui l’entoure pourrait lui faire une coquille rassurante où il aimerait disparaître.
Mais non.
Il les a aperçus du coin de l’œil. Il sait que, de l’autre bout du bassin, ils l’ont repéré.
Boris l’intellectuel, Hugo le costaud, Dylan le rigolard, tous les autres plus deux trois filles allongées sur des draps de bain. La bande de la piscine, du bahut, de la rue. On en fait partie ou l’on en est exclu. Elle fait sa loi, nul ne peut l’ignorer, lui, en est le bouc-émissaire.
Trois ans que ça dure.
Il aurait aimé rester chez lui, dans sa chambre protégée, mais sa mère ne l’entendait pas de cette oreille.
‒ Va à la piscine. Du soleil, l’eau, les copains, ça te fera du bien.
Tu parles.
Il courbe un peu plus le dos. Voilà Boris qui se lève, lance une phrase qu’il ne comprend pas aux voisins qui se lèvent aussi, les épaules carrées du gros mastard, le front débile du plaisantin. Ils commencent à faire le tour.
Il frémit.
Un mouvement, une silhouette vient de se glisser à son côté.
Il tourne la tête, étonné.
Deux jambes superbes, rondes et galbées, un maillot deux pièces blanc cassé attaché de liens coquins à pois noirs, un ventre plat, bronzé, un cou parfait, une bouche rouge, deux yeux rieurs et tendres.
Il la connaît pour l’avoir remarquée souvent, détaillée sans cesse, l’une des plus belles femmes de l’endroit, pas une fille, une vraie femme qui a au moins la trentaine, une assurance, qui sait l’effet qu’elle produit chez les hommes et en sourit.
Il n’en revient pas de la voir là. Son cœur bat à gros bouillons.
‒ Comment tu t’appelles ?
‒ L… Lou… Louis.
‒ Je te propose un marché, Louis. Tu deviens mon partenaire de piscine à l’avenir, tu évites ainsi que tous ces gros laids m’embêtent et en échange, eh bien…
Elle se penche, l’enlace, l’embrasse sur la bouche longuement.
Comme dans les films.
Si la batteuse qui lui sert de cœur n’explose pas, c’est qu’il a seize ans.
Elle rit. Il voit ses yeux à deux centimètres de son visage. Il voudrait…
Elle recommence.
Est-ce une impression où le vacarme de la piscine s’est soudain arrêté ?
Lorsqu’il ressort de cette plongée en apnée, il découvre la bande, arrêtée à mi-distance, Boris la face d’un poisson mort, les autres tétanisés.
Et c’est lui brutalement, qui sourit, les regarde en pleine face, et Boris… baisse les yeux.
‒ Tu viens ?
Dans une éclaboussure, elle plonge, parfaite, belle comme une ondine. Il se précipite à son tour, sans soucis des « on-dit », sans honte de son corps qui ne demande plus qu’à se muscler.
Arrivés à l’autre bord, tous les deux ensemble, ils s’embrassent encore.
Le brouhaha ne s’interrompt plus, les autres se sont remis à leur place, le monde a changé d’un coup.
Louis se sent bien.

Photo : Isabelle Sweetginger

Cadavres exquis : préface

Une idée m’est venue parmi beaucoup d’autres (J’ai plein d’idées, c’est là mon moindre défaut)
Et si je mettais ici le roman que je suis en train d’écrire…
Au fur et à mesure de son écriture, dans sa version brute avant correction puis recorrection, donc avec les fautes, les erreurs de style, les répétitions, que vous me pardonnerez (enfin j’espère).
Une façon comme une autre de me donner un certain rythme.
Et peut-être pour vous un certain plaisir de découvrir une histoire en train de se composer.
Alors tentons le coup avec celui  que je commence d’écrire en ce moment.
Son titre : « Cadavres exquis ».
Le début ici bientôt….