Gab

J’attends.
J’observe.
Ils sont deux qui se ressemblent.
L’un encore jeune, l’autre plus âgé.
Ils sont deux masses de chairs molles, deux gros bras blancs, deux triples mentons, deux yeux clairs écarquillés dans deux faces de pierrot lunaire, deux corps adipeux dans deux survêtements gris maculés de taches brunes.
Le plus jeune a les mains aux hanches, le sourcil hagard. L’autre, sans doute le père, une bouche en station de métro.
Ils se regardent, inertes devant l’ordinateur incompréhensible.
Guichet automatique de banque.
La carte ressort pour la seconde fois,  pour la seconde fois la main grasse la récupère.
– Boh, ça marche pos !
– Attends.
Le père la prend, l’essuie sur le bord de la manche crasseuse.
– Recommence.
Il recommence, tape son code, déchiffre les inscriptions cyrilliques.
Sibyllines.
Incompréhensibles.
– Y vôs Pas !
De nouveau le carré de plastique ressort.
Encore perdu.
Ils se reculent, tous deux en même temps, fixent avec  haine l’engin.
Désapprobateurs.
Leurs épaules tombent d’un coup, ensemble. Ils ont si souvent perdu à ce genre de jeux.
Si souvent.
Ils retournent à pas lents vers la Mercedes-break bignée de toutes parts.
Je laisse s’enfuir deux trois secondes puis m’avance à mon tour.
Je glisse ma carte, tape mon code, récupère quarante euros.
Ouf ! Ils m’ont fait peur, ces deux zigotos.
Je m’éloigne.
Le fils, qui s’apprêtait à se poser dans l’automobile déjà ouverte, se relève avec une vitalité qu’on ne lui donnerait pas.
Il se campe devant l’outil électronique, le fixe, yeux dans le cadran, se penche…
Et lui crache au clavier un glaviot rédhibitoire.
Je souris malgré moi.
Tout en retournant vers le véhicule qui grommelle déjà, il lâche entre les dents en lançant un dernier regard à la machine indocile.
– Conasse !
Je ne souris plus.

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