Les deux fumeurs

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Orléans.
Rue des Carmes.
Jacques se promène, mains dans les poches.
Il ne fait pas très chaud.
Cette rue qui était l’une des plus gaies et vivantes de la ville est devenue peu à peu un cimetière.
Les édiles ont cru bon d’installer un tramway, d’éliminer les arbres, de les remplacer par une longue esplanade de pierres blanches, torride l’été, glaciale l’hiver.
Les commerces traditionnels ont disparus les uns après les autres. Terminé ce petit café qui faisait le coin, cette terrasse minuscule aux tables à carreaux rouges. Fermé ce bazar où l’on trouvait de tout depuis la serpillère jusqu’aux lampadaires de jardin. La boucherie n’est plus qu’une vitrine de fleurs, le cordonnier une vitre brisée où meurent les araignées. Même la pharmacie vous fixe de ses carreaux blêmes aux papiers déchirés.
Quelques éclopés, on ne sait trop comment, survivent. Le coiffeur aiguise ses ciseaux devant sa porte, tablier de cuir à l’ancienne, calvitie, bavardage. La mercière un peu courbée papote avec la fleuriste aux cheveux mi blonds, mi blancs. L’épicier marocain choisit trois pèches pour une grosse dame à caddy et tablier fleuris.
Dinosaures. Ils n’en ont plus pour longtemps.
Voici la place de la Croix Morin.
Deux arbres en pot, facile à déplacer mais rachitiques, tristes. Un bar se proclame « Le Bistrot », mais n’est tout au plus que le « hall de gare » avec ses tables en plastique, ses chaises en fer. Un « Net Phone », un coiffeur rapide, un traiteur japonais encadrent une devanture rose aux lettres effacées.
Mais, là-haut, pipe au bec, sourire aux lèvres, le petit homme est toujours présent.
Jacques s’assied sur le banc rond autour d’un platane épargné, sans feuilles. Un clin d’œil à son compagnon perché.
Il sort tranquillement sa pipe, la bourre.
Songeur.
Voilà soixante ans aujourd’hui qu’il vient dire bonjour à son copain le fumeur, assis sur son toit. Quand il a commencé, il avait vingt ans. Il se souvient de sa découverte, de ce petit bonhomme posé sur cette pierre, le nez en l’air, rêveur, fumeur de pipe.
Ils se sont plu tout de suite.
Ensuite, au minimum une fois par semaine, il venait faire un coucou, fumer à deux un moment. A l’époque, le coin était agité. On courait, on gueulait, on riait, on s’interpellait.
On finissait par le connaître, il était devenu une figure du quartier. On le saluait.
Sans bien comprendre.
Parfois une ombre s’asseyait, discutait. Il y a eu des rencontres qui ont durées.
C’est là qu’il a croisé sa femme, là qu’il lui a dit qu’il l’aimait, là qu’il a fait sa demande en mariage.
C’est là qu’il est venu pleurer sur sa mort longtemps plus tard.
Soixante ans. Une vie. Sa vie
Qu’est-ce que c’est dans la durée de ce lutin de pierre que ces soixante années ? Sans doute pas grand-chose. Depuis combien de temps existe-t-il ? L’âge de cette maison ? Un siècle, deux ? Qui a pu le sculpter, assis au bas de ce toit ?
Il ne le saura jamais.
Ce sera sans doute une parenthèse d’amitié dans la longue existence fixe de ce petit personnage. Il espère qu’elle lui aura plu autant qu’à lui.
Depuis qu’il est à la retraite, jacques vient chaque jour. Il a le temps.
Il bourre sa bouffarde, la rallume, explique en bougeant les lèvres sans parler.
‒ Tu sais, aujourd’hui, c’est un jour spécial.
Demain il se fait opérer.
La prostate.
Ce ne sera rien sans doute, mais il tient à le lui dire, à ce que l’autre l’accompagne dans ce moment difficile.
Et puis, on ne sait pas, s’il devait ne plus revenir.
Il éteint sa pipe, se lève en geignant, jette un regard à son ami.
Un petit signe de la main. Demain, pour la première fois depuis vingt ans, il ne sera pas là.
Il s’éloigne lentement.
Pourquoi a-t-il la sensation, sans se retourner, que le petit bonhomme de pierre à ôté sa pipe de sa bouche, sourit, lui murmure.
‒ Bonne chance Jacques !

 

 

Gribouillis du jeudi

Dessin 207

Si ce dessin vous plaît, vous pouvez me l’acheter 10 € (Frais d’envoi compris)
Notez le numéro du dessin et écrivez-moi sur mon mail.
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Je vous l’enverrai daté, signé, et pourquoi pas dédicacé.

Entrée des artistes

Encre de chine
Format : 50 cm par 70 cm

Tableau mis en vente  encadré de noir et protégé sous verre.
Livraison faite à domicile par l’artiste.
600 €
(frais de livraisons compris)
Pour plus de renseignements ou pour l’acheter, contactez-moi par mail
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Gribouillis du lundi

Dessin 206

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Gab

J’attends.
J’observe.
Ils sont deux qui se ressemblent.
L’un encore jeune, l’autre plus âgé.
Ils sont deux masses de chairs molles, deux gros bras blancs, deux triples mentons, deux yeux clairs écarquillés dans deux faces de pierrot lunaire, deux corps adipeux dans deux survêtements gris maculés de taches brunes.
Le plus jeune a les mains aux hanches, le sourcil hagard. L’autre, sans doute le père, une bouche en station de métro.
Ils se regardent, inertes devant l’ordinateur incompréhensible.
Guichet automatique de banque.
La carte ressort pour la seconde fois,  pour la seconde fois la main grasse la récupère.
– Boh, ça marche pos !
– Attends.
Le père la prend, l’essuie sur le bord de la manche crasseuse.
– Recommence.
Il recommence, tape son code, déchiffre les inscriptions cyrilliques.
Sibyllines.
Incompréhensibles.
– Y vôs Pas !
De nouveau le carré de plastique ressort.
Encore perdu.
Ils se reculent, tous deux en même temps, fixent avec  haine l’engin.
Désapprobateurs.
Leurs épaules tombent d’un coup, ensemble. Ils ont si souvent perdu à ce genre de jeux.
Si souvent.
Ils retournent à pas lents vers la Mercedes-break bignée de toutes parts.
Je laisse s’enfuir deux trois secondes puis m’avance à mon tour.
Je glisse ma carte, tape mon code, récupère quarante euros.
Ouf ! Ils m’ont fait peur, ces deux zigotos.
Je m’éloigne.
Le fils, qui s’apprêtait à se poser dans l’automobile déjà ouverte, se relève avec une vitalité qu’on ne lui donnerait pas.
Il se campe devant l’outil électronique, le fixe, yeux dans le cadran, se penche…
Et lui crache au clavier un glaviot rédhibitoire.
Je souris malgré moi.
Tout en retournant vers le véhicule qui grommelle déjà, il lâche entre les dents en lançant un dernier regard à la machine indocile.
– Conasse !
Je ne souris plus.

Gribouillis du jeudi

Dessin 205

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Apparition nocturne

Encre de Chine
Format 50 cm par 70 cm

Tableau mis en vente  encadré de noir et protégé sous verre.
Livraison faite à domicile par l’artiste.
400 €
(frais de livraisons compris)
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