Cadavres exquis 10

Je mets en ligne ce roman au fur et à mesure de son écriture. Si vous prenez en marche, vous pouvez en lire le début en cliquant sur la rubrique « Mon roman en cours ».

‒ Bonjour Madame, bonjour Monsieur, bien dormi ?
Le jeune homme de la veille, toujours souriant, toujours charmant. A-t-il passé la nuit à son comptoir ou a-t-il une chambre dans l’hôtel ? En tout cas il ne laisse rien voir.
‒ Par ici, je vous prie.
Il les dirige vers la salle du restaurant.
Elle n’a pas changé.
Paul est ravi, comme un môme, de retrouver le décor qu’il connait, tout en douceur et en sophistication. Une moquette blanc cassé pour des murs chocolat, des tables de bois clair, laquées, de petits fauteuils ronds à longs pieds fins, des appliques en pâte de verre orange, un buffet arrondi en loupe de noyer et surtout, surtout, cette grande baie vitrée qui donne sur le petit jardin niché entre les maisons.
‒ On s’installe là. annonce-t-il d’autorité en choisissant les deux places qu’il aime le long de la fenêtre.
Il s’assied, lance un regard complice à l’unique arbre. La petite statue de femme, debout au bord de la vasque minuscule, semble lui renvoyer son clin d’œil.
‒ Vous prendrez du thé ou du café ?
‒ Vous avez du thé noir ?
‒ Bien sûr.
‒ Alors ce sera très bien… si ce n’est pas du Lipton-Yellow évidemment.
‒ Ce n’en est pas, rassurez-vous. Et pour vous Monsieur ?
‒ Un café noir s’il vous plaît.
‒ Je vous apporte tout ça. Pour le reste servez-vous.
Il leur montre la desserte encombrée de jus de toutes sortes, croissants, pains, beurre, confitures et même corn-flakes et œufs en cas d’anglicisation.
‒ Tu te souviens que tu n’aimes pas le thé en sachet ? Voilà déjà un début.
‒ Franchement, qui aime le thé en sachet ?
‒ Touché.
‒ Alors raconte… que fais-tu dans la vie ? Et n’aie pas peur de mentir, j’adore les menteurs.
Paul attrape un morceau de mie entre ses doigts, commence à le triturer en réfléchissant.
‒ Ah ! Ah ! Eh bien voyons si tu sauras dénouer le vrai du faux. Je te propose quatre options.
‒ Un jeu, j’adore.
‒ Option 1 : Je suis dans les parfums de luxe. J’invente des parfums uniques pour des dames très riches.
‒ Original.
‒ Option 2 : Je suis diamantaire, créateur de bijoux pour une clientèle de milliardaires.
‒ Plus classique. Assez cinéphile aussi, je ne déteste pas.
Option 3 : Je suis peintre, capable de copier ou mieux de créer des œuvres nouvelles d’artistes les plus célèbres et les plus chers du monde, des faux absolument parfaits. Tu vois d’ici le rapport financier d’un tel talent.
Une onde de malice passe dans le regard de Sandra.
‒ Pas mal celle-là aussi. Difficile de choisir, j’ai envie de tout prendre.
‒ Et tu n’aurais pas forcément tort. Mais attends la fin…
Option 4 : Je suis un gangster de haut, de très haut vol, qui possède pas mal d’identités différentes et qui joue aux gendarme et aux voleurs, une manche dans chaque camp.
‒ Ah ! Voilà ! Je prends celle-là. Vivre avec un gangster, mon rêve de toujours… enfin je crois.
Il sourit.
‒ Je le savais. Alors d’abord manger, puis t’acheter des vêtements et tout ce qu’il faut, c’est moi qui offre, et enfin, te créer une identité. Que dirais-tu de m’épouser et de devenir Madame Sandra Klee, la femme du gangster ?
‒ Voilà une proposition éhontément sympathique. D’accord, mais à condition que tu sois riche bien entendu.
Il grimace.
‒ Voilà bien les femmes, le fric toujours le fric, comme s’il n’y avait que ça dans la vie !
‒ Ah bon ? Il y a autre chose ?

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