Fantasme léopard

Elle me regardait, je ne savais quoi dire.
Ce qui ne m’arrive pas si souvent, avouons-le.
Ensemble léopard pour chaussures sauvages à talons hauts, crinière de tigresse sur fourrure de peau brutale, elle était plutôt belle.
Un rien inquiétante pourtant.
Que me suggérait-elle ?
Voulait-elle évoquer la cruauté d’une jungle restée vierge ?
Sous-tendait-elle que la plus sophistiquée des femmes reste une panthère ?
Ou s’agissait-il d’une invitation à un combat de bêtes aussi terrifiant qu’érotique ?
Je m’interrogeais.
Ses tailleurs Chanel sur dessous Aubade m’avait habitué à plus de douceur, à moins de rudesse aventureuse. Je ne suis pas de cette race qui fit les explorateurs et les missionnaires. Je suis de celle qui créa la Bourse, les visons, les nuisettes en dentelles et les voyages à Venise.
En toutes circonstances, je préfère contrôler les choses. Les fantasmes comme les ébats sexuels n’y font pas exception.
J’envisageais donc une fuite discrète et de bon ton. Il faut savoir laisser aux autres les découvertes hasardeuses, le danger, les territoires hostiles.
J’étais presque à la poignée de la porte lorsque qu’elle me dit.
‒ Tu sais, il y a ce qu’il faut ici pour dresser les animaux sauvages et en faire des tigresses de salon. Elles ne demandent que ça.
Elle me montrait des bracelets de corne, des liens de soie, un masque d’or, un foulard qui pourrait éventuellement servir de bâillon.
Je me ravisais.
Qu’il s’agisse de civiliser les populations primitives, de mettre le joug ou de dresser les animaux rétifs, depuis Philippe le Bel, ma famille a toujours su comment s’y prendre.
Je m’y attelais donc. C’est le mot et il ne fut pas surfait.
Au final, je trouvais l’expérience plutôt agréable.
Comme quoi on a toujours raison de le dire…
Noblesse oblige !

Photo : October Divine

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