La nuit du renard par Mary Higgins Clark

Par principe, je n’avais jamais lu de bouquin de Mary Higgins Clark. J’avais un « à priori », très « priori » et pas du tout « à », comme quoi c’était de la littérature de M… tout juste bonne pour des crétins ou crétines lobotomisées.
Excusez du peu !
Et puis Argh ! Oups ! Holp ! Gargloub-Beuh ! On m’a offert un bouquin de cette femme.
J’ai pris entre deux doigts la « chose », l’ai posée délicatement sur le buffet, l’ai recouverte, pour limiter les effluves, d’une cloche à fromages et l’ai oubliée.
Un certain temps.
Long.
Les livres à lire je n’en manque pas et les fromages j’en collectionne peu, ma femme les ayant en horreur à cause de l’odeur. Pas des livres, des fromages.
Jusqu’au jour où j’ai eu besoin de la cloche pour des fromages et des amis qui sentaient forts. Pas les amis, les fromages.
Quoique…
Toujours est-il que je me suis retrouvé face à face avec l’objet.
Nous nous sommes regardé yeux dans les titres, en lecteur et roman de faïence qui se comprennent à demie virgule.
Et comme je ne suis jamais obtus le mardi, c’est un principe, et que nous étions un mardi, je me suis engagé dans la découverte de ce truc.
Et…
Surprise….
Ce n’est pas si mal.
C’est un roman à suspense assez classique, mais particulièrement efficace, qui te traîne la langue pendante d’un rebondissement à l’autre sans pouvoir respirer une seconde.
Du beau boulot !
Comme toujours dans ce type d’histoires, on connaît le meurtrier dès le départ et tout est dans le fait de savoir s’il va s’en sortir ou pas,  si le pauvre type condamné à mort à sa place va passer à la chaise ou pas, si les passants qui passent vont découvrir quelque chose ou pas, si le flic bête sera moins bête ou pas etc.
Ce n’est pas de la grande littérature (Ben non !) mais ça se laisse avaler avec plaisir pour peu qu’on aime ça.
Et moi, je ne déteste pas.
Mais si !
Ah oui, quand même un petit bémol (j’aime bien ce mot), pour un rien de facilité et de bien pensanterie un peu trop convenue qui traîne de ci de là.
Mais ce n’est pas grave, un bon aspirine doublé d’une bonne nouvelle de Guy de Maupassant par dessus, et il ne vous restera aucune séquelle.
Alors n’hésitez pas…
Si vous aimez ce genre là.

Ps : Pour finir cet article, notons que c’est le premier roman de cette dame, que j’ai tenté d’en lire deux ou trois autres, qu’ils me sont tombés des mains à la page dix, particulièrement les plus récents. Alors tentez le coup sur celui-là et peut-être les deux ou trois suivants, mais ensuite, je crains qu’elle ne soit tombé dans un genre commercial bien rentable qui a perdu son auteure en route…
« On recherche Mary Higgins Clark. Toute personne qui la retrouvera pourra être la victime de son prochain roman écrite à 26 mains par d’autres qu’elle ».
Ecrivez-moi, je transmettrai.

Le retour du casino

Encre de chine
50 cm par 70 cm

Tableau mis en vente  encadré de noir et protégé sous verre.
Livraison faite à domicile par l’artiste.
800 €
(frais de livraisons compris)
Pour plus de renseignements ou pour l’acheter, contactez-moi par mail
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en te rêvant

La cuisine est propre, tout va bien. Jean-Paul range le balai, la serpillière, derrière la porte du placard.
Un dernier regard.
Impeccable !
On se croirait dans le catalogue « Ma Maison » à la rubrique « l’Intérieur Parfait ».  Il est fier de lui.
Il a fait repeindre en rose une semaine plus tôt. L’envie d’un petit côté Kitch, gai, à part. C’est très réussi.
Aimera-t-elle ?
Une légère inquiétude.
Il passe dans la salle à manger plus classique, avec des lignes droites, des meubles clairs, de profonds canapés de cuir blanc, une cheminée centrale. La table est mise, deux couverts de porcelaine, verres en cristal, des bougies, une bouteille d’un Châteauneuf du pape qui va bien.
Il s’installe dans le canapé replace dans l’alignement le second verre sur la desserte.
Tout est prêt.
Il ne cherche pas à l’impressionner, juste qu’elle soit bien, heureuse. Elle est si belle. Il aimerait que leur histoire commence sur un moment magique. Il aimerait aussi qu’elle dure plus longtemps qu’à l’habitude.
On sonne, c’est elle.
Fabuleuse.
Une souple robe blanche à petits pois et bordures rouges qui met en valeur sa chevelure sombre, un décolleté carré  pas trop profond mais pas trop sage quand même, trois rangées de volants pour découvrir les chevilles fines, les chaussures du même rouge que sa bouche, du même rouge que son bracelet.
Patch, son teckel fou, déboule la queue en bataille et lui lèche la main. Bon signe. La précédente, il avait commencé par la mordre et même si ce n’était rien, elle n’avait pas aimé.
Elle se penche, le caresse, sourit.
Soudain la pièce s’illumine, le soleil est partout, la vie est belle.
Jean-Paul sourit à son tour. Il a la sensation de planer dix centimètres au dessus-du sol, c’est très agréable.
‒ Pas eu de problème pour trouver ?
‒ Non, vos explications étaient très claires.
‒ Un petit verre pour commencer ? J’ai un très bon Pinot des Charentes.
‒ Avec grand plaisir, j’aime beaucoup le Pinot.
Jean-Paul débouche la bouteille d’un seul geste ce qui est rare, remplit à moitié les deux petits verres sans qu’une goutte ne se perde. Tout va donc très bien.
‒ J’ai préparé quelques amuse-bouche.
‒ Laissez Jean-Paul, je m’en occupe, ça me fait plaisir.
Elle se lève avant qu’il n’ait pu réagir, passe dans le coin cuisine.
‒ Comme c’est joli ce rose ! Savez-vous que c’est ma couleur préférée ?
Il ne savait pas. Il rougit d’être si bien tombé.
Elle passe un petit tablier blanc qui lui sied merveilleusement, ouvre le four, s’exclame en retirant le plateau.
‒ Ça sent très bon.
Et une douche épaisse descend du plafond, les noie tout deux d’une cataracte d’eau glaciale.
‒ Dégage pouilleux, tu gènes.
Jean-Paul s’éveille d’une brutale redescente sur la terre.  L’hiver, la rue, le froid.
Le type des services de nettoyage, que les copains appelle «La Hyène »  pour sa vicieuse brutalité, continue d’arroser, d’un jet d’eau vachard, le carton, les quelques affaires du clochard, et tout ce qui traîne sur le trottoir. Jean-Paul s’enfuit, trempé, claudiquant, de ce coin qu’il croyait tranquille sous ce pont, pour s’enfoncer dans le brouillard glacé.
‒ Ça me fout la gerbe ces détritus humains.
Voici le second, le collègue, qu’on appelle « Le Philo » pour son verbiage pédant. Les deux font la paire aussi méchants l’un que l’autre.
‒ Faut s’méfier, ça vous ficherait la chtouille le temps de respirer cette merde !
Jean-Paul, en fuyant, a abandonné quelques fringues, un sac plastique, un vieux journal de mode. « Le philo » s’arrête sur une photo. La belle Dita Von Tease, en robe d’été, sort un plat du four dans une cuisine rose pastel, un teckel brun à ses côtés.
‒ C’est qui cette meuf ?
« La Hyène » approche, regarde, siffle entre ses dents.
‒ Putain, j’me la f’rais bien pour mon goûter.
Et les deux, en se marrant, continuent leur chemin.
Il pleut sur Paris.

Photo : Dita von Tease