L’étang

Au bout du chemin tracé dans les herbes se tient une clairière.
Non, pas une clairière.
Un étang lisse, pâle, niché dans un écrin de verdure, bien blotti de longs arbres droits qui lui font comme une pelisse, un miroir de ciel clair dans un chatoiement d’ombres et de lumières mouvantes.
Il s’assied évitant de piétiner, d’écraser, de détruire. Juste un espace pour se poser.
Le silence bruisse d’une multitude d’éclats de rire, d’états de vivre, de joie partagée.
Un poisson claque l’eau d’une gerbe multicolore.
Un passereau déluré vient boire une goutte.
Une grenouille commence son bavardage, une autre l’accompagne, bientôt elles sont dix, elles sont vingt.
Il est bien.
Il pose sa main droite soigneusement derrière lui, puis la gauche, se penche en arrière le front en l’air, les yeux fermés. Une brise de soleil vient jouer sur la ridule de son front.
Chaleur douce.
Il écoute.
Un froissement juste en lisière du bois, ne pas regarder trop vite.
Un museau, deux yeux aux grands cils, une silhouette blottie dans la pénombre.
Une biche.
Ne pas bouger.
Sonnerie.
Portable.
Elle s’enfuit d’une dérobade.
Message.
─ Que faites-vous mon ami ?
Il répond d’un index rageur.
─ Je songeais, ne vous déplaise.
─ Vous songiez, j’en suis fort aise. A moi évidemment ?
─ A vous… évidemment.
Menteur.
Il repose la machine.
Crispation, d’abord.
Mais l’ombre est si douce, l’herbe si tendre, l’air si transparent.
Lentement la rêverie revient.
Il s’enfonce de ciel en arbres, de plumes en vent, clapotis discrets, feuilles qui craquent.
Il respire à peine.
Attentif.
Peu à peu, indicible, fragile, l’étang reprend son babillage.
Il n’ose ciller.
D’abord, par strates successives, reviennent les coassements, puis les frôlements, pépiements, les badinages.
Il entrebâille une paupière.
A l’autre rive l’oiseau trottineur pioche de nouveau des gouttelettes de lumière.
La biche ne reviendra pas.
Bien sûr.
Mais peut-être un autre visiteur s’il sait attendre.
Il guette.
Un mouvement à l’orée des buissons… les feuilles bougent, ce n’est pas le vent.
La sonnerie du portable encore.
Nouveau message.
Sans lire il prend la mécanique infernale,  ajuste, l’envoie voler au-dessus du bouillon. Elle coule d’un gargouillis agréable.
Tout à l’heure il regrettera, il le sait, mais pour le moment c’est un délice.
Il va pour se réinstaller et puis…
Lui vient…
Un doute.
Combien de portables gisent au fond de cette mare ?
Il cherche, inquiet, repère un papier gras, un goulot de verre brillant sous un buisson, une canette abandonnée sur une rondeur de sable.
Un bidon écrasé à la bave huileuse.
Il a soudain un goût amer en bouche qui ne passera pas si vite.
Humainement votre !

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