Savoir

A cet instant, il sut.
Quoi ?
Il ne savait pas mais il savait qu’il savait sans savoir ce qu’il savait.
Cela n’avait aucune importance de ne pas savoir ce qu’il savait car l’important était de savoir qu’il savait même sans savoir ce qu’il savait.
Il avait changé de côté, il était maintenant du côté de ceux qui savaient, voilà tout.
C’était un progrès pour le savoir de l’humanité et le sien en particulier.
Alors, tout content de son nouveau savoir, il alla savourer une Suze à l’estaminet d’à côté.
Qui s’appelait le Savoy.
Comme par hasard.
Comme il s’asseyait, il avisa une femme qui semblait s’ennuyer, une tasse vide dans une main, un regard vide dans l’autre, l’impression de ne savoir quoi faire ni de sa tête ni de son corps.
Elle ne savait pas la malheureuse.
Il s’approcha.
– Je vous paie un verre ?
– Je préfèrerais que vous me payiez ce qu’il y aura dedans.
– Si vous voulez.
Il lui fit le clin d’œil savant du type qui sait, elle s’immobilisa, le fixa.
–  Quoi ? J’ai un bouton sur le nez ? dit-elle.
– Non, bien sûr que non. Savez-vous que vous avez de jolis yeux.
– Ouf ! Nous revoilà en terrain de connaissance, bien crétin, bien convenu, comme j’aime. Savez-vous que pendant un court instant j’ai cru que vous étiez un de ces satires sapajous, savants à deux sous, qui vous assènent leur soi-disant savoir sans soucis, sans cesse et sans sentiments.
– Oh ! pas du tout mon genre.
– Je le vois bien, tant mieux.
Dans la seconde, il oublia tout ce qu’il savait.
Et le reste.
Il y a dans la vie…
De vraies priorités.
Sachez-le.

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