Belle de jour par Joseph kessel

Toujours intéressant de lire un roman dont on a vu le film.
En l’occurrence, avec celui-ci, on touche à Bunuel, à l’admiration que j’ai pour ce réalisateur, et à l’un de mes films érotiques cultes. Il y en a à peine 10 dans ma filmographie personnelle et encore.
C’est dire si je le connais par cœur.
Je n’ai pas été déçu.

Avant d’aller plus loin, pour ceux qui n’auraient vu ni le film ni lu le roman (Il y a des nuls partout), en quelques  mots…
Une grande bourgeoise décide de devenir, chaque après-midi de 14h à 17h, l’une des prostitués d’une maison close sous le nom de Belle de Jour.

Pour commencer, parlons de Joseph Kessel.
De cet auteur je n’avais pas lu grand chose à part Le Lion comme tout le monde, dont je n’ai, avouons-le, aucun souvenir.
J’avais tort.
J’ai découvert un écrivain au style maitrisé, fluide, agréable à lire pour un roman de cette époque (Mon édition est de 1925).

Et maintenant entrons dans le vif du sujet (C’est le cas de le dire).

Les différences.
Elles sont de taille.
Dans le bouquin, l’héroïne est une femme qui ne comprend pas ce qui lui arrive. Un besoin de s’avilir venant un peu de nulle part. Elle n’avait jamais connu rien de tel avant. Elle était une femme un peu terne, tranquille, sans pulsions particulières, amoureuse de son mari comme d’une bonne habitude.
Alors pourquoi tombe-t-elle dans ce délire ?
On ne sait pas vraiment. Peut-être en grande partie par ennui et un vague, très vague désir de connaître cette vie là. Elle ne prend que très peu de plaisir à ce qui lui arrive, toujours fugace et sans suite.
Par ailleurs, peu de scènes érotiques. Certaines sont sympathiques mais sans plus.
Tout est construit sur le plan psychologique. On suit cette femme qui se perd et on tente de comprendre avec elle sans forcément, nous non plus, y réussir.
Un bouquin qui se lit avec plaisir mais un peu décevant quand on a vu le film.

Car dans le film, Bunuel passe un registre au dessus et là, ça devient intéressant.
Carrément génial disons-le.
Car l’héroïne du film, jouée par Catherine Deneuve idéale dans ce rôle, est une femme ambiguë, qui rêve de sadomasochisme, de perversion, de soumission. La scène du début où elle se fait attacher dans les bois puis fouetter et violer par les laquais de son mari, devant lui, nous met tout de suite dans l’ambiance.
On ne découvre qu’à la fin de la scène que ce n’est qu’un fantasme dont elle rêve.
Du coup, on comprend le personnage de cette femme chic, froide, blonde glacée, qui ne rêve que d’une chose, se faire avilir et posséder.
Elle aime son mari mais ne prend aucun plaisir avec lui.
Du coup, la suite devient beaucoup plus logique.
Pour appuyer le propos, les parties érotiques sont mise en valeur. Bunuel en a rajouté un certain nombre  qui complètent le portrait et nous promènent dans les fantasmes des clients et de l’héroïne par extension.
L’arrivée du malfrat jeune, aux dents en acier, est logique dans ce contexte, comme le fait qu’elle tombe amoureuse de lui et de sa violence.
Le personnage de Husson, issu de son milieu, qui  lui donne l’envie d’entrer dans ce monde de la prostitution, est lui aussi plus logique. Il est joué par Michel Piccoli qui lui donne des dimensions de perversité et de classe.
Très fort !
Bon !
Arrêtons-là.
Je ne vais pas tout vous raconter non plus.
Vous irez lire le livre, vous verrez le film.
Et pis c’est tout.

Concluons.
Un bon livre, original, et même risqué pour l’époque, qui se lit avec plaisir.
Mais un film totalement génial où Bunuel a su pousser à leurs limites les dimensions de cette femme.
Et l’on en reste sans voix.
Même moi.
C’est dire.

 

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