Félicie est là par George Simenon

« Allez hop ! Boum ! Tagada ! » que je me suis dit.
« Entre deux bouquins, histoire de me changer les idées, je vais me faire un p’tit Maigret » que je me suis lancé.
J’aime bien me lancer des trucs que je ne rattrape pas toujours.
C’est plus farce.
Et puis, un p’tit Maigret, ça fait toujours plaisir et ça n’alourdit pas.
Hop, pop, pop !
Et…
J’ai été bluffé.
A plus d’un titre…
Car ce Maigret là, question d’être hors normes, il est hors normes.

Mais, avant d’aller plus loin, soyons clair.
George Simenon n’est pas, pour moi, de la littérature de gare, c’est (N’ayons peur de rien) l’un des auteurs majeurs du vingtième siècle (Mais si, mais si, mais si, sans rire).
Un style, une efficacité, un rythme, du Grand Art !
Vous voulez savoir écrire, analysez des romans de Simenon (entre autres).
Simenon, ça se lit sans y penser, ça file, ça glisse sous les yeux, et regardez de plus près, vous verrez que c’est fait de main de maitre.
Il est terriblement difficile de faire simple. Quelle que soit la technique, c’est même le plus difficile.
George Simenon, c’est un écrivain qui ne fait jamais, je dis bien jamais, de littérature. Et ça aussi, c’est étonnant.
Dans aucun de ses bouquins une phrase n’est là que pour faire la belle. Il tranche, assujettit, pose, sans s’accorder la moindre fioriture.
Une belle mécanique qui fonctionne comme une voiture de course.
Respect Monsieur Simenon !

Et celui-ci, me direz-vous, qu’a-t-il donc de si particulier ?
Ah ! Ah !
Plusieurs choses…

1. Le temps du récit d’abord.
Le temps préféré de Simenon, sa marque de fabrique, c’est l’imparfait, qu’il utilise souvent à la place du passé simple donnant ainsi une sensation de tranquillité, de bonhomie, de calme intemporel.
Par exemple…
Maigret prit sa pipe, la bourra soigneusement puis appela Janvier.
Maigret prenait sa pipe, la bourrait soigneusement avant d’appeler Janvier.
Pourtant, ici, il écrit majoritairement au présent. Un temps qu’il n’utilise pas d’habitude.
Tiens ?
Pourquoi ?
Difficile à analyser. Peut-être pour donner cette sensation que tout est hors du temps dans cette histoire, une parenthèse. Et puis cette sensation qu’on ne sait pas vraiment ce qui va se passer la seconde suivante. Le présent a cette qualité.

2. Ensuite, son héroïne : Félicie.
Pendant toute la première partie, j’ai cru que Félicie, bonne à tout faire du vieux bonhomme assassiné, était une vieille femme. Félicie, pour ma génération, ça fait vieux.
Pas du tout, elle a vingt ans, des vêtements et des dessous tapageurs.
Oups !
Comme quoi ?

3. Et enfin, l’époque.
C’est un roman qui a été écrit en 1942 et est sorti en librairie en 1944.
En pleine guerre.
Eh bien, aucune référence à l’occupation, pas de militaires, pas de couvre-feu et tout ce bastringue pourtant évocateur.
Ce qui m’a permis de noter que ce n’est jamais le cas.
Un nombre non négligeable de Maigrets ont été écrits pendant la seconde guerre mondiale mais Maigret n’évolue pas dans ce contexte.
Une volonté délibérée de l’écrivain de ne pas inclure son personnage dans l’histoire.
Pourquoi pas !
Un écrivain peut tout se permettre.
Mais c’est bluffant je trouve.
Vous ne trouvez pas ?
Non ?
Ah bon !

A lire en tout cas…
Et pis vous me direz.

Et sur cette dernière phrase, il éteignait son ordinateur, posait les mains sur le bureau, levait le nez et lançait  : « Alors Annabelle, on se le prend ce petit café ? ».

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