La maison de papier par Françoise Mallet-Joris

Il y a des livres qui ont une histoire dans mon histoire.
Celui-là en est un.
Sorti en 1970, j’avais huit ans.
Souvenirs.
Les discussions entre mon père et mon oncle René autour des romans ou des essais qu’ils dévoraient.
Souvenirs.
Les longues tirades si construites de mon oncle, les réponses plus courtes, efficaces et sobres, de mon père.
Comme ils me bluffaient tous deux à refaire le monde à coups de bouquins.
On sortait de mai 68, un air de liberté flottait sur la vie.
Souvenirs.
L’appartement de mon oncle à Paris. L’immeuble gigantesque, l’énorme ville qui bruissait tout autour, le cinq pièces très parisien avec ses baies vitrées, ses meubles en teck marrons, ses fauteuils en poire ou en pouf, ses bibliothèques déjà Ikea.
Et puis, magique, la rencontre de mes premières BD dont un Lucky Luke.
Et enfin, cette couverture étonnante, abandonnée sur un canapé, cette maison de papier aux quatre petits bonhommes dansants.
Souvenirs.
Il fait toujours très beau dans mes souvenirs…

Alors quand je suis tombé, au détour d’une bouquinerie, sur cette couverture qu’éclaboussait un éclat de soleil, je n’ai pas hésité une seconde.
Je l’ai acheté.
Je l’ai lu.
J’ai été déçu ?
Euh… Un peu.
C’était évident ! Vous le saviez.
D’accord.
Mais bon, on peut rêver quand même.
Alors ? Qu’en dire ?
Eh bien, dans un premier temps, il est sympathique ce petit opus, elle est marrante cette maison ouverte aux quatre vents, ce moulin où passent les femmes de ménage, les enfants, les animaux, les amis, le mari.
Tout ça dans un joyeux bazar très mai 68.
Je me suis laissé prendre d’abord à ces petits morceaux de vie plutôt bien écrits.
Et puis…
Et puis bof !
On se lasse.
Il y a trop de fric dans tout cela, trop de bons sentiments pour le petit peuple, trop de réflexions « intellectuelles », trop de paternalisme sirupeux (Ou de maternalisme si le mot existe), et trop, beaucoup trop de religion (Argh !).
Françoise Mallet-Joris n’est au final qu’une grande bourgeoise pourrie de fric et de conventions, quoi qu’elle en dise, quoi qu’elle en pense.
Dommage.

Tant pis, je ne regrette pas, d’ailleurs je ne regrette jamais rien.
Car, souvent, en sautant les pages longues et convenues de la philosophie à la petite semaine de Françoise, je fermais les yeux, revoyais cette couverture posée sur le canapé, entendais mes cousines, mes sœurs, rire dans les chambres, le son des voix masculines dans le salon, des voix féminines sur le balcon, et, derrière la baie vitrée, le grand soleil dans un immense ciel bleu…
Qui me lançait un clin d’œil malicieux.
Il fait toujours très beau dans mes souvenirs !

2 réponses sur “La maison de papier par Françoise Mallet-Joris”

    1. Merci. Toujours sympathique d’avoir des lecteurs qui aiment ce qu’on fait. Alors une bonne journée au tournesol et vive la vie !

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