Voyage

‒ J’ai une idée fabuleuse Edward. Vous raccrochez, je raccroche, vous faites votre valise, je fais la mienne et l’on se retrouve à la gare.

‒ A la gare, mais quelle drôle d’idée Eulalie ! Et pour quoi faire dans une gare ?

‒ Mais pour prendre un train mon cher. Que voulez-vous faire d’autre dans une gare, allons ?

‒ Un train ? Mais quel train ? Mais pourquoi un train ?

‒ Le premier qui se présentera, soyons fous. Nous nous retrouvons dans la gare, disons dans une heure, et le premier train qui passe, pouf, on monte dedans. Ce sera charmant, vous ne trouvez pas.

‒ Pouf ? Mais pour aller où ?

‒ Justement, on ne sait pas. C’est ça qui est trop chou.

‒ Trop chou ? Mais vous délirez Eulalie Je dois vous rappeler que, ce soir, nous sommes invités chez mes parents pour fêter nos fiançailles devant tous les amis et la famille. Il y aura le Colonel de B. et l’archevêque de C. pour ne citer que les plus importants.

‒ C’est donc ça que je pensais que c’était aujourd’hui ou jamais. Eh bien n’y allons pas et partons en voyage. On a toute la vie pour se fiancer, nous ferons ça un autre jour et puis voilà.

‒ Mais non, mais non, mais pas du tout, mais il n’en est pas question. Je ne peux pas dire à Père et Mère que nous partons comme ça et laisser tout en plan, ça ne se fait pas.

‒ Si, ça se fait, puisque je vous le propose.

‒ Non. Nous irons chez mes parents pour nous fiancer comme il a été décidé et c’et tout. C’est votre futur mari qui vous l’ordonne.

‒ Eh bien il est beau mon « futur mari » à me donner déjà des ordres. Puisque c’est ainsi, j’ai une idée encore plus fabuleuse. Je vais aller à la gare et vous irez à vos fiançailles.

‒ Comment ? Sans vous ?

‒ Ah parce qu’en plus il faut que je sois là. Mais vous en demandez beaucoup mon ami, mais vous en demandez trop.

‒ Des fiançailles, cela se fait à deux, il me semble.

‒ Bien, réglons cela et n’en parlons plus. Vous n’avez qu’à emmener Maryse, elle en meurt d’envie. Elle fera une fiancée tout à fait convenable, je vous l’assure.

‒ Maryse ? Elle a un pied bot.

‒ Ecoutez Edward. Je fais tout mon possible pour vous aider et vous ne trouvez qu’à récriminer. Il y en a plein si Maryse ne vous convient pas. Sophie, Elise, Armance ou Barnabine, que sais-je ! Choisissez et n’en parlons plus. Quant à moi, j’ai un train à prendre et je vais le louper si vous continuer à me faire perdre mon temps.

Et sur ces mots Eulalie raccrocha.
Elle enfila son manteau rouge sur sa robe noire, attrapa son sac noir, sa valise assortie, enfonça un joli bibi sur sa tête et prit un taxi pour la gare.
Avec un sourire grand comme ça.
On dit qu’elle se promènerait au Brésil.
On dit qu’elle aurait un amant brésilien.
On dit qu’elle aurait changé son prénom pour Isadora.
Mais on dit tant de choses.
A ce propos, vous ne savez pas, Maryse et Edward viennent de se marier.
Vous le saviez ?
Ah bon.

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