Ma vie avec Annabelle

Assis sur mon fauteuil de cuir blanc préféré, je soupèse les deux invitations que j’ai sélectionnées dans le tas épais étalé sur la table du salon.
Je me tourne vers Annabelle qui relit distraitement Guerre et Paix  allongée voluptueusement dans le canapé le plus profond.

─ Alors, quelle soirée choisissons-nous ?

Elle pose le livre sur le guéridon d’ébène surmonté d’une lampe en pâte de verre que j’aime bien et me lance un regard intéressé.

─ Redis-moi les choix possibles…

─ Pour faire simple… Soit une soirée à l’ambassade de … . Tenue de soirée exigée, petits fours savoureux, repas et champagne millésimés, valses de Vienne, personnalités de très haut niveau et gratin du tout Paris.
Soit une invitation chez le Marquis avec pour thème évocateur : Maîtres et soubrettes. Tenue dix-neuvième de rigueur pour les hommes, tenue en rapport pour les femmes. Érotisme et délires garantis à tous les étages. Moins chic malgré tout, il faut bien le dire. Qu’en penses-tu ?

Elle a mis un doigt sur la bouche, songeuse…

─ Pas facile, cela demande réflexion. Ecoute, voilà ce que je te propose… On s’habille sans se consulter et soit on est d’accord et on y va, soit on n’est pas d’accord, et on va où moi j’ai décidé. Honneur aux femmes. Tu te changes et basta. OK ?

─ OK.

Nous disparaissons en riant dans nos deux salles de bain respectives.
Je mets deux secondes et demie à décider, je n’ai pas envie de devoir me changer tout à l’heure et je connais bien mon Annabelle. Puis je reviens me servir un premier whisky en attendant son retour.
Je commence à peine le troisième qu’elle sort déjà.

─ Tu es très beau en frac dix-neuvième siècle.

─ Et toi, superbement sexy et évocatrice en soubrette.

─ Attention, je te rappelle que l’on ne pouvait pas demander totalement n’importe quoi avec le personnel à l’époque.

─ Ah ! Ce n’est pas ce que l’on m’en avait dit !

─ Oups ! Ai-je bien choisi alors ?

Je souris sans répondre. Ne jamais s’aventurer sur ces terrains mouvants avec une femme.
Nous passons dans l’entrée. Je récupère mon chapeau haut de forme, l’aide à enfiler sa fourrure. Quand nous sortons Annabelle me dit dans un sourire.

‒ Ce qui serait marrant, c’est qu’on se trompe de soirée. Tu imagines si on arrivait dans cette tenue chez l’ambassadeur ?

─ Oh, ça choquerait moins qu’on ne pourrait croire. De toute façon, les deux tiers de la fête de l’ambassade seront chez le Marquis en seconde partie de soirée … Et les plus intéressants encore !

Le mot « Intéressant » a plusieurs sens.
Vous ne le saviez pas ?
Ah !

Photo : Euridice Hades

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