Ma vie avec Annabelle : 27 janvier 2021

Pensif, réfléchissant à mon roman en cours, je griffonne sur mon bloc à dessin.
Mes personnages se promènent actuellement à Chambord. Chapitre 3. Le tempo s’accélère.
Bien !
Bon rythme.
Il faut que je reprenne une ou deux choses dans le début du roman, quelques détails à revoir, entre autres sur l’apparence de mon héroïne.
Normal.
C’est comme ça que j’écris, me promenant avec mes personnages, suivant le fil de l’histoire que je leur propose; mais les laissant s’adapter, vivre, réagir, et me proposer des variations que je n’aurais pas imaginées au départ.
Soudain, je regarde le dessin que j’ai grabouillé sans y penser.
Je pousse un soupir d’étonnement, si marqué, qu’Annabelle, qui admirait par la fenêtre la mer couleur d’ardoise, se retourne.
– Quoi ?
– T’as vu ? C’est moi qui ai dessiné ça ?
Elle s’approche, amusée. Ce n’est pas la première fois.
– Il me semble oui. Joli !
Une jeune femme, posée sur mon bloc, épaules nues dans un tissu souple, cheveux lui cachant l’un des yeux, semble rêver à des étoiles.
On croirait qu’elle va bouger.
Enfin presque.
Annabelle me regarde en souriant.
– Tu le gardes celui-là. Je t’interdis de le jeter.
Je n’y crois toujours pas. C’est ma main qui a fait ça. Quel bonheur de vieillir parfois !
Annabelle lance avant que j’ai le temps de me ressaisir.
– Et si on se prenait un thé pour fêter ça ! C’est l’heure du thé, non ?
Je regarde Annabelle… à peu près nue.
– C’est une tenue pour prendre le thé, ça ?
– Quoi ? Qu’est-ce qu’elle a ma tenue ? Il faut bien que je t’inspire et puis, oui, c’est une tenue pour prendre le thé… et pour d’autres choses aussi si l’on sait être créatif. Et te connaissant…
Il y a des invitations qui ne se refusent pas.
Qu’on apprécie le thé…
Ou pas.

 

Photo : Mireille Darc (Bien sûr)

Ma vie avec Annabelle

Samedi 16 janvier 2021

Assis dans le salon face à mon ordinateur, je me promène à Blois, à Chambord pour être exact.
On sait vivre.
Mes deux personnages, Sandra et Paul, entament leur chapitre trois avec une promenade, assez tumultueuse je dois l’avouer, dans le parc de ce château que je préfère aux autres.
Eddie Higgins et son trio m’accompagnent d’un jazz-balade. Soudain, une improvisation sur les demoiselles de Rochefort.
Plaisir
Il fait bon. La cheminée diffuse une chaleur douce, craquante. Sur le carreau de la baie vitrée ouvrant sur l’océan, le vent balance des bourrasques de pluie froide ajoutant une sensation de confort supplémentaire à la tiédeur de la pièce.
Nous sommes à Royan depuis deux semaines. J’apprécie cette ville silencieuse et déserte, le long rideau d’asphalte sans voitures bordant la plage sans baigneurs, les restaurants sans convives, les boutiques closes, les immeubles aux fenêtres noires, les villas aux volets fermés, les rares passants frileux, marchant vite, accompagnés du chien échevelé et gai.
J’aime la mer en hiver.
Un endroit idéal pour inventer mes histoires.
J’attrape mon verre de Cognac (on n’en est pas loin), boit une gorgée.
– Alors ? Comment trouves-tu mon nouvel ensemble ?
Tiens ?
Je relève le nez, le verre toujours à la main.
Je manque le laisser tomber.
Annabelle a abandonné son roman policier pour aller revêtir, sans que je le remarque, un corset rouge que nous avons acheté il y a deux jours. Il s’assortit d’un charmant string, d’une paire de jarretelles à nœuds coquins…
Un délice.
Judicieux achat !
– J’adore.
Mutine, Annabelle passe sa main le long de la taille puis descend sur les bas.
– Tu ne trouves pas qu’il serait un peu…
Je pose  mon cognac, me lève, traverse la pièce.
– Non, je ne trouve rien si ce n’est qu’il est fabuleux. Et, en cette période de tristesse généralisée, on a besoin de choses fabuleuses pour continuer à jouir de la vie.
Et nous savons faire ça, Annabelle comme moi.
Sans nous vanter.
Alors Sandra et Paul attendront. Ils ne sont pas si mal dans leur parc, il y a des animaux à regarder, il fait beau, un chouette château.
Pour ma part, j’ai deux trois choses plus importantes à faire.
Car il y a des priorités dans la vie.
Quand on a un vrai sens des valeurs…
Ce qui est mon cas bien entendu.
Pas vous ?

Photo : Line Colibri (Un grand merci pour son autorisation)

Ma vie avec Annabelle.

Samedi 26 décembre 2020

Ma Facel Vega blanche traverse Paris.
Silence.
Juste le ronronnement du moteur.
Tranquille.
La seine. Les tuileries. Le Louvre.
Annabelle, mi allongée sur le siège en cuir, les genoux pliés sous elle, regarde défiler la ville.
Songeuse.
– Où allons-nous ?
– On essaie la mer ?
– Bonne idée.
La mer en hiver. Quoi de plus beau pour une nouvelle année en devenir ?
Il fait bon dans l’automobile, nous ne prendrons pas d’autoroute, nous avons le temps.
Tant de temps.
Soudain, le martellement de la pluie, les gouttes s’esclaffent sur l’asphalte.
Danse d’hiver.
‒ Ce ne sera qu’une grosse averse.
Pas de réponse.
Annabelle s’est endormi le front sur la vitre, la bouche entrebâillée. Son souffle invisible dessine une arabesque de brume sur le verre froid.
J’avance la main, lui effleure le bras d’une caresse tendre.
J’aime la pluie.
J’aime la vie.
Il fera beau ce soir.
Je vais bien.