La femme fardée par Françoise Sagan

Plutôt que d’aller vous incruster entre deux mémères à peau rougeoyante sur une plage inondée de soleil et de crème solaire…
Plutôt que d’aller vous perdre dans des chemins malaisés, sablonneux et de tous côtés au soleil exposés, en compagnie de randonneurs shortisés…
Plutôt que d’aller vous masser dans des temples lointains, des abbayes perchées, des pyramides cuivrées, des grottes soufrées ou des châteaux en Espagne, massés, écrasés, comprimés entre des touristes gras, chauves et puants…
Faites-vous « vraiment » plaisir.
Au fond de votre jardin, à l’ombre de votre plus bel arbre, dans votre chaise-longue la plus voluptueuse, promenez-vous en bateau en compagnie de Françoise Sagan et de sa femme fardée.
Une poignée de gens riches…
Mais pas tous.
Un capitaine atypique et son second non moins hors-normes.
Des caractères différents, marqués, des rapports de force, des moments de grace, des découvertes et des basculements imprévus.
Une balade charmante avec la langue de Françoise Sagan pour vous porter,…
Mais aussi une balade surprenante.
Une tension qui vous emporte, vous fait tourner les pages de ce roman qui ne dure, en tout et pour tout, qu’une semaine.
On le dévore, on adore, on se fait du bien, et on est un peu triste, à la fin, de quitter tous ces gens qu’on a, finalement, bien aimés.
Un chouette livre pour passer un chouette été.
Et si vous voulez le lire sur la plage… Euh…
Après-tout, chacun fait ce qu’il veut avec son livre, ça ne me regarde pas.

Et le meilleur novelliste est…

Et si on s’amusait un peu !
Et si on comparait un peu !
Soyons fous, prenons deux grands romanciers policiers et voyons comment ils se sortent d’un recueil de nouvelles.
Ah ! Ah !
Pas facile la nouvelle…

A ma droite Agatha Christie, le roman policier à l’anglaise, l’intrigue en milieu fermée, le petit groupe d’une bourgeoisie de bon ton où il faut trouver le criminel, la maitrise du suspense et de la solution façon poupée gigogne à surprises.
A ma gauche Dashiell Hammett, le roman policier à l’américaine, le détective privé à l’intelligence en lame de rasoir, les coups de poings, les coups de feu, efficacité et brutalité dans un monde noir et violent.

Et…
Le gagnant est…
Dashiell Hammett.
Et de loin.

Analysons…

D’abord le personnage D’Agatha n’est pas terrible. Ce Mr Parker Pyne, « professeur de bonheur », oups ! Le Bonheur ? Dans les romans d’Agatha Christie ? Pourquoi pas une girafe dans un mirador ?
Et puis le format de la nouvelle est trop court pour cette romancière qui prend son temps. Elle s’embarrasse les pinceaux dans le tapis de son récit, finit mal, en queue de poisson, ou de girafe ce qui est pire.
On s’ennuie, on ne se fait pas prendre, on connait la fin dès le début. Tout cela manque de sel.
La nouvelle, non ce n’est pas le format de la sulfureuse Agatha.

Par contre, Dashiell est dans son élément.
Oh oui !
Cela part comme un coup de fusil dès la première nouvelle. Du punch, du rythme et une fin à la fois étonnante et virtuose.
Tous les récits, bien entendu, ne sont pas du même tonneau, mais deux ou trois m’ont vraiment bluffé.
Le style policier américain, c’est bon pour le texte court. Une évidence. Oui, mais c’est bien d’énoncer des évidences parfois.
Je vous conseille ce bouquin.
Évitez l’autre.
Mais vous reprendrez bien un petit roman policier bien cyanuré de la dame. Quand on lui laisse le temps, elle est géniale.
Pour la route…

Les grands chemins par Jean Giono

Amusant comme il m’est toujours plus difficile de parler d’un livre que j’ai aimé plutôt que d’un bouquin que j’ai détesté.
Comme quoi, on ne se refait pas, je suis vraiment un type pas fréquentable du tout.
Ce roman, disons-le, est magique.
Un personnage étonnant, un marcheur, un type sans attaches, qui se déplace en changeant de boulot au fur et à mesure de son périple.
Des paysages à couper le souffle décrit dans une langue à couper la chique.
Quel écrivain !
Waoh !
On avance à petits pas dans ces décors magnifiques, collines, montagnes, vallées encaissées, villages nichés, le jour se lève, le soir s’appesantit, la nuit bleuit, le ciel étoilé, l’automne puis l’hiver, le froid, la neige.
On rencontre à sa suite une galerie de personnages si réalistes que je crois que Giono les a rencontrés « en vrai » et beaucoup aimés.
Et puis… arrive le second héros de l’histoire, un gitan, grand guitariste et surtout grand tricheur aux cartes.
La tension monte peu à peu…
On commence à avoir les mains moites.
A ne plus pouvoir s’arrêter.
D’autant que Jean Giono a choisi de ne pas mettre de chapitres. Aucune séparation, aucune pause pour souffler en tournant une page dans ce flux langoureux, tendre et violent, qui nous entraine comme marche son héros…

Merci Monsieur Giono !

Le diable vit à Notting Hill par Rachel Johnson

Ah, chouette !
Parler un peu d’un bel étron littéraire avant d’aborder trois super bouquins dans mes prochaines chroniques…
Quel plaisir !
Car ce bouquin là, que faut-il sauver ?
Eh ben… euh… rien.
Génial non ?
Tout est pourri, c’est simple, définitif.
D’abord le titre. Plus aguicheur tu meurs : le Diable, Notting Hill, si ce ne sont pas des références pour faire vendre, je ne sais pas ce qu’il faut faire.
Un piège à gogos parfait.
L’histoire ?
On touche le fond du fond de la médiocrité.
Une histoire de bobos riches, des femmes évidemment. Leurs histoires de cœur, de gourous, de problèmes de beauté, de mômes.
Tout ça pourri de fric.
Fortiche non ?
Le style ?
Mal écrit… normal. Sans descriptions… logique. Avec des phrases simples (sujet, verbe, complément) pour que tout le monde puisse lire sans effort.
Je suis certain que ce truc a fait un carton.
Mais quant à moi…
Je me suis arrêté à la page 28, j’ai réfléchi à qui je détestais suffisamment pour le lui offrir. Je n’ai pas trouvé, c’est dire.
Alors je l’ai délicatement pris entre deux doigts gantés Mappa, je l’ai posé dans ma poubelle que j’ai soigneusement fermée histoire qu’il n’empeste pas la maison de mauvaises vapeurs débilitantes. Je ne dirai pas aux éboueurs qu’il est dans mes ordures, ils seraient capable de ne pas le prendre.
Puis je suis parti prendre l’air.
Il faisait beau.
Comme quoi, même un mauvais livre peut avoir de bons effets.

Le jeu de la dame par Walter Tevis

Je déteste, un peu par principe avouons-le (Euphémisme), les séries, les films, ou les bouquins à succès…
Je les évite comme on évite les merdes de chien sur les trottoirs.
Et voilà que je viens de lire ce best seller doublé d’une série netflix non moins best seller (Que je n’ai pas regardée, pas si débile quand même !).
Oups ! Argh ! Grmmmmbllll ! Bah ! Gratchougreuh !
Pourquoi l’ai-je lu ?
Oups ! Argh ! Grmmmmbllll ! Bah ! Gratchougreuh !
Bonne question. Euh…
Une copine libraire, des yeux verts, , des étoiles dans ses yeux : « Lis ce bouquin, tu verras, c’est génial ! ».
Comme je ne résiste ni aux femmes, ni aux libraires, ni aux yeux verts, ni aux étoiles, je l’ai acheté.
Et comme je ne veux rien jeter, je l’ai lu.
Puis, comme il est assez épais, je l’ai placé sous le pied de l’armoire qui branle. Il y fait très bon effet.

Disons-le tout de suite, ce n’est pas « génial ». Tant pis pour ma copine libraire aux yeux verts.
Mais… je l’ai lu jusqu’au bout ce qui n’est pas si mal et à peine sauté deux trois passages ce qui est peu.
Vous le présenter en quelques mots…
L’histoire :
Elle est orpheline, elle est moche, elle est hyper douée aux échecs et… je ne veux pas vous spolié la fin mais, oh surprise, ça finit bien.
Comme vous voyez, plus tarte comme histoire, c’est difficile.
Le bouquin :
Une machine de guerre à l’américaine.
Un suspense au cordeau, des rebondissements téléphonés mais pas mal amenés, un scénario classique avec une fin évidente mais bien fichue, des personnages pas si mal croqués.
Cela fonce comme sur une autoroute, ça pète le feu, on ne s’ennuie pas.
Facile oui, mais lisible… enfin à peu près.

Pour conclure.
Que ce bouquin ait été écrit en 1980 et des bananes m’a démontré que, déjà à l’époque, on savait fabriquer aux États Unis des machines à faire du fric.
Étonnant !
Par contre, je me suis fait la remarque que l’écrivain avait du bien s’embêter à écrire un machin aussi formaté.
J’ai vérifié.
Il est mort l’année d’après.
Ah !
Je le savais.

La maison de papier par Françoise Mallet-Joris

Il y a des livres qui ont une histoire dans mon histoire.
Celui-là en est un.
Sorti en 1970, j’avais huit ans.
Souvenirs.
Les discussions entre mon père et mon oncle René autour des romans ou des essais qu’ils dévoraient.
Souvenirs.
Les longues tirades si construites de mon oncle, les réponses plus courtes, efficaces et sobres, de mon père.
Comme ils me bluffaient tous deux à refaire le monde à coups de bouquins.
On sortait de mai 68, un air de liberté flottait sur la vie.
Souvenirs.
L’appartement de mon oncle à Paris. L’immeuble gigantesque, l’énorme ville qui bruissait tout autour, le cinq pièces très parisien avec ses baies vitrées, ses meubles en teck marrons, ses fauteuils en poire ou en pouf, ses bibliothèques déjà Ikea.
Et puis, magique, la rencontre de mes premières BD dont un Lucky Luke.
Et enfin, cette couverture étonnante, abandonnée sur un canapé, cette maison de papier aux quatre petits bonhommes dansants.
Souvenirs.
Il fait toujours très beau dans mes souvenirs…

Alors quand je suis tombé, au détour d’une bouquinerie, sur cette couverture qu’éclaboussait un éclat de soleil, je n’ai pas hésité une seconde.
Je l’ai acheté.
Je l’ai lu.
J’ai été déçu ?
Euh… Un peu.
C’était évident ! Vous le saviez.
D’accord.
Mais bon, on peut rêver quand même.
Alors ? Qu’en dire ?
Eh bien, dans un premier temps, il est sympathique ce petit opus, elle est marrante cette maison ouverte aux quatre vents, ce moulin où passent les femmes de ménage, les enfants, les animaux, les amis, le mari.
Tout ça dans un joyeux bazar très mai 68.
Je me suis laissé prendre d’abord à ces petits morceaux de vie plutôt bien écrits.
Et puis…
Et puis bof !
On se lasse.
Il y a trop de fric dans tout cela, trop de bons sentiments pour le petit peuple, trop de réflexions « intellectuelles », trop de paternalisme sirupeux (Ou de maternalisme si le mot existe), et trop, beaucoup trop de religion (Argh !).
Françoise Mallet-Joris n’est au final qu’une grande bourgeoise pourrie de fric et de conventions, quoi qu’elle en dise, quoi qu’elle en pense.
Dommage.

Tant pis, je ne regrette pas, d’ailleurs je ne regrette jamais rien.
Car, souvent, en sautant les pages longues et convenues de la philosophie à la petite semaine de Françoise, je fermais les yeux, revoyais cette couverture posée sur le canapé, entendais mes cousines, mes sœurs, rire dans les chambres, le son des voix masculines dans le salon, des voix féminines sur le balcon, et, derrière la baie vitrée, le grand soleil dans un immense ciel bleu…
Qui me lançait un clin d’œil malicieux.
Il fait toujours très beau dans mes souvenirs !

Les linottes par Georges Courteline

Un petit bonbon, ça ne se refuse pas.
Celui-là a un parfum de menthe poivrée juste acide ce qu’il faut comme j’aime.

De Georges Courteline, je n’avais lu, ou vu, jusque là que les pièces de théâtre légères et courtes-vêtues.
Dont ma préférée, « La peur des coups »,  amusante, érotique, quand elle est jouée correctement… ce qui est rare hélas.
Eh bien ce roman de 1912, assez osé pour l’époque, ne dépare pas son auteur.
On suit un jeune homme dilettante qui écrit des opéras bouffes à temps perdu, qui gère, dans l’optimiste, plusieurs maîtresses et ne fait pas grand chose d’autre.
On rencontre ensuite un compositeur d’opéras bouffes (Tiens !), vieux, ronchon, désagréable, pratiquant une unique maîtresse mais bien gironde ma foi.
Que font-ils ?
Ils écrivent ensemble un opéra bouffe.
Ah ! Ah !
Et coquinent pas mal avec ces dames et demoiselles.
Tant mieux !
Et soudain, voyez comme tout cela est bien construit…
Arrive le mari d’une des Maitresses du premier larron.
Et que fait-il celui-là ?
Il s’enthousiasme pour l’opéra bouffe des deux zigotos, achète un théâtre, y monte le bidule dont la maîtresse du second sera l’interprète principale.
Tout cela dans la joie, la bonne humeur et une grivoiserie de bon aloi.
On s’amuse, ça ne fait pas pipi loin (comme dit un chanteur que j’aime bien) mais on passe un bon moment tranquille, plaisant, canaille.
Du Georges Courteline quoi !
Par ailleurs, c’est très bien écrit.
Un goût agréable, qu’on oublie vite, avec juste l’envie d’en goûter un autre si l’on tombe dessus.

J’vous ai apporté des bonbons
Parce que les fleurs, c´est périssable
Puis les bonbons, c´est tellement bon
Comme disait un autre chanteur que j’aime bien aussi.

Sexe, diamants et plus si affinités… par Lauren Weisberger

Je connaissais une charmante vieille dame qui, lorsqu’elle marchait dans une crotte de chien, ce qui lui arrivait souvent elle était très tête en l’air, disait dans un sourire :
« Du pied gauche, ça, porte bonheur ».
Et, dans la seconde suivante, elle marchait dans une nouvelle crotte… du pied droit.

Eh bien ce bouquin, c’est pareil.
J’ai d’abord marché du pied gauche, ça porte bonheur.
Une belle Merde que je me suis dit, mais peut-être quelques surprises. Après-tout Le Diable s’habille en Prada était un film regardable (Meryl Streep surtout).

Trois nanas, Adriana, Bimbo fille de parents milliardaires, Leigh, éditrice hyper douée, Emmy, des études de cuisine qui l’ont menée, tenez-vous bien, à installer des restaurants de luxe dans le monde entier.
Bon, Bof ! mais continuons quand même.
Que je me suis dit.

Et vlan, le pied droit.
La première drague à tout va en rêvant de rencontrer l’homme génial et pan, sur qui elle tombe, sur le réalisateur de films hyper à la mode.
La seconde vit avec l’homme idéal, le présentateur de télé à la mode, mais elle ne l’aime pas. Oups ! (On est inquiets là) Elle finit par le quitter (Après des pages et des pages d’interrogation dont on n’a rien à fiche) et sur qui tombe t’elle ? L’écrivain le plus fabuleux de tous les temps.
On a failli s’inquiéter.
Quant à Emmy, elle s’est faite larguer bien vachardement par son homme idéal, Duncan (Enfin, ça n’allait pas si bien que ça quand même) qui vit maintenant avec une femme dont la passion c’est… de faire la majorette.
OH ! LA ! LA !
Mais qui rencontre t’elle au cours de ses pérégrinations dans les palaces de la planète ?
Je vous le donne en mille, un type fan-tas-ti-que dont elle croyait qu’il ne voulait pas d’elle alors, qu’en fait, c’était le service de l’hôtel (de luxe bien entendu mais à qui se fier) qui ne lui avait pas donné le papier où il expliquait tout.
Ouf ! On a eu peur.

J’ai donc posé le bouquin dans la poubelle, délicatement, pour ne pas tacher ma veste d’alpaga pleine peau du désert des tartares.
Puis j’ai été nettoyer mes chaussures en cuir de lama à poil court de Sibérie Orientale.
C’est incroyable comme la Merde, ça peut être collant.
Surtout sur le cuir de lama à poil court de Sibérie Orientale.

Félicie est là par George Simenon

« Allez hop ! Boum ! Tagada ! » que je me suis dit.
« Entre deux bouquins, histoire de me changer les idées, je vais me faire un p’tit Maigret » que je me suis lancé.
J’aime bien me lancer des trucs que je ne rattrape pas toujours.
C’est plus farce.
Et puis, un p’tit Maigret, ça fait toujours plaisir et ça n’alourdit pas.
Hop, pop, pop !
Et…
J’ai été bluffé.
A plus d’un titre…
Car ce Maigret là, question d’être hors normes, il est hors normes.

Mais, avant d’aller plus loin, soyons clair.
George Simenon n’est pas, pour moi, de la littérature de gare, c’est (N’ayons peur de rien) l’un des auteurs majeurs du vingtième siècle (Mais si, mais si, mais si, sans rire).
Un style, une efficacité, un rythme, du Grand Art !
Vous voulez savoir écrire, analysez des romans de Simenon (entre autres).
Simenon, ça se lit sans y penser, ça file, ça glisse sous les yeux, et regardez de plus près, vous verrez que c’est fait de main de maitre.
Il est terriblement difficile de faire simple. Quelle que soit la technique, c’est même le plus difficile.
George Simenon, c’est un écrivain qui ne fait jamais, je dis bien jamais, de littérature. Et ça aussi, c’est étonnant.
Dans aucun de ses bouquins une phrase n’est là que pour faire la belle. Il tranche, assujettit, pose, sans s’accorder la moindre fioriture.
Une belle mécanique qui fonctionne comme une voiture de course.
Respect Monsieur Simenon !

Et celui-ci, me direz-vous, qu’a-t-il donc de si particulier ?
Ah ! Ah !
Plusieurs choses…

1. Le temps du récit d’abord.
Le temps préféré de Simenon, sa marque de fabrique, c’est l’imparfait, qu’il utilise souvent à la place du passé simple donnant ainsi une sensation de tranquillité, de bonhomie, de calme intemporel.
Par exemple…
Maigret prit sa pipe, la bourra soigneusement puis appela Janvier.
Maigret prenait sa pipe, la bourrait soigneusement avant d’appeler Janvier.
Pourtant, ici, il écrit majoritairement au présent. Un temps qu’il n’utilise pas d’habitude.
Tiens ?
Pourquoi ?
Difficile à analyser. Peut-être pour donner cette sensation que tout est hors du temps dans cette histoire, une parenthèse. Et puis cette sensation qu’on ne sait pas vraiment ce qui va se passer la seconde suivante. Le présent a cette qualité.

2. Ensuite, son héroïne : Félicie.
Pendant toute la première partie, j’ai cru que Félicie, bonne à tout faire du vieux bonhomme assassiné, était une vieille femme. Félicie, pour ma génération, ça fait vieux.
Pas du tout, elle a vingt ans, des vêtements et des dessous tapageurs.
Oups !
Comme quoi ?

3. Et enfin, l’époque.
C’est un roman qui a été écrit en 1942 et est sorti en librairie en 1944.
En pleine guerre.
Eh bien, aucune référence à l’occupation, pas de militaires, pas de couvre-feu et tout ce bastringue pourtant évocateur.
Ce qui m’a permis de noter que ce n’est jamais le cas.
Un nombre non négligeable de Maigrets ont été écrits pendant la seconde guerre mondiale mais Maigret n’évolue pas dans ce contexte.
Une volonté délibérée de l’écrivain de ne pas inclure son personnage dans l’histoire.
Pourquoi pas !
Un écrivain peut tout se permettre.
Mais c’est bluffant je trouve.
Vous ne trouvez pas ?
Non ?
Ah bon !

A lire en tout cas…
Et pis vous me direz.

Et sur cette dernière phrase, il éteignait son ordinateur, posait les mains sur le bureau, levait le nez et lançait  : « Alors Annabelle, on se le prend ce petit café ? ».

La reine des pommes par Chester Himes

Ah, enfin du bouquin qui déménage !
Voilà qui change du « Coco » qui appelle « Lolotte » patronné par la Mère Claude ça rote pas haut (Voir article « mes lectures » précédent).
Des histoires de noirs et de noires, parfois de noirs déguisés en noires, parfois de noirs déguisés en sœurs de la charité (C’est dire), burlesques, dantesques, délirantes.
Ça fonce, ça n’a peur de rien, même pas du lecteur, du suspens, de l’action à chaque page et ce monde en noirs et blancs tout à fait étonnant.
Tout à fait détonnant.
J’adore !
Il faut dire que Chester Himes est lui même noir et qu’il est né à une époque plutôt galère dans un état qui ne l’est pas moins, le Missouri.
Argh !
J’ai été voir vite fait sa bio. Il n’a pu publier correctement qu’une fois arrivé en France (Pour une fois qu’on fait un truc bien dans ce pays) avec son premier roman que je vous conseille, celui-là justement.
Mais « Couché dans le pain » que j’avais lu précédemment est bien aussi.
J’en ai un autre dans ma collection « à lire », je me le garde comme un bon chocolat bien bon et je vous en reparlerai.
Oups ! Pas trop certain de cette image !
Tant pis.
Lisez « La reine des pommes », lisez « Couché dans le pain ».
Des bouquins comme ça, vous n’en croiserez pas beaucoup.
C’est un grand (Physiquement) et un gros (Moralement) lecteur blanc qui vous le dit.