Le jeu de la dame par Walter Tevis

Je déteste, un peu par principe avouons-le (Euphémisme), les séries, les films, ou les bouquins à succès…
Je les évite comme on évite les merdes de chien sur les trottoirs.
Et voilà que je viens de lire ce best seller doublé d’une série netflix non moins best seller (Que je n’ai pas regardée, pas si débile quand même !).
Oups ! Argh ! Grmmmmbllll ! Bah ! Gratchougreuh !
Pourquoi l’ai-je lu ?
Oups ! Argh ! Grmmmmbllll ! Bah ! Gratchougreuh !
Bonne question. Euh…
Une copine libraire, des yeux verts, , des étoiles dans ses yeux : « Lis ce bouquin, tu verras, c’est génial ! ».
Comme je ne résiste ni aux femmes, ni aux libraires, ni aux yeux verts, ni aux étoiles, je l’ai acheté.
Et comme je ne veux rien jeter, je l’ai lu.
Puis, comme il est assez épais, je l’ai placé sous le pied de l’armoire qui branle. Il y fait très bon effet.

Disons-le tout de suite, ce n’est pas « génial ». Tant pis pour ma copine libraire aux yeux verts.
Mais… je l’ai lu jusqu’au bout ce qui n’est pas si mal et à peine sauté deux trois passages ce qui est peu.
Vous le présenter en quelques mots…
L’histoire :
Elle est orpheline, elle est moche, elle est hyper douée aux échecs et… je ne veux pas vous spolié la fin mais, oh surprise, ça finit bien.
Comme vous voyez, plus tarte comme histoire, c’est difficile.
Le bouquin :
Une machine de guerre à l’américaine.
Un suspense au cordeau, des rebondissements téléphonés mais pas mal amenés, un scénario classique avec une fin évidente mais bien fichue, des personnages pas si mal croqués.
Cela fonce comme sur une autoroute, ça pète le feu, on ne s’ennuie pas.
Facile oui, mais lisible… enfin à peu près.

Pour conclure.
Que ce bouquin ait été écrit en 1980 et des bananes m’a démontré que, déjà à l’époque, on savait fabriquer aux États Unis des machines à faire du fric.
Étonnant !
Par contre, je me suis fait la remarque que l’écrivain avait du bien s’embêter à écrire un machin aussi formaté.
J’ai vérifié.
Il est mort l’année d’après.
Ah !
Je le savais.

La maison de papier par Françoise Mallet-Joris

Il y a des livres qui ont une histoire dans mon histoire.
Celui-là en est un.
Sorti en 1970, j’avais huit ans.
Souvenirs.
Les discussions entre mon père et mon oncle René autour des romans ou des essais qu’ils dévoraient.
Souvenirs.
Les longues tirades si construites de mon oncle, les réponses plus courtes, efficaces et sobres, de mon père.
Comme ils me bluffaient tous deux à refaire le monde à coups de bouquins.
On sortait de mai 68, un air de liberté flottait sur la vie.
Souvenirs.
L’appartement de mon oncle à Paris. L’immeuble gigantesque, l’énorme ville qui bruissait tout autour, le cinq pièces très parisien avec ses baies vitrées, ses meubles en teck marrons, ses fauteuils en poire ou en pouf, ses bibliothèques déjà Ikea.
Et puis, magique, la rencontre de mes premières BD dont un Lucky Luke.
Et enfin, cette couverture étonnante, abandonnée sur un canapé, cette maison de papier aux quatre petits bonhommes dansants.
Souvenirs.
Il fait toujours très beau dans mes souvenirs…

Alors quand je suis tombé, au détour d’une bouquinerie, sur cette couverture qu’éclaboussait un éclat de soleil, je n’ai pas hésité une seconde.
Je l’ai acheté.
Je l’ai lu.
J’ai été déçu ?
Euh… Un peu.
C’était évident ! Vous le saviez.
D’accord.
Mais bon, on peut rêver quand même.
Alors ? Qu’en dire ?
Eh bien, dans un premier temps, il est sympathique ce petit opus, elle est marrante cette maison ouverte aux quatre vents, ce moulin où passent les femmes de ménage, les enfants, les animaux, les amis, le mari.
Tout ça dans un joyeux bazar très mai 68.
Je me suis laissé prendre d’abord à ces petits morceaux de vie plutôt bien écrits.
Et puis…
Et puis bof !
On se lasse.
Il y a trop de fric dans tout cela, trop de bons sentiments pour le petit peuple, trop de réflexions « intellectuelles », trop de paternalisme sirupeux (Ou de maternalisme si le mot existe), et trop, beaucoup trop de religion (Argh !).
Françoise Mallet-Joris n’est au final qu’une grande bourgeoise pourrie de fric et de conventions, quoi qu’elle en dise, quoi qu’elle en pense.
Dommage.

Tant pis, je ne regrette pas, d’ailleurs je ne regrette jamais rien.
Car, souvent, en sautant les pages longues et convenues de la philosophie à la petite semaine de Françoise, je fermais les yeux, revoyais cette couverture posée sur le canapé, entendais mes cousines, mes sœurs, rire dans les chambres, le son des voix masculines dans le salon, des voix féminines sur le balcon, et, derrière la baie vitrée, le grand soleil dans un immense ciel bleu…
Qui me lançait un clin d’œil malicieux.
Il fait toujours très beau dans mes souvenirs !

Les linottes par Georges Courteline

Un petit bonbon, ça ne se refuse pas.
Celui-là a un parfum de menthe poivrée juste acide ce qu’il faut comme j’aime.

De Georges Courteline, je n’avais lu, ou vu, jusque là que les pièces de théâtre légères et courtes-vêtues.
Dont ma préférée, « La peur des coups »,  amusante, érotique, quand elle est jouée correctement… ce qui est rare hélas.
Eh bien ce roman de 1912, assez osé pour l’époque, ne dépare pas son auteur.
On suit un jeune homme dilettante qui écrit des opéras bouffes à temps perdu, qui gère, dans l’optimiste, plusieurs maîtresses et ne fait pas grand chose d’autre.
On rencontre ensuite un compositeur d’opéras bouffes (Tiens !), vieux, ronchon, désagréable, pratiquant une unique maîtresse mais bien gironde ma foi.
Que font-ils ?
Ils écrivent ensemble un opéra bouffe.
Ah ! Ah !
Et coquinent pas mal avec ces dames et demoiselles.
Tant mieux !
Et soudain, voyez comme tout cela est bien construit…
Arrive le mari d’une des Maitresses du premier larron.
Et que fait-il celui-là ?
Il s’enthousiasme pour l’opéra bouffe des deux zigotos, achète un théâtre, y monte le bidule dont la maîtresse du second sera l’interprète principale.
Tout cela dans la joie, la bonne humeur et une grivoiserie de bon aloi.
On s’amuse, ça ne fait pas pipi loin (comme dit un chanteur que j’aime bien) mais on passe un bon moment tranquille, plaisant, canaille.
Du Georges Courteline quoi !
Par ailleurs, c’est très bien écrit.
Un goût agréable, qu’on oublie vite, avec juste l’envie d’en goûter un autre si l’on tombe dessus.

J’vous ai apporté des bonbons
Parce que les fleurs, c´est périssable
Puis les bonbons, c´est tellement bon
Comme disait un autre chanteur que j’aime bien aussi.

Sexe, diamants et plus si affinités… par Lauren Weisberger

Je connaissais une charmante vieille dame qui, lorsqu’elle marchait dans une crotte de chien, ce qui lui arrivait souvent elle était très tête en l’air, disait dans un sourire :
« Du pied gauche, ça, porte bonheur ».
Et, dans la seconde suivante, elle marchait dans une nouvelle crotte… du pied droit.

Eh bien ce bouquin, c’est pareil.
J’ai d’abord marché du pied gauche, ça porte bonheur.
Une belle Merde que je me suis dit, mais peut-être quelques surprises. Après-tout Le Diable s’habille en Prada était un film regardable (Meryl Streep surtout).

Trois nanas, Adriana, Bimbo fille de parents milliardaires, Leigh, éditrice hyper douée, Emmy, des études de cuisine qui l’ont menée, tenez-vous bien, à installer des restaurants de luxe dans le monde entier.
Bon, Bof ! mais continuons quand même.
Que je me suis dit.

Et vlan, le pied droit.
La première drague à tout va en rêvant de rencontrer l’homme génial et pan, sur qui elle tombe, sur le réalisateur de films hyper à la mode.
La seconde vit avec l’homme idéal, le présentateur de télé à la mode, mais elle ne l’aime pas. Oups ! (On est inquiets là) Elle finit par le quitter (Après des pages et des pages d’interrogation dont on n’a rien à fiche) et sur qui tombe t’elle ? L’écrivain le plus fabuleux de tous les temps.
On a failli s’inquiéter.
Quant à Emmy, elle s’est faite larguer bien vachardement par son homme idéal, Duncan (Enfin, ça n’allait pas si bien que ça quand même) qui vit maintenant avec une femme dont la passion c’est… de faire la majorette.
OH ! LA ! LA !
Mais qui rencontre t’elle au cours de ses pérégrinations dans les palaces de la planète ?
Je vous le donne en mille, un type fan-tas-ti-que dont elle croyait qu’il ne voulait pas d’elle alors, qu’en fait, c’était le service de l’hôtel (de luxe bien entendu mais à qui se fier) qui ne lui avait pas donné le papier où il expliquait tout.
Ouf ! On a eu peur.

J’ai donc posé le bouquin dans la poubelle, délicatement, pour ne pas tacher ma veste d’alpaga pleine peau du désert des tartares.
Puis j’ai été nettoyer mes chaussures en cuir de lama à poil court de Sibérie Orientale.
C’est incroyable comme la Merde, ça peut être collant.
Surtout sur le cuir de lama à poil court de Sibérie Orientale.

Félicie est là par George Simenon

« Allez hop ! Boum ! Tagada ! » que je me suis dit.
« Entre deux bouquins, histoire de me changer les idées, je vais me faire un p’tit Maigret » que je me suis lancé.
J’aime bien me lancer des trucs que je ne rattrape pas toujours.
C’est plus farce.
Et puis, un p’tit Maigret, ça fait toujours plaisir et ça n’alourdit pas.
Hop, pop, pop !
Et…
J’ai été bluffé.
A plus d’un titre…
Car ce Maigret là, question d’être hors normes, il est hors normes.

Mais, avant d’aller plus loin, soyons clair.
George Simenon n’est pas, pour moi, de la littérature de gare, c’est (N’ayons peur de rien) l’un des auteurs majeurs du vingtième siècle (Mais si, mais si, mais si, sans rire).
Un style, une efficacité, un rythme, du Grand Art !
Vous voulez savoir écrire, analysez des romans de Simenon (entre autres).
Simenon, ça se lit sans y penser, ça file, ça glisse sous les yeux, et regardez de plus près, vous verrez que c’est fait de main de maitre.
Il est terriblement difficile de faire simple. Quelle que soit la technique, c’est même le plus difficile.
George Simenon, c’est un écrivain qui ne fait jamais, je dis bien jamais, de littérature. Et ça aussi, c’est étonnant.
Dans aucun de ses bouquins une phrase n’est là que pour faire la belle. Il tranche, assujettit, pose, sans s’accorder la moindre fioriture.
Une belle mécanique qui fonctionne comme une voiture de course.
Respect Monsieur Simenon !

Et celui-ci, me direz-vous, qu’a-t-il donc de si particulier ?
Ah ! Ah !
Plusieurs choses…

1. Le temps du récit d’abord.
Le temps préféré de Simenon, sa marque de fabrique, c’est l’imparfait, qu’il utilise souvent à la place du passé simple donnant ainsi une sensation de tranquillité, de bonhomie, de calme intemporel.
Par exemple…
Maigret prit sa pipe, la bourra soigneusement puis appela Janvier.
Maigret prenait sa pipe, la bourrait soigneusement avant d’appeler Janvier.
Pourtant, ici, il écrit majoritairement au présent. Un temps qu’il n’utilise pas d’habitude.
Tiens ?
Pourquoi ?
Difficile à analyser. Peut-être pour donner cette sensation que tout est hors du temps dans cette histoire, une parenthèse. Et puis cette sensation qu’on ne sait pas vraiment ce qui va se passer la seconde suivante. Le présent a cette qualité.

2. Ensuite, son héroïne : Félicie.
Pendant toute la première partie, j’ai cru que Félicie, bonne à tout faire du vieux bonhomme assassiné, était une vieille femme. Félicie, pour ma génération, ça fait vieux.
Pas du tout, elle a vingt ans, des vêtements et des dessous tapageurs.
Oups !
Comme quoi ?

3. Et enfin, l’époque.
C’est un roman qui a été écrit en 1942 et est sorti en librairie en 1944.
En pleine guerre.
Eh bien, aucune référence à l’occupation, pas de militaires, pas de couvre-feu et tout ce bastringue pourtant évocateur.
Ce qui m’a permis de noter que ce n’est jamais le cas.
Un nombre non négligeable de Maigrets ont été écrits pendant la seconde guerre mondiale mais Maigret n’évolue pas dans ce contexte.
Une volonté délibérée de l’écrivain de ne pas inclure son personnage dans l’histoire.
Pourquoi pas !
Un écrivain peut tout se permettre.
Mais c’est bluffant je trouve.
Vous ne trouvez pas ?
Non ?
Ah bon !

A lire en tout cas…
Et pis vous me direz.

Et sur cette dernière phrase, il éteignait son ordinateur, posait les mains sur le bureau, levait le nez et lançait  : « Alors Annabelle, on se le prend ce petit café ? ».

La reine des pommes par Chester Himes

Ah, enfin du bouquin qui déménage !
Voilà qui change du « Coco » qui appelle « Lolotte » patronné par la Mère Claude ça rote pas haut (Voir article « mes lectures » précédent).
Des histoires de noirs et de noires, parfois de noirs déguisés en noires, parfois de noirs déguisés en sœurs de la charité (C’est dire), burlesques, dantesques, délirantes.
Ça fonce, ça n’a peur de rien, même pas du lecteur, du suspens, de l’action à chaque page et ce monde en noirs et blancs tout à fait étonnant.
Tout à fait détonnant.
J’adore !
Il faut dire que Chester Himes est lui même noir et qu’il est né à une époque plutôt galère dans un état qui ne l’est pas moins, le Missouri.
Argh !
J’ai été voir vite fait sa bio. Il n’a pu publier correctement qu’une fois arrivé en France (Pour une fois qu’on fait un truc bien dans ce pays) avec son premier roman que je vous conseille, celui-là justement.
Mais « Couché dans le pain » que j’avais lu précédemment est bien aussi.
J’en ai un autre dans ma collection « à lire », je me le garde comme un bon chocolat bien bon et je vous en reparlerai.
Oups ! Pas trop certain de cette image !
Tant pis.
Lisez « La reine des pommes », lisez « Couché dans le pain ».
Des bouquins comme ça, vous n’en croiserez pas beaucoup.
C’est un grand (Physiquement) et un gros (Moralement) lecteur blanc qui vous le dit.

Allô Lolotte, c’est Coco par Claude Sarraute

Je connaissais Claude Sarraute par la radio, un peu par la télé quand j’en avais encore une. Pour moi, c’était une gentille grand-mère impertinente, tutoyant tout le monde et n’ayant généralement pas la langue dans sa poche ce qui pouvait être amusant.

On m’avait dit qu’elle écrivait dans Le Mondeuh, que c’était quelqu’un de « valabeuh », et « d’intellêctuhelle »mais je ne lis pas Le Mondeuh et ne fréquente que des gens pas « Valabeuhs » du tout, et pas intellêctuhels pour un rond.

Et pis je tombe sur ce bouquin à 50 centimes.
Et 50 centimes, c’est pas cher.
Alors, quand c’est pas cher, autant essayer, c’est ma devise (Enfin l’une de mes nombreuses devises, j’en ai pour chaque occasion).

Eh ben non !
J’aurais pas du.
Même à 50 centimes.

Précisons…

Une histoire ? Où ça une histoire ?
Une bande de bobos sans intérêt, Lolotte, Coco, Roger, Patrice, Sarah, JJ, Miche et Papy font des trucs dont on se fiche bien, à une allure d’escargot syphilitique pourrie de dialogues longs, chiants, que Mme Sarraute doit trouver drôles.
Roger couche avec Sarah dans le dos de sa femme Miche, Lolotte veut un enfant sur le tard et pourquoi pas avec JJ qui n’en veut pas lui, et finalement, après des vacances en Bretagne affligeantes (Attention spoil), Papy épousera Sarah qui a cinquante ans de différence d’âge avec lui.
Oooooh ! Que nous voilà donc choqués !

Et, pour couronner le tout, quand La Claude ne sait pas trop quoi écrire… la moitié du livre en fait… elle nous met ses réflexion d’auteure dont on n’a pas plus à fiche que le reste, ses appels à son éditrices, ou ses réflexions philosophicalapetitesemaine.
Au secours !
Là on atteint le Chiant au carré.

Pour conclure, on pourrait appeler cet ouvrage : Comment se fiche du monde en 156 pages et gagner du fric, quand on a un nom connu, en entubant les gogos.
Dont je fais partie.
Argh !
Bien joué Claude !

Ne pleure pas ma belle par Mary Higgins Clark

Je le sais !
Eh oui, pourtant je le sais, mais oui je le sais, d’accord je le sais. Je ne suis pas né de la dernière pluie, pas même de celle d’avant.
J’avais lu un roman, le premier de cette dame, il ne fallait pas y retourner.
Rester sur une impression pas trop mauvaise, voilà qui était bien.
Mais je suis incorrigible.
Et puis, avouons-le, je suis tombé sur ce bouquin au prix super attractif de 50 centimes.
Avec toutes les pages, la couverture, et tout et tout, et ne sentant même pas mauvais.
Alors j’ai craqué.
J’aurais pas du…
C’est une belle merde !
Enfin belle ? ? ?
Une histoire téléphonée, un meurtrier que l’on connait dès la vingtième page, un suspense qui traîne en longueur et puis…
De la guimauve, de la guimauve, de la guimauve.
On se noie dans la guimauve.
Du coup, comme je m’ennuyais, j’ai un peu regardé le style…
Au secours !
Et ce n’est pas Graham Greene que j’ai lu juste après qui dira le contraire.
Alors, j’ai bâclé vite fait les cents dernières pages de ce livre et je vous le dis en quatre mots (pas plus) :
Ne lisez pas ça !
Vous pouvez tenter « La nuit du renard », c’est son premier bouquin dont je parle sur ce blog un peu plus tôt (rubrique : mes lectures).
Et restez en là.
Ne faites pas comme moi, vous n’êtes pas né de la dernière pluie non plus et vous…
Vous n’êtes pas incorrigible.
Enfin…
Pas souvent.

Une liaison dangereuse par Marie Céhère et Roland Jaccard

Ah !
Voilà un bouquin que j’ai déniché au long d’une de mes flaneries-fouineries dans une bouquinerie improbable.
Avouons-le, j’adore flaner-fouiner dans des bouquineries mais pas que…
Pas vous ?

La photo de couverture m’a attrapé d’abord, presque choqué. Et pourtant, le Diable et ses comparses savent que je suis rarement bluffé dans ce domaine.
Mais là !
Dire qu’elle est sensuelle, lascive, érotique, c’est peu dire. Ces deux bouches baiseuses, biaiseuses, ces deux visages imbriqués, ce bras qui serre,  qui bloque, ces longs cheveux en filasse désinvolture, ce sein dévoilé-caché, tourné dans notre direction, offert.
Lubrique.
Et le collier, lame de rasoir, froid et onirique.
Trop bien !
Rarement j’ai vu une photo qui en dévoile si peu pour en dénuder autant.
Alors j’ai pris, alors j’ai acheté (ou volé, je ne sais plus), alors j’ai lu.
Et je n’ai pas été déçu.

Une entrée en matière de Marie Céhère d’abord. On se demande quelle histoire elle commence à  nous raconter. Roman, nouvelle, récit réaliste, où allons-nous ?

Et soudain, au détour d’une page que l’on tourne, le dialogue commence.
Car c’est d’un dialogue qu’il s’agit entre Marie Céhère, 23 ans, jeune femme intellectuelle aux reflets morbides et Roland Jaccard, 73 ans, vieil intellectuel bougon, désabusé, pervers, amoureux des femmes jeunes, fraiches, morbides et surtout intellectuelles.
Un dialogue messenger. Des phrases courtes. Les heures et minutes où elles sont envoyées, souvent de nuit ou tôt le matin. Ce sont des nocturnes que ces deux là.
C’est palpitant. On avance avec eux au fil des messages de plus en plus grivois côté Jacquard, de plus en plus coquins côté Céhère.
De ci de là, quelques photos.
Il demande des photos, elle les lui donne à petits pas.
Elle ne demande jamais de photos, pas besoin.
Un mâle, ça veut voir, une femme, ça veut imaginer.
Puis on en arrive à la « peut-être » rencontre.
Car rien n’est certain avec eux.
Les dialogues s’interrompent, le récit reprend à deux mains.
D’abord Roland Jaccard, ensuite Marie Céhère.
On reconnait le style de l’un, on découvre les possibilités d’écriture de l’autre.
Mais…
Restons-en là. Vous ne pensez tout de même pas que j’allais tout vous dévoiler non plus.
Achetez-le !
Volez-le !
Allez vous aussi flaner-fouiner chez les bouquinistes… et si vous avez de la chance !
Bon soyons sympa, j’ai vu qu’il se trouvait encore sur Internet…

Et, pour finir… qu’est-ce qu’on dit à Tonton François qui s’occupe si bien de vous et vous propose de saines lectures ? Huuuuum ?

 

Belle de jour par Joseph kessel

Toujours intéressant de lire un roman dont on a vu le film.
En l’occurrence, avec celui-ci, on touche à Bunuel, à l’admiration que j’ai pour ce réalisateur, et à l’un de mes films érotiques cultes. Il y en a à peine 10 dans ma filmographie personnelle et encore.
C’est dire si je le connais par cœur.
Je n’ai pas été déçu.

Avant d’aller plus loin, pour ceux qui n’auraient vu ni le film ni lu le roman (Il y a des nuls partout), en quelques  mots…
Une grande bourgeoise décide de devenir, chaque après-midi de 14h à 17h, l’une des prostitués d’une maison close sous le nom de Belle de Jour.

Pour commencer, parlons de Joseph Kessel.
De cet auteur je n’avais pas lu grand chose à part Le Lion comme tout le monde, dont je n’ai, avouons-le, aucun souvenir.
J’avais tort.
J’ai découvert un écrivain au style maitrisé, fluide, agréable à lire pour un roman de cette époque (Mon édition est de 1925).

Et maintenant entrons dans le vif du sujet (C’est le cas de le dire).

Les différences.
Elles sont de taille.
Dans le bouquin, l’héroïne est une femme qui ne comprend pas ce qui lui arrive. Un besoin de s’avilir venant un peu de nulle part. Elle n’avait jamais connu rien de tel avant. Elle était une femme un peu terne, tranquille, sans pulsions particulières, amoureuse de son mari comme d’une bonne habitude.
Alors pourquoi tombe-t-elle dans ce délire ?
On ne sait pas vraiment. Peut-être en grande partie par ennui et un vague, très vague désir de connaître cette vie là. Elle ne prend que très peu de plaisir à ce qui lui arrive, toujours fugace et sans suite.
Par ailleurs, peu de scènes érotiques. Certaines sont sympathiques mais sans plus.
Tout est construit sur le plan psychologique. On suit cette femme qui se perd et on tente de comprendre avec elle sans forcément, nous non plus, y réussir.
Un bouquin qui se lit avec plaisir mais un peu décevant quand on a vu le film.

Car dans le film, Bunuel passe un registre au dessus et là, ça devient intéressant.
Carrément génial disons-le.
Car l’héroïne du film, jouée par Catherine Deneuve idéale dans ce rôle, est une femme ambiguë, qui rêve de sadomasochisme, de perversion, de soumission. La scène du début où elle se fait attacher dans les bois puis fouetter et violer par les laquais de son mari, devant lui, nous met tout de suite dans l’ambiance.
On ne découvre qu’à la fin de la scène que ce n’est qu’un fantasme dont elle rêve.
Du coup, on comprend le personnage de cette femme chic, froide, blonde glacée, qui ne rêve que d’une chose, se faire avilir et posséder.
Elle aime son mari mais ne prend aucun plaisir avec lui.
Du coup, la suite devient beaucoup plus logique.
Pour appuyer le propos, les parties érotiques sont mise en valeur. Bunuel en a rajouté un certain nombre  qui complètent le portrait et nous promènent dans les fantasmes des clients et de l’héroïne par extension.
L’arrivée du malfrat jeune, aux dents en acier, est logique dans ce contexte, comme le fait qu’elle tombe amoureuse de lui et de sa violence.
Le personnage de Husson, issu de son milieu, qui  lui donne l’envie d’entrer dans ce monde de la prostitution, est lui aussi plus logique. Il est joué par Michel Piccoli qui lui donne des dimensions de perversité et de classe.
Très fort !
Bon !
Arrêtons-là.
Je ne vais pas tout vous raconter non plus.
Vous irez lire le livre, vous verrez le film.
Et pis c’est tout.

Concluons.
Un bon livre, original, et même risqué pour l’époque, qui se lit avec plaisir.
Mais un film totalement génial où Bunuel a su pousser à leurs limites les dimensions de cette femme.
Et l’on en reste sans voix.
Même moi.
C’est dire.