Histoires naturelles par Jules Renard

Il y a des gens qui mangent du chocolat, d’autres sucent des bonbons, grignotent des petits beurres, se perdent dans des babas, des religieuses…
Il y a ceux qui préfèrent un bon cigare ou une pipe, ceux pour qui une bière ou un whisky de meuhmeuhmeuh d’âge les fait vibrer, ceux enfin qui se charment d’un point de broderie ou d’une ligne de coke.
Chacun fait comme il veut avec sa broderie, ça ne me regarde pas.

Moi, ce qui me fait bicher, ce sont les textes.
C’est pas cher, c’est chic et ça n’alourdit pas
Colette, Guy de Maupassant, Jean Giono ou Jules Renard, pour citer quelques uns des plus mirifiques.
Les trois premiers, on sait leur virtuosité, le dernier se fait plus modeste.
Un Poil de Carotte qui n’a l’air de rien, un Ecornifleur sans prétentions et ces Histoires Naturelles qui nous parlent d’animaux de la basse cour du voisin ou du coin du champ d’à côté.
Ah !
Rien de plus ?
Bof ! me direz-vous.
Vous aurez tort.

Car…
Ouvrez le livre, et la magie vous emporte. Les mots dansent, rêvent, jouent, se marrent, faisant ce qu’en veut cet artiste qui manie la langue comme un poète et invente de la poésie où l’on n’en imaginerait pas.
Un auteur que je lis, relis, rerelis, quand me prend un vague à l’âme, un tourne à la vie, que j’ai envie de retrouver un moment de tendresse, de sourire et de calme.
De beauté.
Alors c’est vous dire qu’Histoires Naturelles si vous ne l’avez jamais rencontré, il faut y plonger sans perdre de temps.
Et tant que vous y serez, allez donc dire un petit bonjour à Poil de Carotte de ma part.
Cela lui fera plaisir et vous ne serez pas déçu.
Car Jules Renard, eh bien… c’est…
Jules Renard.

Tenez, pour vous donner envie, deux trois petites choses tirées de ce livre là…

« Au soleil qui se couche, les bœufs trainent par le pré, à pas lents, la herse légère de leur ombre ».

« La puce : Un grain de tabac à ressort ».

« Le mur : Je ne sais quel frisson me passe sur le dos.
Le lézard : C’est moi ».

« Casanier dans la maison des rhumes, son cou de girafe rentré, l’escargot bout comme un nez plein.
Il se promène dès les beaux jours mais il ne sait marcher que sur la langue ».

La nuit du renard par Mary Higgins Clark

Par principe, je n’avais jamais lu de bouquin de Mary Higgins Clark. J’avais un « à priori », très « priori » et pas du tout « à », comme quoi c’était de la littérature de M… tout juste bonne pour des crétins ou crétines lobotomisées.
Excusez du peu !
Et puis Argh ! Oups ! Holp ! Gargloub-Beuh ! On m’a offert un bouquin de cette femme.
J’ai pris entre deux doigts la « chose », l’ai posée délicatement sur le buffet, l’ai recouverte, pour limiter les effluves, d’une cloche à fromages et l’ai oubliée.
Un certain temps.
Long.
Les livres à lire je n’en manque pas et les fromages j’en collectionne peu, ma femme les ayant en horreur à cause de l’odeur. Pas des livres, des fromages.
Jusqu’au jour où j’ai eu besoin de la cloche pour des fromages et des amis qui sentaient forts. Pas les amis, les fromages.
Quoique…
Toujours est-il que je me suis retrouvé face à face avec l’objet.
Nous nous sommes regardé yeux dans les titres, en lecteur et roman de faïence qui se comprennent à demie virgule.
Et comme je ne suis jamais obtus le mardi, c’est un principe, et que nous étions un mardi, je me suis engagé dans la découverte de ce truc.
Et…
Surprise….
Ce n’est pas si mal.
C’est un roman à suspense assez classique, mais particulièrement efficace, qui te traîne la langue pendante d’un rebondissement à l’autre sans pouvoir respirer une seconde.
Du beau boulot !
Comme toujours dans ce type d’histoires, on connaît le meurtrier dès le départ et tout est dans le fait de savoir s’il va s’en sortir ou pas,  si le pauvre type condamné à mort à sa place va passer à la chaise ou pas, si les passants qui passent vont découvrir quelque chose ou pas, si le flic bête sera moins bête ou pas etc.
Ce n’est pas de la grande littérature (Ben non !) mais ça se laisse avaler avec plaisir pour peu qu’on aime ça.
Et moi, je ne déteste pas.
Mais si !
Ah oui, quand même un petit bémol (j’aime bien ce mot), pour un rien de facilité et de bien pensanterie un peu trop convenue qui traîne de ci de là.
Mais ce n’est pas grave, un bon aspirine doublé d’une bonne nouvelle de Guy de Maupassant par dessus, et il ne vous restera aucune séquelle.
Alors n’hésitez pas…
Si vous aimez ce genre là.

Ps : Pour finir cet article, notons que c’est le premier roman de cette dame, que j’ai tenté d’en lire deux ou trois autres, qu’ils me sont tombés des mains à la page dix, particulièrement les plus récents. Alors tentez le coup sur celui-là et peut-être les deux ou trois suivants, mais ensuite, je crains qu’elle ne soit tombé dans un genre commercial bien rentable qui a perdu son auteure en route…
« On recherche Mary Higgins Clark. Toute personne qui la retrouvera pourra être la victime de son prochain roman écrite à 26 mains par d’autres qu’elle ».
Ecrivez-moi, je transmettrai.

Balzac et la petite tailleuse chinoise par Dai Sijie

Pas facile d’écrire sur un bouquin que j’ai commencé par apprécier puis par m’en lasser avant de l’abandonner en me disant : « quel navet ! »

Mais le plus simple, commencer par le début…
(J’aime beaucoup ce genre de phrases nulles et téléphonées qui font toujours bien dans une chronique littéraire. Pour celle-ci, j’ ai longtemps cherché la contrepèterie. On m’a dit qu’il n’y en a pas mais je ne suis pas très fort en contrepèteries et je doute assez de celui qui me l’a affirmé. Il se marrait comme un cachalot bègue. Alors je cherche encore).

Donc ça commence pas mal.
On est balancé (c’est le terme) dans la Chine de Mao à la suite de deux jeunes gens soi-disant intellectuels mais qui n’ont pas eu le temps de le devenir. Le gouvernement les envoie en « rééducation » dans un village paumé, si paumé qu’on se demande comment il peut exister des endroits aussi paumés que c’en est à peine vraisemblable.
Mais bon, si c’est écrit dans un livre, ça doit être vrai !
Ils vont y dormir au dessus des cochons,  porter des charges énormes à travers les montagnes, creuser à la main des mines de charbons, et tout çi et tout ça avec la boue, le froid, la pluie, entourés de surcroît de paysans imbéciles.
Évidemment il n’y a ni électricité, ni moteur, ni chasse-d’eau, ni même un Mac Do convenable dans le secteur. Les livres sont prohibés, quant au tout à l’égout, inutile même d’y penser.
Un bonheur !
En plein vingtième siècle, on croît rêver.
Une façon de douche froide pour le bon bourgeois occidental, crétin, gavé de confort et de  pâtes au gratin que je suis.
Un bon début donc.

Ensuite ? Eh ben ça se gâte les coupins.
La rencontre avec la petite tailleuse fille du tailleur et dont le co-héros, Luo, tombe amoureux, pourquoi pas.
La découverte d’une valise de livres, fabuleux, passionnants, magiques pour ainsi dire, gardée jalousement par un binoclard (avec des lunettes qu’il perd souvent et casse régulièrement comme tout binoclard qui se respecte), ça peut passer et ça explique le titre.
Ah oui, notons-le, ces livres sont évidemment occidentaux, évidemment français, et entre autres, Balzac.
Comme quoi, en Chine, ils ne savent pas écrire, à peine lire, et la seule littérature qui les fassent rêver, c’est la notre. Mais si ! Mais si !
Bluffant non ?

Tout’ façon, c’est à partir de là que j’ai commencé à me faire c…
à m’embêter, et que le machin m’est tombé des mains. Ça traîne, ça godaille, ça vasouille. Les péripéties, quand il y en a, deviennent si évidentes, si lourdingues qu’un marshmallow tocard à casquette verte les comprendrait sans peine (Et on sait combien le marshmallow tocard à casquette verte peut être bêta).

Alors, j’ai été voir la fin comme je le fais quand je m’… m’ennuie. Elle correspondait exactement à ce que j’avais pensé.
Bon que je me suis dit, c’est pas grave. Quel type de ma connaissance détesterais-je suffisamment pour lui offrir ce bouquin naze ?
J’ai trouvé mais je ne vous dirai pas qui.
Et comme toujours dans les bonnes histoires qui se respectent, je suis monté sur ma bicyclette verte et je suis parti vers le soleil couchant en chantant : « I’m a lonesome cowboy far away from home ».
Et je vous conseille d’en faire autant.

 

Pierrot mon ami par Raymond Queneau

Il y a des livres que je n’aime pas, que j’abandonne en route (Beaucoup)
Il y a des livre que je trouve sympas que je lis jusqu’au bout (Assez beaucoup)
Il y ‘a des livres que j’aime vraiment (Un peu beaucoup mais moins)
Il y a des livres que j’adore mais que je ne relirai jamais (Pas beaucoup du tout)
Et puis il y a les livres que je lis, relis, rerelis et relis encore (Très peu beaucoup)
Dans cette courte liste (Une dizaine à peine), Pierrot mon ami doit tenir la deuxième ou troisième position.
Pourquoi ?
Ah ?
Que voici, que voili, que voilou une bonne question !
Pour Raymond Queneau, ce sera facile d’y répondre.
Un écrivain qu’il faut avoir lu une fois au moins dans sa vie autrement on n’est pas fini pareil.
Un style …original, littéraire autant qu’original, étonnant autant que littéraire, impertinent autant qu’étonnant, unique en un mot.
Un humour déjanté, souvent caustique.
Des personnages attachants, des histoires flirtant joyeusement avec l’absurde et le non sens (Il paraît que ça ne veut pas tout à fait dire la même chose m’a-t-on dit alors je me lâche et je mets les deux et hop là je suis comme ça).
D’ailleurs, dans ma courte liste, Zazie dans le métro tient aussi une bonne place.
Je vous conseille l’un des deux  romans, si vous voulez vous lancer dans le Raymond Queneau pour les nuls, avant d’attaquer l’incontournable mais moins évident : Exercices de style.
Mais revenons à Pierrot mon ami.
Un morceau de vie d’un jeune homme sans originalité à part le fait d’être très fort au flipper.
Ça commence bien vont dire certains.
Ben oui, et alors ?
Pierrot se laisse porter par la vie, les évènements, mais les évènements ne sont pas banals (Ou banaux, je ne suis pas sectaire).
Jugez plutôt.
On se promène à sa suite dans un parc d’attraction où il travaille un temps pour poser les femmes sur une bouche à air qui fait lever leurs jupes, puis dans un mausolée étrange dont il croise le gardien, avant de le suivre dans une pérégrination rigolote accompagné de deux singes aussi sympathiques qu’improbables.
Autour de cet anti héros jouant comme un révélateur, vont s’agiter le patron du parc, sa femme, sa fille, les deux copains avec qui il travaille, un fakir né à Maubeuge ou par là, le gardien du mausolée, un dresseur, plus quelques individus ou individuelles (Je ne suis pas anti-féministe non plus) plus savoureux et savourelles les unes et uns que les autres.
A chaque page, on se fait plaisir, on se demande ce qui va arriver, où va nous emmener ce crénom d’écrivain barjot.
Et ce n’est jamais décevant.
Du suspense, du rythme et pourtant, on le sait, tout cela n’a aucune espèce d’importance.
C’est agréable, c’est amusant, ça se lit comme on boirait un bon vin et on en garde sur le cœur, quand on a tourné la dernière page, une petite tristesse légère, un court sentiment d’abandon,  une envie de ne pas (déjà) quitter ce petit monde qu’on aimait bien.
Merci Monsieur Queneau !
Tiens, d’ailleurs, je crois que je vais me refaire, dans la foulée, une lichette de Zazie dans le métro.
« Médouquipudonctant » Je crois que ça s’écrit comme ça mais je n’ai pas été vérifier, les puristes me pardonneront..
Le premier mot de cet autre bouquin tout aussi génial.
Et pour finir une citation de ce même livre pour conclure cet article.
« La vie? Un rien l’amène, un rien l’anime, un rien la mine, un rien l’emmène ».
Et pis, c’est tout !