Le Chat (dernière partie)

Expirer longuement.
Une sale soirée. Heureusement qu’il a eu du doigté, de la présence d’esprit.
Il se ressert. Son pouls redescend à cent vingt cinq.
Ouf !
Il appellera Samantha demain. Ce soir, il ne se sent pas le courage de larguer une poufiasse. Deux catastrophes dans une seule soirée, c’est assez. Une main déchirée, un chat jeté du haut de son balcon, cela lui suffit.
Une pensée.
Trois mois ?
Comment a-t-il pu supporter si longtemps cette gonzesse niaise, aux goûts de chiottes, affublée de seins monstrueux ? Lui qui n’aime que les seins petits, fermes, sur des filles filiformes.
Une vache, voilà ce que c’est que Samantha, une vache à gros pis.
Demain.
Il boit une gorgée. Ce soir, il va d’abord commencer par nettoyer puis se faire un film-cul en se bourrant un peu la gueule. Seul, en tête à tête avec lui-même. En bonne compagnie.
La porte de la salle de bain s’ouvre, il en reste bouche béante.
Samantha.
Dévêtue d’une simple serviette de bain blanche, toujours aussi blonde, toujours aussi pulpeuse, elle lui sourit.
Hallucination ?
Il se frotte les yeux, elle est toujours là.

‒ Qu’est-ce que tu fais dans mon appart’ ?

‒ Eh bien, tu vois, comme notre relation commence à trouver son allure de croisière, je m’invite chez toi pour tenter une cohabitation fructueuse.

AAARGH !

‒ Comment es-tu entrée ?

‒ Tu sais que ton concierge est un amour.

Elle s’approche, lui pose un baiser sur le nez, repart en oubliant sa  serviette. Il ne peut s’empêcher d’admirer le dos, le postérieur qu’elle a somptueux, il faut bien l’admettre.
Tant pis, il fera contre mauvaise fortune bon cœur, provisoirement.

‒ Tu me sers un whisky, je vais enfiler une tenue… qui devrait te plaire.

Elle disparait, il se penche vers le bar pour récupérer un verre.
Un visage, très Marylin, reparait au chambranle de la porte.

‒ A ce propos, tu veux bien donner une soucoupe de lait à Lucifer, mon chat, il doit trainer quelque part par là.

 

Le Chat (Troisième partie)

Réfléchir.
Trouver quelque chose pour envelopper la panthère puis balancer le tout par la fenêtre. Dix huit étages, ça lui fera les griffes, au carnivore.
La nappe. Du tissu de coton toilé réputé anti taches, que rêver de mieux.
Charles, très Napoléonien, entame un mouvement tournant, se positionne exactement dans l’axe, attrape le tissu d’une main sans quitter le fauve des yeux, ignore les bris de verre du vase de porcelaine hors de prix qui rencontre le sol bruyamment.
Plus tard l’intendance.
Il se précipite, couvre le félin d’un geste parfait. L’animal peste, râle, griffe, agité de soubresauts terrifiants. Charles ne tiendra pas longtemps. Il court vaille que vaille retenant le tout comme il peut, ouvre la baie du pied, jaillit sur le balcon, projette le matou dans le vide retenant le tissu in extremis avant qu’il ne suive dans la chute.
Bien joué, pas de preuve.
Appuyé au mur, la tête en vrac, la main qui tremble, il écoute, n’entend rien, pas même un feulement lointain ou l’écrasement flasque sur la chaussée.
Ne surtout pas regarder.
Rentrer sans trop savoir comment, attraper  la bouteille de whisky, remplir le verre à ras bord, boire sans souffler.
Expirer longuement.
Une sale soirée. Heureusement qu’il a eu du doigté, de la présence d’esprit.
Il se ressert. Son pouls redescend à cent vingt cinq.
Ouf !

A suivre…

Le Chat (Seconde partie)

 

Un chat.
Noir.
Horreur !
Il ne l’avait pas remarqué tout d’abord, noir sur noir, mais les yeux pers plantés dans les siens sans ciller ont fini par atteindre leur but.
Il déteste ça.
Comment cette immonde bestiole est elle arrivée dans son intérieur  confortable?
Un tour d’horizon.
La baie vitrée, entrebâillée.
Merde !
Bon, virer l’animal.
Vite.
Il se lève, s’approche main en avant, tentant une vague caresse maladroite.

‒ Qui va être assez sympathique pour ressortir d’où il est venu et laisser Tonton Charles finir tranquillement son whisky ? C’est le gentil chaton.

Un crachement de tigre, une patte qui siffle dans l’air, la main griffée de trois sillons rouges.
Aïe !
A tous les coups, Charles  va développer une allergie. Il fait toujours des allergies à ce genre de trucs. Demain la main sera énorme comme une patte d’ours. Sympa pour aller bosser.
Il envisage une course rapide pour désinfecter, entourer la plaie béante d’un nuage de gaze, éviter la gangrène.
Mais comme dit l’oncle Marcel quand il est bien soûl : « Abandonner le terrain sur une défaite, plutôt mourir ! ».
Il n’a pas toujours tort, surtout quand il est soûl.
Rester maître du champ de bataille. Ce n’est pas un matou crasseux qui va lui donner des leçons.
Charles tourne autour du félin, tente une seconde approche, évite de peu une seconde balafre, au visage celle-là.
Son visage de beau mec, défiguré. Il en blêmit.
Tranquille, l’autre, bien d’aplomb sur ses pattes, queue et poils hérissés, le suit de son œil torve, plus rapide, plus souple, plus agile. Sûr de sa puissance et de ses réflexes, il ouvre des dents carnivores, feule en direction de l’infâme humain.
Charles sue à gros bouillons.
Il envisage un instant l’appel aux pompiers, ultime recours, sortie lamentable.
Non !
Gagner seul comme toujours.
L’intelligence en l’occurrence sera plus efficace que la force brutale et sanglante.
Réfléchir.

A suivre…

Le Chat (Première partie)

Charles sort de l’ascenseur, traverse le palier chic de son immeuble chic  du 16ème arrondissement.
Trois pas sur la moquette luxueuse pour atteindre la porte de bois clair de l’appartement.
Content.
Fin d’une journée efficace. Il a encore gagné et fait gagner quelques masses d’argent à son employeur et tout ça,  en déplaçant à peine quelques cargos de blé sur une carte.
C’était le jour du « blé ».
Lui qui déteste la campagne, les plantes, les animaux,  la nature en général.
Marrant.
Demain ce sera le pétrole ou les vaches qu’il déplacera virtuellement. Aucune importance, tout ce qui compte c’est de faire un max de fric. On vend, on achète, on joue, on gagne.
Il adore son métier.
Il enlève ses chaussures un peu trop serrées, se fait un clin d’œil dans le miroir de l’entrée, récupère un verre, une bouteille de ce formidable whisky irlandais et se jette dans un fauteuil du grand salon.
Une gorgée qui claque en bouche.
Un regard à la pièce qu’il a fait relooker par une des plus grandes designeuses de Paris.
Du goût, de la classe, fauteuils de cuir, tables structurées, panneaux laqués blanc-cassé, cheminée centrale et, cerise sur le gâteau, un piano quart de queue qui ne sert pas mais donne la touche finale.
Et puis cette petite designeuse avait d’autres atouts dont il a su profiter. Pour le prix, il aurait eu tort de se priver.
Il se sent la forme. Tout à l’heure, puisqu’on parle de gonzesses, il appellera Samantha pour  la larguer. Plus facile au téléphone qu’on peut raccrocher quand commencent les pleurs. Ras le bol des blondes, il va se prendre une rousse pour changer. Tiens, la nouvelle secrétaire du boss par exemple. De longues jambes, des fesses bien rondes, des seins haut-plantés, tout ce qu’il aime.
Il va pour boire une seconde gorgée à sa santé lorsque…
Une « Bête » sur son canapé.
Un chat.
Noir.
Horreur !

A suivre…