Cendrillon

 

Les jambes étaient longues, belles. Il rêvait d’elle le nez aux oiseaux, le sourcil un peu froncé, concentré.

– S’il te plait ! lui-dit-elle. Invente-moi une histoire, un jeu !

– Un jeu qui serait une histoire, j’ai ça. Jouons donc à Cendrillon.

Elle sourit.

– Cela semble évocateur. Raconte.

– Pour cette histoire, il te faut des chaussures. As-tu, dans ta garde robe à multiples facettes, des escarpins de vair ou de verre ?

– J’ai des escarpins de plastique, transparents comme de l’eau claire.

– Mouich. Cela pourra faire l’affaire mais n’en abuse pas. Possèdes-tu une tenue de princesse, des bas de princesse, des dessous de princesse.

– Oui. J’ai toujours rêvé d’être une princesse.

– Alors va te préparer, je t’attends dehors pour t’emmener au bal.

Elle courut se faire merveilleuse.

Elle commença par le maquillage qui fut long, compliqué, car les deux premiers essais ne lui convenaient pas.

Elle continua par des dessous de satin, puis de soie, s’attarda sur une dentelle, choisit une transparence de vair ou de verre, revint à la soie, plus chic, assortie aux bas de même matière.

Elle avait huit robes qui pouvaient convenir. Après une série d’essais non couronnés de succès, elle opta pour la treizième, glamour, vintage, et chiffre porte bonheur.

Tout était parfait, les escarpins lui seyaient, il ne restait que les bijoux, ce fut un peu long. Elle opta pour une rivière de diamants et deux boucles de corail clair.

Quand elle sortit, joyeuse, les lampadaires éclairaient la nuit.

Bien noire.

Bien tard.

Sur une citrouille posée devant la porte de son loft de princesse, un mot prétendait.

« Il est minuit passé, ma jaguar s’est transformée, je suis parti avec la fée ».

Des femmes et un artiste

Samedi 9 août et dimanche 10 août, j’expose mes femmes à Saint-Civran dans l’Indre près de Saint -Benoît du Sault.
Entrée libre et gratuite. Il y aura même possibilité de se payer un coup à boire, chaud ou froid, et des machins à grignoter pour se poser un peu et discuter.
Cela s’appelle le Thé dans l’Art et c’est de 15h à 19h.
Viendez les voir et moi avec tant qu’on y est. (sourire)
Photo : André Locque

Franck Baluze. Promo !

Promo :
Un bout de texte tiré du premier bouquin de la série Franck Baluze pour vous donner envie (ou pas) d’acheter l’un voir les deux.
En vente dans toutes les librairies si vous embêtez correctement le libraire et sur Internet mais c’est moins fun.

Et en même temps une chouette pub pour la maison du Wladimir à Argenton sur Creuse. Je vais encore me faire des copains…
Merci Franck Baluze !

La pluie cogne sur les carreaux.
Il fait un temps de cafard.
J’ai oublié de fermer les volets.
J’aime quand, le matin, les perspectives sont aussi joyeuses et primesautières. Je regarde ma montre. Dix heures. L’aube pour ainsi dire.
Je râle histoire de râler, mais me lève pour pouvoir profiter d’une vraie matinée.
J’ai du boulot.
D’abord, manger. On ne fait rien de bon l’estomac vide.
Je farfouille un peu les placards de la cuisine. Le résultat est à la hauteur de mes espérances : un trognon de pomme moisi, un morceau de fromage marronnasse, un fond de confiture datant de la première guerre, celle contre les Prussiens.
Bon il s’agit d’être efficace, pragmatique, précis.
Le rasage, l’après rasage.
Le coup de peigne ensuite, pour me faire la coupe peignée-dépeignée que m’a enseignée Patou, mon coiffeur parisien.
Vient le moment crucial, je choisis le troisième complet de mon séjour indrien. Ma journée sera professionnelle d’abord, puis langoureuse ce soir. Il me faut donc une tenue qui corresponde aux deux attitudes. Fort de cette réflexion j’enfile ma chemise rose hyper mode sur un jean décontracté mais très classe. Enfin pour donner à l’ensemble ce côté vraiment décalé-chic, je jette sur mon épaule ma veste blanc cassé. Je lance un coup d’œil critique dans le miroir de l’entrée. Je suis superbe avec mon style baroudeur qui va plaire, je le sens.
Alors, prêt à toute éventualité même la plus agréable, je sors.
Merde, il pleut toujours. J’ai négligé de prendre mon manteau qui ne peut s’adapter avec ma tenue.
Tant pis, je cours sous la douche tout en tentant de me glisser dans cette veste à la noix, et me précipite dans la première pâtisserie venue : La maison du Wladimir.
Qu’est-ce que c’est que cet endroit ?
J’espérais les bons croissants craquants, les religieuses baveuses, les éclairs libidineux. À la place, des petits machins chocolateux, des bidules meringouilleux, des babioles pralinesques.
La vendeuse est souriante, jolie. Je résiste à l’envie de sortir en hurlant, lui achète une série de machins-trucs au caramel. Ça a l’air à peu près mangeable.

A Paris

A Paris.
Descendre un escalier.
Regarder la seine qui est si grise, les péniches qui sont si longues, le ciel qui n’est pas si bleu, les arbres, les passants qui passent sans vous regarder.
Admirer les femmes qui sont si belles.
Et puis croiser une beauté qui remonte pendant que vous descendez.
S’arrêter.
Faire demi-tour, ré-escalader quatre à quatre, l’air de rien.
En arrivant sur le quai, essoufflé, la découvrir dans les bras bêtes et musclés d’un bellâtre plus beau que vous.
Râler.
Se dire : Mais qu’est-ce que je fais là ?
Se demander : Mais où j’allais déjà ?
Et redescendre…
Un escalier.
A Paris.

Photo : L’intemporelle éphémère