Apparition nocturne

Encre de Chine
Format 50 cm par 70 cm

Tableau mis en vente  encadré de noir et protégé sous verre.
Livraison faite à domicile par l’artiste.
400 €
(frais de livraisons compris)
Pour plus de renseignements ou pour l’acheter, contactez-moi par mail
creartiss@orange.fr

Et si

Et si…
Et s’il lui disait qu’elle est belle.
Oh, là, non !
Et si, plutôt, il lui disait bonjour, juste bonjour.
Avec un sourire, un sourire gentil, un sourire comme il sait faire, comme il s’est entrainé devant la glace.
C’est pas mal. Il pourrait lui dire bonjour, comme ça, en passant.
Cela se fait de dire bonjour aux gens que l’on croise dans l’escalier.
Il lui dirait bonjour, et peut-être, elle lui répondrait : « Bonjour ».
Elle doit avoir une jolie voix. Les jolies femmes ont souvent une jolie voix.
Et peut-être, demain ou la semaine prochaine, il la recroiserait de nouveau et il lui redirait bonjour. Elle lui répondrait, ils discuteraient.
Mais de quoi ?
On le lui a souvent dit, il n’a aucune conversation.
Siiiii !
Il en aurait de la conversation avec elle.
Une fois cette boule dans la gorge partie, ce nœud dans le ventre évacué, il aurait une conversation intéressante, charmante, délicate et subtile, il en est certain.
De toute façon, on a toujours une conversation intéressante quand on est avec une jolie femme.
Mais voilà, elle est passée, dans un sourire.
Il regarde ses merveilleuses jambes s’éloigner dans l’escalier.
Il rêve de ce sourire qu’elle lui a offert.
La prochaine fois qu’il la croise, il lui parle.
C’est décidé.
Si…

Photo : Miss Legs

Cadavres exquis 4.

Je mets en ligne ce roman au fur et à mesure de son écriture. Si vous prenez en marche, vous pouvez en lire le début en cliquant sur la rubrique « Mon roman en cours ».

L’Eucalyptus.
Il ouvre, lui tient la porte.
Galant.
Agréable.
Venant du calme gelé de l’extérieur, la brasserie, c’est la vie, les odeurs, les bruits. Le tintement des verres, le murmure des conversations, la musique en fond sonore, un serveur qui lance une commande, un rire. Vient ensuite une sensation de chaleur, de lumière douce, de confort.
L’Eucalyptus a été aménagé en pub mais sans ce côté coincé un peu étouffant des établissements anglais ou irlandais. Une vaste salle haute surmontée d’une mezzanine où l’on accède par un escalier en colimaçon. Du bois partout, brun, brillant. Une sensation de luxe. Les tables sont simples, carrées, les murs lambrissés, les plafonds moulurés. Des espaces réservés avec des barrières ajourées, de profondes banquettes de cuir noir face à des fauteuils arrondis, les lampes traditionnelles à larges abat-jour verts dominent les tables et, en point final du décor, le long comptoir traditionnel laqué de noir, la pompe à bière aux dix robinets chromés, l’étagère à la multitude de verres en alignement de facettes.
En habitué, Paul récupère le manteau de sa compagne et le pend sur le large porte-manteau de l’entrée.
‒ Un lieu que j’aime décidément beaucoup.
Les serveurs, les serveuses, sont efficaces, professionnels, portant le pantalon noir ajusté ou la jupe souple, la chemise blanche, le gilet à boutons et petites poches pour la monnaie.
Celle qui les accueille est brune, souriante, une jolie quarantaine.
‒ Bonjour Monsieur Klee, une table pour deux, pour manger ?
‒ Oui. Vous m’avez reconnu Sylvie ? Il y a longtemps pourtant.
‒ Dix, quinze ans, mais vous n’avez pas changé.
‒ Merci. Vous non plus d’ailleurs, comme quoi les années passent mais pas nous.
Elle les guide vers une place contre le mur au fond du restaurant, leur tend deux cartes récupérées au passage.
‒ Vous voyez, je n’ai pas oublié vos habitudes.
Paul s’installe dos au mur.
‒ Oui, merci. Parfait… comme toujours.
Sandra envisage de prendre le fauteuil face à lui.
‒ Non, venez plutôt à côté de moi, vous aurez une meilleure vue.
En effet.
De leur point d’observation le regard embrasse toute la salle. Beaucoup de monde. Une longue tablée d’une dizaine de jeunes gens s’amuse beaucoup, s’esclaffe et lance à la cantonade des blagues de carabins ; un peu à l’écart une femme seule, robe longue joliment décolletée, écrit sur un journal, réfléchit, jette par intervalles un regard vers la porte, sans doute des mots croisés en attendant quelqu’un ; dans un coin plus sombre, un homme vouté aux rares cheveux blancs sur un crane lisse, vêtu d’un complet gris élimé, déchiffre un livre au moyen d’une énorme loupe.
‒ Votre place préférée ?
‒ Oui, toujours le mur dans le dos pour éviter les mauvaises surprises et une vision d’ensemble pour les prévenir. Comme dans un western quoi !
Il sourit, elle aussi.
‒ Et si on se tutoyait puisque nous avons appris à ne pas nous connaître.
‒ Ne pas nous connaître ?
‒ Tu sais qui je suis à part mon nom ?
‒ Euh ? Non.
‒ Et moi, que-sais-je de toi à part que tu marchais sous la pluie, que tu possèdes une valise rouge et que tu sembles te prénommer Sandra… enfin peut-être ?
‒ Si, ce doit être ça, j’en suis presque certaine maintenant.
‒ Parfait. Alors tutoyons-nous Sandra et commandons du champagne pour fêter notre rencontre. Ce n’est pas forcément fantastique le champagne mais on n’a rien trouvé de mieux pour fêter un grand évènement.
Soudain un grand vacarme explose à la table du groupe. Les étudiants commencent à taper sur la table en mesure en scandant.
‒ Christine, un striptease, Christine, un striptease, Christine…
Tout au bout du rang, rouge jusqu’aux oreilles, celle qui doit être la Christine en question, la plus coincée de la bande, s’enfonce dans son fauteuil mais semble hésiter…
Paul se penche vers Sandra.
‒ Tu crois qu’elle va le faire ?
‒ Je ne sais pas.
‒ Et toi tu le ferais ?
‒ Peut-être…
Elles sont deux à être pivoine.
Champagne !

Danseuse d’un soir

Encre de Chine
Format 50 cm par 70 cm

Tableau mis en vente  encadré de noir et protégé sous verre.
Livraison faite à domicile par l’artiste.
400 €
(frais de livraisons compris)
Pour plus de renseignements ou pour l’acheter, contactez-moi par mail
creartiss@orange.fr

Cadavres exquis 3.

Je mets en ligne ce roman au fur et à mesure de son écriture. Si vous prenez en marche, vous pouvez en lire le début en cliquant sur la rubrique « Mon roman en cours ».

‒ Où sommes-nous ?
‒ Sur la route d’Orléans. Nous y serons bientôt.
La nuit est toujours là, la pluie aussi.
Elle s’étire, elle n’a plus froid, plus de migraine non plus. Sa tête est comme un désert vide, calme. Reposant.
Ne pas tenter de se souvenir.
Pas encore.
‒ Comment vous appelez-vous ?
‒ Paul, Paul Klee… en tout cas ce soir. Et vous ?
‒ Je ne sais pas, j’ai un trou dans la mémoire. Non, pas un trou, un gouffre de mémoire plutôt.
Elle sourit.
Il ne dit rien, n’insiste pas.
Elle lui en sait gré.
La nuit fait place à des faubourgs humides, des lumières brumeuses, une zone commerçante. Un train passe, au loin, sur leur gauche. Des phares, des fenêtres mouvantes, des silhouettes estompées.
Tiens ! La pluie s’est arrêtée.
‒ Sandra. Que penseriez-vous de Sandra ? Il me semble que je devais porter un prénom dans ce goût-là.
‒ Ça me convient. Pourquoi pas Sandra ? Très joli.
Il lui jette un regard. Châtain-clair, petite, un visage rond, de grands yeux bruns, une bouche fine et un nez en trompette, blottie dans son manteau avec des airs de chatte. Des pieds mignons.
On passe sous un pont de béton, l’entrée d’une autoroute à leur  droite. Les lumières se font plus régulières, les lampadaires plus citadins.
‒ On arrive. Vous avez faim ?
Mais oui, elle a faim, très faim même.
‒ C’est bon signe.
Un coup d’œil à sa montre.
‒ Il n’est pas trop tard. Je vous emmène dans une brasserie que j’aime, l’Eucalyptus.
Les rails sont là qui longent l’avenue, un train freine dans un hurlement de fer qui cisaille la tiédeur ouatée du véhicule, des maisons serrées, des commerces aux vitrines éclairées.
‒ Vous connaissez Orléans ?
‒ J’y ai vécu… il y a longtemps. De bons souvenirs.
La gare qu’elle guettait, pareille à toutes les gares avec ses poutrelles d’acier verdi, sa salle des pas perdus qu’elle a juste le temps d’apercevoir puis se dresse un immeuble immense, vitré de bas en haut.
‒ Ça a changé ici, c’est nouveau cet immeuble. Pourquoi pas ! Ce n’était pas une belle place, ça l’améliorerait plutôt.
La voiture s’engage sous un tunnel, débouche sur un boulevard dont on perçoit les arbres aux branches grises dressées vers le ciel noir.
Il se gare d’un geste précis dans une place en épi.
Le moteur s’éteint. C’est à peine si l’on perçoit un ronronnement qui s’estompe.
‒ Quel silence !
‒ C’est une Jaguar. Confortable, souple, efficace quand il faut, pas trop tape-à-l’œil, que demander de plus ? J’appelle ce véhicule mon salon roulant.
‒ En effet !
Elle ne dit pas « Quand on a les moyens ! », mais le pense. Que peut-il faire dans la vie ? Industriel ? Il en a l’air. Pas un commercial en tout cas, il a trop d’allure. Ou alors dans le luxe. Mais non, il aurait une BMW ou une Alpha, pas une Jaguar.
Galant il fait le tour de l’automobile, lui ouvre la portière.
Un souffle glacé.
Elle avait oublié qu’il faisait froid.
‒ Votre manteau ?
‒ Gardez-le vous aurez plus chaud, votre imperméable est encore trempé et puis ce n’est pas loin.
Elle marche à pas lents. Éviter de glisser avec ses hauts talons sur le trottoir mouillé.
Un regard aux maisons qu’elle longe, belles, massives, hautes ouvertures fermées de volets bien entretenus, ferronneries aux balcons. Orléans est une ville qui a des moyens.
Deux trois piétons pressés, un couple, les croisent sans les regarder.
Il la suit tranquillement, une main dans la poche.
Elle se sent rassurée.
Étonnant pour un homme qu’elle ne connait que depuis quelques heures.
Un large fuseau de lumière illumine la rue.
L’Eucalyptus.