Dimanche sans parapluies

‒ Tiens, il a l’air de faire beau ! se dit-il en s’étirant dans son lit.
Il se leva joyeux, appuya sur le bouton de la télécommande. Le volet roulant descendit dans un ronronnement tranquille et rassurant.
Bien !
Il pleuvait.
Zut !
Il chercha le porte-parapluie, il était vide bien entendu. Il avait du oublier l’engin baleiné à l’épicerie du quartier.
Il irait demain.
On était dimanche, il préférait se recoucher que de traîner sous la pluie.
Ce qu’il fit.

‒ Tiens, il a l’air de faire beau ! se dit-elle en repoussant gaiement ses draps de satin rose.
Elle courut ouvrir les persiennes, ne négligeant pas pour autant de se mirer dans le miroir.
Joli déshabillé de dentelle, et puis ces cheveux ébouriffés lui faisaient un visage charmant.
Tant mieux !
Il pleuvait.
Tant pis !
Sur la petite commode de bois verni, pas de parapluie.
‒ J’ai du l’oublier à la mercerie, pas de problème j’irai lundi.
Elle retourna rêver de prince, de pommes, de baisers, de chevauchées merveilleuses et boisées…
Dans ses draps de satin roses.

‒ Qu’est-ce que c’est que ces deux branquignoles ? se dit l’auteur en regardant ses personnages ronfler joyeusement dans son ordinateur. Comment veut-on que je fasse une histoire romantique dans ces conditions ?
Il se leva en grommelant, ajusta sa robe de chambre écossaise, se gratta la fesse puis le crane qu’il avait chauve, traina ses charentaises usées jusqu’à la fenêtre, entrebâilla le volet.
Il pleuvait.
Comme par hasard !
Il n’eut à vérifier ni le porte parapluie, ni la commode, il ne possédait aucun des deux objets pas plus que de parapluie.
Alors il retourna se coucher dans son canapé écossais usé.
Il y a des jours comme ça.

René Gruau (1909-2004)

Il y a des heures, il y a des matins, il y a des weekends où, sans comprendre, sans savoir, on se sent un peu virtuose.
Et puis… on va voir un dessin tout simple de René Gruau.
Presque rien.
Quelques traits…
Du bleu, du noir, un soupçon de rouge.
On ne bouge plus.
Tétanisé.

L’étang

Au bout du chemin tracé dans les herbes se tient une clairière.
Non, pas une clairière.
Un étang lisse, pâle, niché dans un écrin de verdure, bien blotti de longs arbres droits qui lui font comme une pelisse, un miroir de ciel clair dans un chatoiement d’ombres et de lumières mouvantes.
Il s’assied évitant de piétiner, d’écraser, de détruire. Juste un espace pour se poser.
Le silence bruisse d’une multitude d’éclats de rire, d’états de vivre, de joie partagée.
Un poisson claque l’eau d’une gerbe multicolore.
Un passereau déluré vient boire une goutte.
Une grenouille commence son bavardage, une autre l’accompagne, bientôt elles sont dix, elles sont vingt.
Il est bien.
Il pose sa main droite soigneusement derrière lui, puis la gauche, se penche en arrière le front en l’air, les yeux fermés. Une brise de soleil vient jouer sur la ridule de son front.
Chaleur douce.
Il écoute.
Un froissement juste en lisière du bois, ne pas regarder trop vite.
Un museau, deux yeux aux grands cils, une silhouette blottie dans la pénombre.
Une biche.
Ne pas bouger.
Sonnerie.
Portable.
Elle s’enfuit d’une dérobade.
Message.
─ Que faites-vous mon ami ?
Il répond d’un index rageur.
─ Je songeais, ne vous déplaise.
─ Vous songiez, j’en suis fort aise. A moi évidemment ?
─ A vous… évidemment.
Menteur.
Il repose la machine.
Crispation, d’abord.
Mais l’ombre est si douce, l’herbe si tendre, l’air si transparent.
Lentement la rêverie revient.
Il s’enfonce de ciel en arbres, de plumes en vent, clapotis discrets, feuilles qui craquent.
Il respire à peine.
Attentif.
Peu à peu, indicible, fragile, l’étang reprend son babillage.
Il n’ose ciller.
D’abord, par strates successives, reviennent les coassements, puis les frôlements, pépiements, les badinages.
Il entrebâille une paupière.
A l’autre rive l’oiseau trottineur pioche de nouveau des gouttelettes de lumière.
La biche ne reviendra pas.
Bien sûr.
Mais peut-être un autre visiteur s’il sait attendre.
Il guette.
Un mouvement à l’orée des buissons… les feuilles bougent, ce n’est pas le vent.
La sonnerie du portable encore.
Nouveau message.
Sans lire il prend la mécanique infernale,  ajuste, l’envoie voler au-dessus du bouillon. Elle coule d’un gargouillis agréable.
Tout à l’heure il regrettera, il le sait, mais pour le moment c’est un délice.
Il va pour se réinstaller et puis…
Lui vient…
Un doute.
Combien de portables gisent au fond de cette mare ?
Il cherche, inquiet, repère un papier gras, un goulot de verre brillant sous un buisson, une canette abandonnée sur une rondeur de sable.
Un bidon écrasé à la bave huileuse.
Il a soudain un goût amer en bouche qui ne passera pas si vite.
Humainement votre !

L’indécise

Encre de chine
50 cm par 70 cm

Tableau mis en vente  encadré de noir et protégé sous verre.
Livraison faite à domicile par l’artiste.
400 €
(frais de livraisons compris)
Pour plus de renseignements ou pour l’acheter, contactez-moi par mail
creartiss@orange.fr

Histoires naturelles par Jules Renard

Il y a des gens qui mangent du chocolat, d’autres sucent des bonbons, grignotent des petits beurres, se perdent dans des babas, des religieuses…
Il y a ceux qui préfèrent un bon cigare ou une pipe, ceux pour qui une bière ou un whisky de meuhmeuhmeuh d’âge les fait vibrer, ceux enfin qui se charment d’un point de broderie ou d’une ligne de coke.
Chacun fait comme il veut avec sa broderie, ça ne me regarde pas.

Moi, ce qui me fait bicher, ce sont les textes.
C’est pas cher, c’est chic et ça n’alourdit pas
Colette, Guy de Maupassant, Jean Giono ou Jules Renard, pour citer quelques uns des plus mirifiques.
Les trois premiers, on sait leur virtuosité, le dernier se fait plus modeste.
Un Poil de Carotte qui n’a l’air de rien, un Ecornifleur sans prétentions et ces Histoires Naturelles qui nous parlent d’animaux de la basse cour du voisin ou du coin du champ d’à côté.
Ah !
Rien de plus ?
Bof ! me direz-vous.
Vous aurez tort.

Car…
Ouvrez le livre, et la magie vous emporte. Les mots dansent, rêvent, jouent, se marrent, faisant ce qu’en veut cet artiste qui manie la langue comme un poète et invente de la poésie où l’on n’en imaginerait pas.
Un auteur que je lis, relis, rerelis, quand me prend un vague à l’âme, un tourne à la vie, que j’ai envie de retrouver un moment de tendresse, de sourire et de calme.
De beauté.
Alors c’est vous dire qu’Histoires Naturelles si vous ne l’avez jamais rencontré, il faut y plonger sans perdre de temps.
Et tant que vous y serez, allez donc dire un petit bonjour à Poil de Carotte de ma part.
Cela lui fera plaisir et vous ne serez pas déçu.
Car Jules Renard, eh bien… c’est…
Jules Renard.

Tenez, pour vous donner envie, deux trois petites choses tirées de ce livre là…

« Au soleil qui se couche, les bœufs trainent par le pré, à pas lents, la herse légère de leur ombre ».

« La puce : Un grain de tabac à ressort ».

« Le mur : Je ne sais quel frisson me passe sur le dos.
Le lézard : C’est moi ».

« Casanier dans la maison des rhumes, son cou de girafe rentré, l’escargot bout comme un nez plein.
Il se promène dès les beaux jours mais il ne sait marcher que sur la langue ».

Gribouillis du lundi

Dessin 231

Si ce dessin vous plaît, vous pouvez me l’acheter 10 € (Frais d’envoi compris)
Notez le numéro du dessin et écrivez-moi sur mon mail.
creartiss@orange.fr
Je vous l’enverrai daté, signé, et pourquoi pas dédicacé.

Songe d’un matin de printemps

Solitaire, dans le matin tranquille, elle regardait le pont disparaissant dans la brume.
C’était superbe.
Elle songeait à cette humanité qui, elle aussi, disparaissait dans la brume.
Elle songeait…
Il s’approcha, lui posa la main sur l’épaule.
Elle sentit son odeur de moisi, de tabac froid, avant d’entendre sa voix graillonnante.
– Dites-donc, c’est un scandale, vous n’avez pas mis votre masque, vous êtes vraiment une inconséquente, mademoiselle, comme tous les jeunes. Vous mettez tout le monde en danger, j’ai bien envie de vous dénoncer…
Elle se retourna.
Il y eut un vieux supplémentaire dans les statistiques des décès.
Pas mort du Covid.
Ouf !