Danseuse d’un soir

Encre de Chine
Format 50 cm par 70 cm

Tableau mis en vente  encadré de noir et protégé sous verre.
Livraison faite à domicile par l’artiste.
400 €
(frais de livraisons compris)
Pour plus de renseignements ou pour l’acheter, contactez-moi par mail
creartiss@orange.fr

Cadavres exquis 3.

Je mets en ligne ce roman au fur et à mesure de son écriture. Si vous prenez en marche, vous pouvez en lire le début en cliquant sur la rubrique « Mon roman en cours ».

‒ Où sommes-nous ?
‒ Sur la route d’Orléans. Nous y serons bientôt.
La nuit est toujours là, la pluie aussi.
Elle s’étire, elle n’a plus froid, plus de migraine non plus. Sa tête est comme un désert vide, calme. Reposant.
Ne pas tenter de se souvenir.
Pas encore.
‒ Comment vous appelez-vous ?
‒ Paul, Paul Klee… en tout cas ce soir. Et vous ?
‒ Je ne sais pas, j’ai un trou dans la mémoire. Non, pas un trou, un gouffre de mémoire plutôt.
Elle sourit.
Il ne dit rien, n’insiste pas.
Elle lui en sait gré.
La nuit fait place à des faubourgs humides, des lumières brumeuses, une zone commerçante. Un train passe, au loin, sur leur gauche. Des phares, des fenêtres mouvantes, des silhouettes estompées.
Tiens ! La pluie s’est arrêtée.
‒ Sandra. Que penseriez-vous de Sandra ? Il me semble que je devais porter un prénom dans ce goût-là.
‒ Ça me convient. Pourquoi pas Sandra ? Très joli.
Il lui jette un regard. Châtain-clair, petite, un visage rond, de grands yeux bruns, une bouche fine et un nez en trompette, blottie dans son manteau avec des airs de chatte. Des pieds mignons.
On passe sous un pont de béton, l’entrée d’une autoroute à leur  droite. Les lumières se font plus régulières, les lampadaires plus citadins.
‒ On arrive. Vous avez faim ?
Mais oui, elle a faim, très faim même.
‒ C’est bon signe.
Un coup d’œil à sa montre.
‒ Il n’est pas trop tard. Je vous emmène dans une brasserie que j’aime, l’Eucalyptus.
Les rails sont là qui longent l’avenue, un train freine dans un hurlement de fer qui cisaille la tiédeur ouatée du véhicule, des maisons serrées, des commerces aux vitrines éclairées.
‒ Vous connaissez Orléans ?
‒ J’y ai vécu… il y a longtemps. De bons souvenirs.
La gare qu’elle guettait, pareille à toutes les gares avec ses poutrelles d’acier verdi, sa salle des pas perdus qu’elle a juste le temps d’apercevoir puis se dresse un immeuble immense, vitré de bas en haut.
‒ Ça a changé ici, c’est nouveau cet immeuble. Pourquoi pas ! Ce n’était pas une belle place, ça l’améliorerait plutôt.
La voiture s’engage sous un tunnel, débouche sur un boulevard dont on perçoit les arbres aux branches grises dressées vers le ciel noir.
Il se gare d’un geste précis dans une place en épi.
Le moteur s’éteint. C’est à peine si l’on perçoit un ronronnement qui s’estompe.
‒ Quel silence !
‒ C’est une Jaguar. Confortable, souple, efficace quand il faut, pas trop tape-à-l’œil, que demander de plus ? J’appelle ce véhicule mon salon roulant.
‒ En effet !
Elle ne dit pas « Quand on a les moyens ! », mais le pense. Que peut-il faire dans la vie ? Industriel ? Il en a l’air. Pas un commercial en tout cas, il a trop d’allure. Ou alors dans le luxe. Mais non, il aurait une BMW ou une Alpha, pas une Jaguar.
Galant il fait le tour de l’automobile, lui ouvre la portière.
Un souffle glacé.
Elle avait oublié qu’il faisait froid.
‒ Votre manteau ?
‒ Gardez-le vous aurez plus chaud, votre imperméable est encore trempé et puis ce n’est pas loin.
Elle marche à pas lents. Éviter de glisser avec ses hauts talons sur le trottoir mouillé.
Un regard aux maisons qu’elle longe, belles, massives, hautes ouvertures fermées de volets bien entretenus, ferronneries aux balcons. Orléans est une ville qui a des moyens.
Deux trois piétons pressés, un couple, les croisent sans les regarder.
Il la suit tranquillement, une main dans la poche.
Elle se sent rassurée.
Étonnant pour un homme qu’elle ne connait que depuis quelques heures.
Un large fuseau de lumière illumine la rue.
L’Eucalyptus.

 

 

Harry Barton (1908-2001)

Vous l’avez peut-être eu en main sans le savoir sur la couverture d’un livre, l’un de ces illustrateurs virtuoses comme il y en a eu pas mal dans les années cinquante et soixante.
C’est du dessin classique mais j’aime bien.
Et puis il y a de jolies femmes.
Alors…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Elle rêvait

Il entra sans bruit dans la pièce.
Elle rêvait.
Que pouvait-elle rêver en cet instant ?
A des fleurs, des oiseaux, un souffle de vent dans les branches, un paysage, une mer, le lent ballotement des vagues sur une grève de sable fin.
Où se trouvait-elle ?
Volait-elle au dessus d’une ville, par delà un désert ? Marchait-elle sur un chemin dans les collines ou dans les bois ?
Peut-être se baignait-elle ?
Il l’imaginait, flottant doucement sur une rivière transparente, le bras alangui, comme là, sur ce lit, les yeux clos, l’eau filant entre ses doigts, le long de sa nuque.
Elle souriait à peine comme une ombre sur son visage, sur sa bouche.
Qui pouvait-elle être ?
Peut-être une chatte, féline, tigresse, tendre et griffeuse  comme elle savait le devenir, comme il aimait qu’elle soit.
Où un animal fin et gracieux, licorne ou biche, dansante et vive, filant au dessus des buissons.
Elle rêvait.
Elle avait mis, pour lui plaire, ce caraco noir qu’il lui avait offert.
Rien d’autre.
Nue.
Elle voulait l’attendre, voilà qu’elle s’était endormie, les draps froissés, les yeux fermés, la bouche offerte.
Et voilà qu’il la regardait, rêvant de ses rêves, cherchant à la suivre dans son voyage imaginaire.
Elle s’étira dans un mouvement sensuel,  lent, de chatte tigresse.
Le regarda à son tour.
Il resta un moment à l’admirer puis sourit.
‒ A quoi rêvais-tu ? dit-elle

Cadavres exquis 2.

Silence.
Il fait bon dans l’habitacle.
Les lampadaires défilent, s’estompent, disparaissent.
La nuit.
De temps en temps, une gerbe de phares.
La pluie s’intensifie.
Insidieusement, puis à gros bouillons qui claquent sur le métal.
Le véhicule ne ralentit pas, traçant sa route comme happé par la buée.
Elle n’a pas bougé.
Combien de temps ?
Impossible à savoir.
Quelle importance ?
Elle se décide à bouger, pose la valise à ses pieds, se frotte le visage.
Une main lui tend une serviette.
‒ Merci.
Elle enlève son imper, le pose à l’arrière sur le siège de cuir blanc, s’essuie soigneusement.
Délicatement.
Les cheveux, le visage, le cou, les bras.
Elle soulève sa jupe, essuie les bas.
Pourquoi des bas ?
Enlève ses chaussures.
Les pieds nus sur la moquette.
Elle pose la serviette sur ses genoux.
Se tourne.
‒ Bonsoir dit-il.
‒ Bonsoir répond-elle.
Il sourit en la regardant puis revient à la route.
Un éclat de phares l’illumine un instant.
La trentaine, un visage pale, nez droit, bouche fine, yeux noirs, cheveux noirs bien coiffés.
Des traits marqués, du caractère.
La nuit retombe avec juste les lucioles du tableau de bord, le jaillissement d’eau des phares sur la route.
Elle se détend, allonge ses jambes.
Odeur d’humidité.
Elle frissonne.
‒ Tenez.
Il passe le bras vers le siège arrière, tend un manteau.
Un manteau profond comme un duvet.
Elle se love comme une chatte, les jambes serrées sous elle, blottie. Une odeur d’homme, un parfum musqué, une douce chaleur.
Des lumières.
Un hameau.
Qui fuit.
Elle s’endort.