Étudiante au quartier latin

Encre de Chine
Format 50 cm par 70 cm

Tableau mis en vente  encadré de noir et protégé sous verre.
Livraison faite à domicile par l’artiste.
400 €
(frais de livraisons compris)
Pour plus de renseignements ou pour l’acheter, contactez-moi par mail
creartiss@orange.fr

Gribouillis du lundi

Dessin 210

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Gribouillis (Retour en arrière)

Dessin 2

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Gribouillis (retour en arrière)

Dessin 1

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En te croisant

Assis dans le métro, le front posé sur la vitre maculée, Adrien regarde défiler le mur de pierres noires.
Sans le voir.
Sans entendre le claquement des bogies, le hurlement des ferrailles, le chuintement du vent sale qui fuse par la fenêtre.
Sans sentir ce mélange de poussière, d’odeurs aigres, de sueur.
Habitude.
Cinq fois par semaine depuis dix ans, il parcourt les mêmes ruelles souterraines sans plus remarquer les graffitis, les affiches déchirées, les carreaux éclatés.
Il ne remarque pas non plus les trois femmes qui tendent la main, l’homme qui n’a qu’une jambe, le couple qui caresse un enfant trop calme, allongé sur une couverture usée.
Pas un regard pour le kiosque où il n’achète jamais rien.
C’est son univers du matin, son paysage trop connu. Il y possède ses trajectoires, ses réflexes inconscients, le ticket que l’on glisse, la porte qu’on pousse, le passant qu’on effleure.
Efficacité de rat.
Ce soir, il reprendra dans l’autre sens le même trajet, un peu moins rapidement, fatigué mais toujours aussi précis, toujours aussi  aveugle, sourd, muet.
Protégé.
Chaque jour il retrouve  les mêmes silhouettes interchangeables penchées sur leur portable, une ou deux lisant un livre ou un magazine, les écouteurs aux oreilles, les regards vagues, le silence de tombeau d’êtres sans paroles emportés dans ce vacarme de forge.
Paris au quotidien.
Pourtant, aujourd’hui,  c’est différent, il songe, il se prépare.
Après l’escalator puis les escaliers, il sortira sur l’esplanade perdue de vent, de pluie, de soleil l’été. Comme une gifle en pleine face.
Il aura quelques dizaine de pas encore avant d’arriver à la tour vitrée où il travaille.
Depuis trois mois, pendant cette centaine de mètres, il croise…
Une apparition.
Une femme blonde, étonnante, comme surgie d’un film des années cinquante avec chaque matin une tenue différente. Quelquefois un tailleur ajusté, puis c’est une robe courte, le lendemain une longue jupe qui flotte autour de ses jambes.
Toujours particulièrement belle, toujours incroyablement chic.
Elle ne marche pas, elle vole au ras du sol, fluide, immatérielle, si calme dans ce monde qui court.
Il a rangé chacune de ses toilettes dans sa mémoire, les fait défiler le soir comme on parcourt une revue de mode. C’est son moment de plaisir de la croiser, son instant de bonheur avant qu’elle passe laissant flotter une fragrance de parfum de luxe.
Elle pourrait sembler inaccessible, mais, il est certain que s’il l’accoste, elle l’écoutera.
Sans savoir pourquoi, il sait que c’est elle, qu’elle est pour lui.
Il suffit de lui parler.
Alors, il s’est concentré pendant ses insomnies, a mis en place depuis une semaine chaque mot, chaque silence, chaque formulation.
Il est prêt.
La rame s’arrête dans un criaillement de freins martyrisés, il jaillit plus vite que d’habitude.
Pas d’escalator aujourd’hui, trop lent. Cinq, dix vingt, trente, cinquante et trois marches, le chiffre exact avant le pallier, deux pas et demi pour atteindre le second escalier, cinq dix cinquante et trois, passer le portillon, encore une volée plus courte.
Il débouche sur la grande aire de pavés blancs, les grands miroirs sur le ciel gris. Quelques passants pressés. Pas encore beaucoup de monde, il est tôt.
La voici.
Elle approche sans se presser. Aujourd’hui c’est une jupe corolle rouge vif assortie à son foulard, à la couleur de sa bouche, un corsage ajusté, marron et noir, pour des escarpins assortis.
Elle croise son regard, lui sourit, passe.
Il se retourne, l’observe qui s’en va, silhouette superbe dans le soleil qui se lève.
Ce n’était pas le bon jour, il le sait, il lui parlera…
Demain.

Gribouillis du jeudi

Dessin 209

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Escalier

Encre de Chine
Format 50 cm par 70 cm

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Gribouillis du lundi

Dessin 208

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Les deux fumeurs

330, 224, 209, 0, 1, 476

Orléans.
Rue des Carmes.
Jacques se promène, mains dans les poches.
Il ne fait pas très chaud.
Cette rue qui était l’une des plus gaies et vivantes de la ville est devenue peu à peu un cimetière.
Les édiles ont cru bon d’installer un tramway, d’éliminer les arbres, de les remplacer par une longue esplanade de pierres blanches, torride l’été, glaciale l’hiver.
Les commerces traditionnels ont disparus les uns après les autres. Terminé ce petit café qui faisait le coin, cette terrasse minuscule aux tables à carreaux rouges. Fermé ce bazar où l’on trouvait de tout depuis la serpillère jusqu’aux lampadaires de jardin. La boucherie n’est plus qu’une vitrine de fleurs, le cordonnier une vitre brisée où meurent les araignées. Même la pharmacie vous fixe de ses carreaux blêmes aux papiers déchirés.
Quelques éclopés, on ne sait trop comment, survivent. Le coiffeur aiguise ses ciseaux devant sa porte, tablier de cuir à l’ancienne, calvitie, bavardage. La mercière un peu courbée papote avec la fleuriste aux cheveux mi blonds, mi blancs. L’épicier marocain choisit trois pèches pour une grosse dame à caddy et tablier fleuris.
Dinosaures. Ils n’en ont plus pour longtemps.
Voici la place de la Croix Morin.
Deux arbres en pot, facile à déplacer mais rachitiques, tristes. Un bar se proclame « Le Bistrot », mais n’est tout au plus que le « hall de gare » avec ses tables en plastique, ses chaises en fer. Un « Net Phone », un coiffeur rapide, un traiteur japonais encadrent une devanture rose aux lettres effacées.
Mais, là-haut, pipe au bec, sourire aux lèvres, le petit homme est toujours présent.
Jacques s’assied sur le banc rond autour d’un platane épargné, sans feuilles. Un clin d’œil à son compagnon perché.
Il sort tranquillement sa pipe, la bourre.
Songeur.
Voilà soixante ans aujourd’hui qu’il vient dire bonjour à son copain le fumeur, assis sur son toit. Quand il a commencé, il avait vingt ans. Il se souvient de sa découverte, de ce petit bonhomme posé sur cette pierre, le nez en l’air, rêveur, fumeur de pipe.
Ils se sont plu tout de suite.
Ensuite, au minimum une fois par semaine, il venait faire un coucou, fumer à deux un moment. A l’époque, le coin était agité. On courait, on gueulait, on riait, on s’interpellait.
On finissait par le connaître, il était devenu une figure du quartier. On le saluait.
Sans bien comprendre.
Parfois une ombre s’asseyait, discutait. Il y a eu des rencontres qui ont durées.
C’est là qu’il a croisé sa femme, là qu’il lui a dit qu’il l’aimait, là qu’il a fait sa demande en mariage.
C’est là qu’il est venu pleurer sur sa mort longtemps plus tard.
Soixante ans. Une vie. Sa vie
Qu’est-ce que c’est dans la durée de ce lutin de pierre que ces soixante années ? Sans doute pas grand-chose. Depuis combien de temps existe-t-il ? L’âge de cette maison ? Un siècle, deux ? Qui a pu le sculpter, assis au bas de ce toit ?
Il ne le saura jamais.
Ce sera sans doute une parenthèse d’amitié dans la longue existence fixe de ce petit personnage. Il espère qu’elle lui aura plu autant qu’à lui.
Depuis qu’il est à la retraite, jacques vient chaque jour. Il a le temps.
Il bourre sa bouffarde, la rallume, explique en bougeant les lèvres sans parler.
‒ Tu sais, aujourd’hui, c’est un jour spécial.
Demain il se fait opérer.
La prostate.
Ce ne sera rien sans doute, mais il tient à le lui dire, à ce que l’autre l’accompagne dans ce moment difficile.
Et puis, on ne sait pas, s’il devait ne plus revenir.
Il éteint sa pipe, se lève en geignant, jette un regard à son ami.
Un petit signe de la main. Demain, pour la première fois depuis vingt ans, il ne sera pas là.
Il s’éloigne lentement.
Pourquoi a-t-il la sensation, sans se retourner, que le petit bonhomme de pierre à ôté sa pipe de sa bouche, sourit, lui murmure.
‒ Bonne chance Jacques !