Mic Mac Moche au Boul’Mich par Léo Malet

Allez hop, entre deux bouquins, un petit Léo Malet sur le pouce.
Cela se mange sans faim ou sans fin et ça n’alourdit pas.
Celui-là est plutôt réussi. Ils ne le sont pas tous, avouons-le quand même.
De l’humour,  des jeux de mots improbables, de l’action, un petit strip-tease gentiment grivois en début de partie et un petit moment gentiment coquin avec la secrétaire Hélène un peu plus loin.
Bien !
Un Nestor Burma comme j’aime quoi.
On y retrouve les cafés, les cabarets, les restaurants de coin de trottoir,  les lieux interlopes qu’aiment Léo Malet, avec ce plaisir de la promenade dans des lieux réels qu’il affectionne (et moi aussi).

Cerise sur le bouquin (ce qui est rare aussi bien en littérature qu’en pâtisserie), je vous conseille la collection « 10/18, Grands détectives » à trouver en fouinant sur internet ou chez les bouquiniste (Faites un effort, quoi !).
Pourquoi ?
Eh bien, elle est agréable autant en format qu’en écriture et sans trop de coquilles (ce qui n’est pas si courant dans les polars même à l’époque).
Mais, de plus, la préface, d’un certain Francis Lacassin (Que je ne connaissais pas avant de le chercher sur Internet), donne quelques clefs intéressantes sur l’auteur, les clins d’œil qu’il envoie, les références pas forcément si évidente et entre autres aux surréalistes dont a fait partie l’auteur, sans pour autant dévoiler quoi que ce soit.
Pas mal !
Celle-ci s’appelle « Charles Baudelaire Détective ».
C’est dire.

Alors fouinez, cherchez, remuez-vous…
Et lisez.
Et pis c’est tout !

Laurent Vicomte (1956-2020)

Il dessinait des femmes si belles, si belles…
Il avait un trait si délicat, si fin, si sensuel.
Et puis il s’est échoué un jour d’avoir voulu dessiner trop parfait.
Il s’est échoué d’avoir pensé, d’avoir cru, d’avoir tenté d’atteindre l’inaccessible étoile.
Rien n’est parfait en ce monde.
Son trait s’est bloqué, son cerveau s’est embrumé, sa main s’est crispée.
Il est mort de ne plus pouvoir dessiner… jamais.
Arrêté à la page 18…
Pour l’éternité.

Erreur d’étage ?

‒ Déshabillez-vous dit-il.
Elle enleva vêtement après vêtement, se retrouva nue devant lui.
En le voyant approcher, les mains en avant, elle eut un doute.
‒ Euh… Vous n’êtes pas le médecin du troisième étage ?
‒ Eh non, je suis le pervers du second.
‒ Ouf ! J’ai eu peur. J’ai cru que je m’étais trompé d’étage.

L’hélico

‒ Je veux descendre de cet hélicoptère.

‒ Ça ne va pas la tête ! On est trop haut.

‒ Tu n’as qu’à perdre un peu d’altitude, je sauterai. Je veux descendre de cet hélicoptère, je te dis, la femme de ma vie est juste en dessous, allongée sur un matelas dans cette piscine.

‒ Ah ! Tiens oui. Non je ne te laisserai pas descendre. D’ailleurs on rentre.

‒ Argh ! Mais pourquoi me fais-tu ça, à moi, un ami de seize ans ?

‒ Qu’est-ce que tu crois ? Parce que moi, je connais son adresse et son téléphone, alors dans la vie, il y a des priorités.

‒ Argh ! Sale chien puant !

‒ Oui, mais sachant piloter un hélicoptère et connaissant les contacts des femmes fabuleuses, alors je m’en fous.

‒ Tu mets en pièces, en dix secondes, une amitié de seize ans ?

‒ Même pas. Tu m’as fait des coups bien pires. D’ailleurs que ferais-tu à ma place ?

‒ Euh…

‒ Tu vois. Et, promis, dès que j’aurais été lui faire un coucou, je reviens te payer un verre.

‒ Je ne serai plus là.

‒ Les femmes disent ça, pas les mecs. En fait tu vas m’attendre pour savoir si ça a marché. C’est ça la curiosité des copains.

‒ Non ! Je vais me saouler la gueule et pis c’est tout.

‒ C’est ce que je dis…

‒ Connard !

‒ Crétin. A tout à l’heure…

 

Photo : Line Colibri

Suivez la chatte…

Elle avait des yeux de chatte, derrière des lunettes en amande, des pas de souris, galbés de bas noirs.
J’aimais ses yeux de chatte, que grossissaient ses verres, j’aimais ses pas de souris, que dessinait la ligne de ses bas.
Elle marchait à pas de souris, je la suivais en gros matou pervers et gourmand qui aime les souris à bas noirs.
Mais, parfois, sans savoir pourquoi, je me sentais comme un gros rat gris que suivrait une chatte aux yeux noirs.
Oups !