Ma vie avec Annabelle

Assis dans le salon face à mon ordinateur, je me promène à Blois, à Chambord pour être exact.
On sait vivre.
Mes deux personnages, Sandra et Paul, entament leur chapitre trois avec une promenade, assez tumultueuse je dois l’avouer, dans le parc de ce château que je préfère aux autres.
Eddie Higgins et son trio m’accompagnent d’un jazz-balade. Soudain, une improvisation sur les demoiselles de Rochefort.
Plaisir
Il fait bon. La cheminée diffuse une chaleur douce, craquante. Sur le carreau de la baie vitrée ouvrant sur l’océan, le vent balance des bourrasques de pluie froide ajoutant une sensation de confort supplémentaire à la tiédeur de la pièce.
Nous sommes à Royan depuis deux semaines. J’apprécie cette ville silencieuse et déserte, le long rideau d’asphalte sans voitures bordant la plage sans baigneurs, les restaurants sans convives, les boutiques closes, les immeubles aux fenêtres noires, les villas aux volets fermés, les rares passants frileux, marchant vite, accompagnés du chien échevelé et gai.
J’aime la mer en hiver.
Un endroit idéal pour inventer mes histoires.
J’attrape mon verre de Cognac (on n’en est pas loin), boit une gorgée.
– Alors ? Comment trouves-tu mon nouvel ensemble ?
Tiens ?
Je relève le nez, le verre toujours à la main.
Je manque le laisser tomber.
Annabelle a abandonné son roman policier pour aller revêtir, sans que je le remarque, un corset rouge que nous avons acheté il y a deux jours. Il s’assortit d’un charmant string, d’une paire de jarretelles à nœuds coquins…
Un délice.
Judicieux achat !
– J’adore.
Mutine, Annabelle passe sa main le long de la taille puis descend sur les bas.
– Tu ne trouves pas qu’il serait un peu…
Je pose  mon cognac, me lève, traverse la pièce.
– Non, je ne trouve rien si ce n’est qu’il est fabuleux. Et, en cette période de tristesse généralisée, on a besoin de choses fabuleuses pour continuer à jouir de la vie.
Et nous savons faire ça, Annabelle comme moi.
Sans nous vanter.
Alors Sandra et Paul attendront. Ils ne sont pas si mal dans leur parc, il y a des animaux à regarder, il fait beau, un chouette château.
Pour ma part, j’ai deux trois choses plus importantes à faire.
Car il y a des priorités dans la vie.
Quand on a un vrai sens des valeurs…
Ce qui est mon cas bien entendu.
Pas vous ?

Photo : Line Colibri (Un grand merci pour son autorisation)

Passage

Il lit, tranquillement allongé sur son lit.
Elle entre dans la pièce, met un doigt sur ses lèvres.
‒ Chut !
De cette voix rauque qu’il connait si bien, qu’il aime tant.
Elle traverse sur la pointe des pieds, nue des cheveux aux orteils.
Il cesse de lire pour l’admirer.
‒ Ne te dérange pas, je ne fais que passer, fais comme si je n’étais pas là.
Facile à dire.
Il fait semblant de s’intéresser à son roman pour lui être agréable, mais garde l’œil en coin, intrigué.
Comment peut-on « passer » dans une chambre qui n’a qu’une porte ?
Elle s’arrête devant le mur, tourne une poignée invisible, et voilà le mur qui s’entrouvre comme un rideau.
Une porte dérobée ?
Qu’il n’aurait jamais remarquée ?
Impossible !
Elle passe de l’autre côté, se retourne dans un sourire.
‒ A tout à l’heure.
L’ouverture se referme sans bruit.
Il jette le livre, se lève, se précipite mais trop tard, pose les mains à plat sur la cloison.
Qu’est-ce que c’est encore que cette histoire ?
Rien ?
Ah si, une forme en relief, comme une clenche invisible.
Il pousse, tire, tente de faire tourner, cela résiste. Il essaie de s’arque bouter mais glisse…
Et tombe du lit sur le tapis en se cognant le crane.
Brutalement réveillé.
Couchée sur la page ouverte du magazine tombé à terre avec lui, la jolie femme le regarde et…
Lui sourit.

 

Mon tableau de la semaine : apparition nocturne

Encre de chine
50 cm par 70 cm

Tableau mis en vente  encadré de noir et protégé sous verre.
Livraison faite à domicile par l’artiste.
400 €
(frais de livraisons compris)
Pour plus de renseignements ou pour l’acheter, contactez-moi par mail
creartiss@orange.fr