Ouverture Cubaine

Pour la dixième fois, Jean-Jacques parcourt le petit mot de Véronique écrit sur une carte postale de mer et de palmiers.

« Lorsque vous trouverez

Ce petit billet

Mon chéri, ne le jetez pas au panier.

Ma lettre vous invite

A me suivre bien vite,

A Cuba, cet été »

Il connait ces phrases, les a déjà lues quelque part mais où ? Entendues peut-être. C’est bien de Véronique de lui donner des sueurs froides avec un sonnet sur l’été.
Il le savait, il n’aurait jamais du sortir avec cette femme.
D’ailleurs, sa mère le lui avait dit et répété : « Elle est trop folle pour toi ». Mais les « trop » de sa mère sur ses conquêtes féminines, il y a longtemps qu’il les a jetés au panier.
Justement.
Peut-être, pour une fois, a-t-elle raison ?
Il déteste l’avion comme une boite de sardine volante, le bateau comme une boite de Pilchards flottante, la musique, les guitares, les alcools forts et ne fume plus depuis qu’il a rencontré Véronique. Elle trouvait qu’il puait.
Il l’attend à la terrasse du café du mardi pour leur rendez-vous du mardi en se disant que Cuba, ce sera peut-être leur rupture du mardi.
Dommage. Véronique, c’était pour lui.
Une femme ni trop belle ni trop peu. De l’aisance, du charme, de la culture, de l’imagination.
Aussi sexuelle que lui, aussi fantasmes que les siens.
Juste un peu décalée pour le côté frisson.
Juste ce qu’il faut d’éducation parfaite pour se rassurer.
Il aime sa façon de s’habiller, et encore plus de se déshabiller.
Il aime sa façon d’apprécier son indépendance et de lui laisser la sienne.
Quarante ans, lui quarante-cinq, un couple idéal et beau lui ont confirmé les amis.
Et voilà qu’elle lui parle de voyage avec l’approche des beaux jours, sa hantise… à l’autre bout du monde… chez les zoulous… ou pire. Au secours !
La voilà.
Elle s’assied dans une pose lascive qu’il aime bien, découvre ses  jambes,  juste pour montrer ses bas.
Vicieuse, perverse.
D’habitude il regarde autour de lui, l’air de rien, histoire de repérer les deux trois types qui bavent sur sa chance.
Pas cette fois.
Il lui a commandé sa consommation bizarre un « Daiquiri ». Imbuvable, mais bon, personne n’est parfait.

‒ Alors ? Prêt pour le voyage ?

‒ Surtout pas. Tu le sais, je déteste voyager et Cuba, au secours !

‒ Pourtant, j’avais mis la tenue qui convenait.

Une robe à dessins exotique, il en frémit.
Elle semble déçue, réfléchit en se mordant la lèvre.

‒ Et Cannes, tu serais partant. A défaut.

Hier l’idée l’aurait fait hurler d’épouvante. Mais entre Cuba et Cannes, il lâche dans un soupir.

‒ D’accord.

Elle sourit.
« Bien joué, Cuba.» pense t’elle « le pire, toujours proposer le pire ».
Et elle boit une gorgée de son… Daiquiri.

Photo : Miss Legs

Ma vie avec Annabelle

Ma Facel Vega blanche traverse Paris.
Silence.
Juste le ronronnement du moteur.
Tranquille.
La seine. Les tuileries. Le Louvre.
Annabelle, mi allongée sur le siège en cuir, les genoux pliés sous elle, regarde défiler la ville.
Songeuse.
– Où allons-nous ?
– On essaie la mer ?
– Bonne idée.
La mer en hiver. Quoi de plus beau pour une nouvelle année en devenir ?
Il fait bon dans l’automobile, nous ne prendrons pas d’autoroute, nous avons le temps.
Tant de temps.
Soudain, le martellement de la pluie, les gouttes s’esclaffent sur l’asphalte.
Danse d’hiver.
‒ Ce ne sera qu’une grosse averse.
Pas de réponse.
Annabelle s’est endormi le front sur la vitre, la bouche entrebâillée. Son souffle invisible dessine une arabesque de brume sur le verre froid.
J’avance la main, lui effleure le bras d’une caresse tendre.
J’aime la pluie.
J’aime la vie.
Il fera beau ce soir.
Je vais bien.

Gribouillis du jeudi

Dessin 254

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Mon tableau de la semaine : Waoh !

Encre de chine
50 cm par 70 cm

Tableau mis en vente  encadré de noir et protégé sous verre.
Livraison faite à domicile par l’artiste.
400 €
(frais de livraisons compris)
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Gribouillis du lundi

Dessin 255

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André Kohn,

Il pleut.
Il pleut infiniment.
Langoureusement.
Tendrement.
Il pleut comme on marche à petits pas.
A petites gouttes sur l’asphalte luisant.
Antoine aime la pluie qui caresse son visage d’un baiser mouillé.
Il pleut.
Et puis, voici des pas efficaces.
Des pas pressés.
Qui viennent derrière lui, s’approchent, le doublent.
Une femme passe, imper rouge sous un parapluie blanc.
Et soudain…
Antoine ne sait plus qu’il pleut.