Rencontre sous le pont

Ce matin, en me promenant sous mon pont préféré, j’ai découvert une danseuse qui s’était perdue.
Vous me connaissez, ne jamais laisser une danseuse en détresse.
Je me suis approché, elle avait des yeux noirs, des cheveux noirs, des jambes longues et fines de danseuse et une robe rouge comme l’amour.
J’aurais pu la prendre dans mes bras, la jeter vers le ciel pour qu’elle s’envole dans l’azur et retrouve ses congénères partant vers le sud.
Mais non, j’ai préféré demander.
– Bonjour, jolie danseuse, vous voilà bien en détresse. Suivez-moi, je vous emporte. Je connais un café chic et calme où nous pourrons discuter, un restaurant charmant où nous pourrons dialoguer et mon appartement confortable où nous pourrons nous reposer.
J’avais à peine fini ma phrase que la jolie femme s’est écrié.
– Putain ! On ne peut pas attendre deux minutes un ami sans se faire emmerder par un connard libidineux. Casse-toi crétin ou je t’éclate la tête.
Et elle a sorti de sous sa jolie robe rouge si délicate une batte de base-ball pas du tout délicate.
Je suis reparti bien vite, le rouge au front, les mains moites, avaler, triste et solitaire, un verre de quelque chose de fort dans ce café chic et calme.
Décidément, les danseuses ne sont plus ce qu’elles étaient.

Lune rousse

Elle rêve…
Mais de quoi peut-elle bien rêver ?
Le peintre a laissé son crayon posé sur la toile, l’esquisse qu’il avait commencée s’est arrêtée, le peintre rêve de ce que peut rêver son modèle.
Et soudain, ils se rejoignent tous deux dans leur rêve, sur un pont, près d’un lac, avec la nuit noire, trois étoiles et une lune rousse comme elle.
– Bonjour dit-il
– Bonjour dit-elle.
– C’est de ça que vous rêviez dit-il, d’un pont, de la nuit et de cette lune rousse.
– Mais oui… que faites-vous dans mon rêve ?
– Eh bien, je…
Mais à cet instant la modèle qui se demandait depuis un moment pourquoi le peintre avait cessé de gratter le stylo sur le papier, pourquoi il avait cessé de la dessiner, à cet instant la modèle le regarde et il se rend compte qu’elle ne pensait ni à un pont, ni à la nuit, ni à une lune rousse.
– Vous avez vu, votre parquet est en train de se fissurer, je connais quelqu’un qui pourrait vous arranger ça vite, bien, et pas trop cher. Vous pouvez lui faire confiance, c’est mon copain.
Le pont explose, la nuit se fissure et le peintre recommence à dessiner la rousse…
Sans lune.
Tout le monde peut se tromper !

Amour téléphonique

Elle m’a envoyé un SMS.
Je vous aime.
Je lui ai renvoyé un SMS.
Moi de même.
Elle m’a envoyé sa photo, elle était jolie.
Je lui ai envoyé la mienne, plus jeune, elle m’a trouvé beau.
Nous avons pris rendez-vous.
Nous nous sommes rencontrés.
Elle était aussi jolie que sur sa photo.
Elle m’a trouvé plus beau que sur la mienne.
Un air sérieux qui m’allait bien.
En réalité, un air plus vieux, mais je ne lui ai pas dit.
Nous avons fait comme font tous les amoureux, nous avons couru tout nus à travers la campagne, les bois, les prés, les chemins creux, les potagers.
Puis nous nous sommes baignés.
L’eau était glacée.
Il pleuvait.
Nous sommes revenus enrhumés.
Elle avait un gros nez rouge, des yeux qui pleuraient.
Je toussais, elle aussi.
Je l’ai trouvée moins jolie.
Elle m’a trouvé plus vieux.
Nous nous sommes quittés fâchés.
Elle m’a envoyé un SMS.
Je ne t’aime plus.
Je lui ai renvoyé un SMS.
Moi non plus.

Regards

Paisiblement, elle regardait par la fenêtre, brume et lune, un paysage qui émergeait de la nuit.
Agréablement, il la regardait, assise sur le lit, brune et nue, une femme qui émergeait du sommeil.
Le paysage ne savait pas qu’elle le regardait.
Elle savait très bien qu’il la regardait.
Elle souriait.
Lui aussi.