Tableau du 24 septembre 2021

Allez hop là, une belle journée aujourd’hui.
D’abord, on m’a offert du papier, du vieux, du beau, du chic.
Bien !
Et ensuite, eh ben, j’ai commencé à m’en servir du papier.
Je suis comme ça moi, tu me files du papier, et pouf tagada tsoin tsoin, je dessine des femmes dessus.
Alors hop pop pop première femme sur ce papier là….
Format 56 x 76 cm (format Jésus… euh), encre de Chine au pinceau sur papier (Logique), pièce unique évidemment, signé daté et tout çi et tout ça.
Bien sûr elle est en vente.
Bien sûr elle peut être à vous.
Si elle vous intéresse, n’hésitez pas à me demander le prix sur mon mail : creartiss@orange.fr. Jusque là, c’est gratuit, après forcément, c’est plus cher.
Ben oui, qu’est-ce que vous croyez, que ça vit de l’air du temps les artistes ?
Y’en a qui emballent des monuments et y’en a qui dessinent des femmes.
Ah !

Venise

Pour la troisième fois en deux heures elle lui posa la même question

‒ Pourquoi ne veux-tu pas aller à Venise ? J’ai fait les comptes, on peut le faire.

Il reposa doucement, lentement, comme s’il avait peur de la briser, la tasse de café qu’il venait de boire. On sentait ses gestes appliqués, concentrés. Il frotta ses yeux du bout des doigts puis se malaxa le nez quelques secondes. Sa voix était terriblement calme lorsqu’il répondit.

‒ Je n’aime pas Venise.

‒ Pourquoi ? Comment peut-on ne pas aimer  Venise ? C’est la ville des amoureux, les demeures étranges et superbes qui se mirent dans l’eau, les ruelles embrumées, les ponts romantiques, les gondoles poussées des longues cannes des gondoliers charmeurs. Voir Venise… et mourir.

Il la fixa sans ciller.

‒ Ou… mourir… sans voir Venise.

Elle n’allait pas abandonner ainsi. Elle savait que la lutte serait difficile mais après trente années de mariage, des enfants devenus grands, une pleine et belle vie derrière eux, la retraite qui commençait, il pouvait bien lui faire ce délicat plaisir. Elle ne lui avait jamais rien demandé.

‒  Venise, c’est mon rêve de jeune fille. J’ai toujours voulu aller me promener à ton bras dans cette ville fabuleuse. Et toi qui aime l’art, qui apprécie Canaletto et les lagunes de Turner, tu devrais avoir envie aussi. Je ne comprends pas.

‒ Tu vas comprendre.

Il disparut dans le bureau, revint rapidement un paquet de feuilles dans les mains.

‒ Comme depuis dix ans, tu me bassines avec cette ville, comme aujourd’hui tu as décidé de gagner une fois pour toutes cette bataille et comme je ne veux pas aller à Venise mais que je t’aime furieusement, je te propose un deal : On regarde ça et si ensuite tu veux encore y aller, je t’accompagnerai, c’est promis.

Une onde de joie  la fit frémir des pieds aux cheveux. Elle avait gagné.
Légère inquiétude quand même. Elle le connaissait mieux que personne.
Il posa devant elle, délicatement, quatre clichés photographiques. On y voyait de gigantesques navires-immeubles glisser entre les délicates ruelles, observés par une foule sur les ponts, une masse humaine sur les quais, une multitude agglutinée, se pressant de toutes parts.
Tourisme de masse.
Épouvantable.
Elle eut une larme le long de sa joue. Il l’accrocha du bout de l’ongle.

‒ Tu vois, il ne reste rien ni de Canaletto ni de Turner, rien de romantique pour cette ville qui n’est plus aujourd’hui qu’un nid à touristes plus peuplé qu’une fourmilière.

Elle tenta encore.

‒ Et hors-saison ?

‒ C’est mieux mais à peine, je me suis renseigné. Et tiens-toi bien, on m’a prévenu par ailleurs… c’est une ville qui pue.

Elle n’en fut qu’à peine étonnée.

‒ Et tu proposes ?

‒ Moi, toi, main dans la main, cœur contre cœur à Meymac en Corrèze.

‒ C’est joli Meymac ?

‒ Très. Il n’y a ni canaux, ni car, ni bateaux-immeubles, peu de touristes et ça sent très bon. Une ville romantique pour amoureux rêveurs dans une région superbe. Tu verras.

Il l’embrassa longuement, puis la regarda encore plus longuement.
Elle ne verrait pas Venise mais qu’est-ce qu’elle s’en fichait.

‒ Dis-tu voudras bien me faire le gondolier… sur terre ?

‒ J’ai déjà acheté le canotier.

Ils se sourirent en même temps.
Ne pas voir Venise…
Et Vivre !

Tableau d’illustration : Canaletto bien sûr