Miroir

Rose attrape son vaporisateur de parfum, Numéro 5, Chanel.
Un coup d’œil dans le miroir.
Elle interrompt son geste, s’observe plus attentivement.
Longuement.
Elle repose le flacon, pose ses deux mains sur ses joues, les caresse avec douceur.
De longs yeux en amande, noirs, profonds, sous des sourcils bien dessinés. Un nez fin pour une bouche pulpeuse qu’elle sublime d’un rouge intense. Un front large vers des cheveux aussi sombres que ses yeux. Elle apprécie ces deux mèches fines qu’elle laisse descendre devant sa figure.
C’est Adrien qui lui a conseillé ce truc-là.
Adrien.
Loin déjà.
Elle s’approche encore, détaille.
Implacable.
Cette ridule sous l’œil est nouvelle, ce pli de chaque côté de la lèvre aussi, ces ombres sous l’arche des cils n’étaient pas là il y a peu.
Et cette pâleur ?
Qu’est-ce qui lui arrive ?
Fabrice.
Fabrice, ses costumes en soie, ses cravates en soie, ses chaussures en cuir, cette apparence décontractée, tellement chic, terriblement mode.
Fabrice,  son fric, ses voyages,  Acapulco, New-York, Singapour, ses soirées, ses rendez-vous avec vous, ses rendez-vous d’affaires sans vous, ses amis, ses amies.
Ses amies.
Fabrice,  ses énervements, son snobisme, cette façon de vous regarder parfois, cette façon de ne pas vous regarder souvent.
Elle recule, passe devant la grande glace en pied.
Robe de soirée, blanche, fluide, ouvragée, ces escarpins brillants.
Très belle !
Incroyable, si peu naturelle.
Où s’est-elle perdue ?
Elle se précipite, fouille l’armoire,  jette sur le lit des vêtements de prix, des ensembles de grands couturiers, luxueux, chers. Inquiète. Si elle ne trouvait pas !
Un soupir.
La voici.
Une  petite jupe en laine sans prétention, ce pull qui a toujours peluché.
Lui vont-ils encore ?
Elle enlève l’étoffe soyeuse comme on change de peau. Elle garde les dessous, ce sera une surprise si elle le retrouve. La jupe, le pull, lui redonnent des couleurs.
Elle est passée il y a peu devant le café « Au rocher de Cancale », il est toujours là. Peut-être même y-a-t-il encore le patron, Norbert dit Bébert.
Elle va pour sortir. Son I Phone, abandonné sur le lit, claironne.
Fabrice.

‒ Tu es prête j’espère. On se retrouve au bar du Plazza comme d’habitude.

‒ Non.

‒ …

‒ On ne se retrouve pas, on ne se retrouve plus, jamais. J’ai d’autres choses à faire, à vivre, que toi.

Elle coupe, pose l’engin sur la commode, elle n’en a pas besoin.
En fermant la porte, elle a un doute.
Adrien sera-t-il encore là ? Qu’est-il devenu depuis tout ce temps ? Il pourrait être parti.
Sans savoir pourquoi, elle sait. Il l’attend, c’est certain, un peu vieilli, un peu triste, mais elle va changer tout ça.
Elle file dans l’escalier, sa jupe flotte sur ses jambes nues.

‒ Taxi !

Rose a retrouvé ce sourire qu’elle avait oublié.
Rose a rendez-vous avec ses vingt ans.

Le jeu de la dame par Walter Tevis

Je déteste, un peu par principe avouons-le (Euphémisme), les séries, les films, ou les bouquins à succès…
Je les évite comme on évite les merdes de chien sur les trottoirs.
Et voilà que je viens de lire ce best seller doublé d’une série netflix non moins best seller (Que je n’ai pas regardée, pas si débile quand même !).
Oups ! Argh ! Grmmmmbllll ! Bah ! Gratchougreuh !
Pourquoi l’ai-je lu ?
Oups ! Argh ! Grmmmmbllll ! Bah ! Gratchougreuh !
Bonne question. Euh…
Une copine libraire, des yeux verts, , des étoiles dans ses yeux : « Lis ce bouquin, tu verras, c’est génial ! ».
Comme je ne résiste ni aux femmes, ni aux libraires, ni aux yeux verts, ni aux étoiles, je l’ai acheté.
Et comme je ne veux rien jeter, je l’ai lu.
Puis, comme il est assez épais, je l’ai placé sous le pied de l’armoire qui branle. Il y fait très bon effet.

Disons-le tout de suite, ce n’est pas « génial ». Tant pis pour ma copine libraire aux yeux verts.
Mais… je l’ai lu jusqu’au bout ce qui n’est pas si mal et à peine sauté deux trois passages ce qui est peu.
Vous le présenter en quelques mots…
L’histoire :
Elle est orpheline, elle est moche, elle est hyper douée aux échecs et… je ne veux pas vous spolié la fin mais, oh surprise, ça finit bien.
Comme vous voyez, plus tarte comme histoire, c’est difficile.
Le bouquin :
Une machine de guerre à l’américaine.
Un suspense au cordeau, des rebondissements téléphonés mais pas mal amenés, un scénario classique avec une fin évidente mais bien fichue, des personnages pas si mal croqués.
Cela fonce comme sur une autoroute, ça pète le feu, on ne s’ennuie pas.
Facile oui, mais lisible… enfin à peu près.

Pour conclure.
Que ce bouquin ait été écrit en 1980 et des bananes m’a démontré que, déjà à l’époque, on savait fabriquer aux États Unis des machines à faire du fric.
Étonnant !
Par contre, je me suis fait la remarque que l’écrivain avait du bien s’embêter à écrire un machin aussi formaté.
J’ai vérifié.
Il est mort l’année d’après.
Ah !
Je le savais.

Gribouillis du jeudi

Dessin 253

Si vous désirez acheter ce dessin pour 40 euros (frais d’envoi compris),
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Covid : Les meilleurs chiffres !

J’ai été voir les infos du jour…
Au secours !
 
Alors pour vous remonter le moral, les meilleurs chiffres de la planète…
Dans le monde Splogofpft, les chiffres sont les suivants :
 
Cas de Covid : 0
Vaccinés : 0
Réanimation : 0
Décès :0
 
Les meilleurs chiffres de la planète et de loin. Alors, je pose la question :
Et si l’humour était un médicament efficace ?
Hum !

Mon tableau de la semaine : Un certain brouillard

Encre de chine
50 cm par 70 cm

Tableau mis en vente  encadré de noir et protégé sous verre.
Livraison faite à domicile par l’artiste.
600 €
(frais de livraisons compris)
Pour plus de renseignements ou pour l’acheter, contactez-moi par mail
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Gribouillis du lundi

Dessin 252

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Train

  • Ils seraient dans un train.
  • Un train ancien, avec des compartiments fermés, de longs fauteuils de cuir usé, des filets pour poser les valises, une fenêtre qu’on descend et qui grince.
  • Il ferait froid.
  • Il ferait nuit.
  • Un train de nuit. J’adore les trains de nuit. Il peut se passer tant de choses…
  • Il n’y aurait personne dans le couloir, personne dans le wagon, peut-être même personne dans le train. Ils se l’imagineraient en tout cas, seuls au monde dans ce convoi fuyant dans la nuit. On n’entendrait que les boogies résonnants aux traverses des rails, un rythme de métal, un bruit compact, régulier.
  • Elle lui demanderait d’une voix douce, un peu rauque : « Cela ne vous dérange pas si je ferme la fenêtre ? Il fait froid. »
  • « Pas du tout, je vous en prie ! ».
  • Elle se lèverait, fermerait la fenêtre. Le bruit disparaitrait.
  • Non pas ! Il se muerait en un ronronnement feutré, lointain, près à resurgir soudain au moindre caprice.
  • Il la regarderait ?
  • Bien sûr, mais en douce, en biais, en catimini. Il ferait celui qui lit son journal, absorbé par les nouvelles de la bourse.
  • Elle ferait celle qui ne l’a pas remarqué, perdue dans ses pensées. Elle s’assiérait sur l’autre banquette, rajusterait sa jupe droite, un geste léger pour son corsage de soie, un regard par la fenêtre opaque.
  • Son journal tremblerait légèrement.
  • Elle reprendrait son livre, poserait de jolies lunettes d’ambres sur son nez parfait, se plongerait dans sa lecture.
  • Pourquoi « d’ambre » ?
  • Les femmes ont toujours ce type de lunettes dans ces trains-là.
  • Ah bon. Et son livre ?
  • Son livre ? Pas si simple ! Simone de Beauvoir peut-être ou Françoise Sagan, un livre intelligent et romantique.Elle ferait semblant de lire.
  • Semblant ?
  • Qu’est-ce que tu crois !
  • Un moment passerait sans qu’ils disent un mot, sans qu’ils fassent un geste.
  • Puis, lentement, elle baisserait le livre, relèverait sonvisage, planterait ses yeux dans les siens.
  • Il ne baisserait pas le regard.
  • Elle non plus. Ils resteraient là, sans rien dire, yeux dans les yeux.
  • Hors du temps.
  • Brutal, le train commencerait de ralentir, de freiner dans un crissement de fer. Quelques lumières, un panneau, un quai, un chuintement de haut-parleur.
  • Elle se réveillerait comme d’un songe, paniquée, récupérerait ses  deux valises dans le filet à bagages, enfilerait son manteau.
  • Il l’aiderait à les descendre, lui ouvrirait la porte du compartiment.
  • Et aussi pour sentir son parfum, le retenir en lui comme on garde l’empreinte du soleil sur la peau.
  • Elle filerait dans le couloir, sauterait sur le quai, le train déjà repartirait.
  • Leurs yeux se croiseraient une dernière fois. Il baisserait la vitre, se pencherait, hurlerait son nom qu’elle n’entendrait pas, fixerait le noir longtemps après que la silhouette ait disparu.
  • Non !
  • Non ? Quoi non ?
  • Je n’aime pas cette fin-là. Recommençons…
  • Ah ! Bien ! Recommençons…
  • Ils seraient dans un train…

Peinture : Edward Hopper