Gribouillis (retour en arrière)

Dessin 1

Si ce dessin vous plaît, vous pouvez me l’acheter 10 € (Frais d’envoi compris)
Notez le numéro du dessin et écrivez-moi sur mon mail.
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Je vous l’enverrai daté, signé, et pourquoi pas dédicacé.

Cadavres exquis 9

Fracas de tôles écartelées.
Silence.
Mal.
Son bras.
‒ Ça va, Sandra ?
La voix rassurante de Paul, sa main sur son épaule. Les murs se remettent en place, le calme de la pièce où l’on est bien.
La fureur s’estompe dans sa tête.
Elle se frotte le visage.
‒ Oui, des souvenirs qui reviennent comme un sale rêve.
Elle remonte sa manche, plusieurs points rouges au creux du coude.
‒ J’avais déjà remarqué ces marques. On a du te droguer mais tu n’étais pas une camée, elles ne sont pas assez nombreuses. Sans doute un produit puissant qui expliquerait peut-être ta perte de mémoire car tu n’as aucune blessure à la tête. Ça aussi, j’ai vérifié.
Elle le fixe longuement.
‒ Qui es-tu ?
Paul lui rend son regard, semble réfléchir.
‒ Tu veux en savoir plus sur ma vie, c’est logique. Ça tombe bien, j’adore parler de moi. Viens allons manger car j’ai faim et je t’en raconterai un peu plus. Peut-être pas tout mais un peu plus. Et toi tu vas me parler de ces souvenirs qui reviennent peu à peu…
‒ Et la mallette ?
‒ Pas de problème, il ne lui arrivera rien.
‒ Tu as une idée de la somme ?
‒ J’ai compté. Cinq-cents mille francs. Pas assez pour être vraiment riche mais de quoi voir venir quand même.
Il la prend par le bras, ouvre la porte.
‒ Tu vas voir, leur petit déjeuner, c’est une tuerie.
Elle grimace, il sourit.
‒ Oups ! Peut-être pas le terme à employer à cet instant, désolé.
Un regard en coin, malicieux. Elle s’étonne de lui voir cet air là.
Un gamin qui se marre.
Amusée, elle s’engage dans l’escalier d’une démarche légère.
Redevenu sérieux, il la suit, observateur.
Elle a des façons de danseuse décidément.
Ou d’acrobate.
Oui, mais quel genre d’acrobate ?

En te croisant

Assis dans le métro, le front posé sur la vitre maculée, Adrien regarde défiler le mur de pierres noires.
Sans le voir.
Sans entendre le claquement des bogies, le hurlement des ferrailles, le chuintement du vent sale qui fuse par la fenêtre.
Sans sentir ce mélange de poussière, d’odeurs aigres, de sueur.
Habitude.
Cinq fois par semaine depuis dix ans, il parcourt les mêmes ruelles souterraines sans plus remarquer les graffitis, les affiches déchirées, les carreaux éclatés.
Il ne remarque pas non plus les trois femmes qui tendent la main, l’homme qui n’a qu’une jambe, le couple qui caresse un enfant trop calme, allongé sur une couverture usée.
Pas un regard pour le kiosque où il n’achète jamais rien.
C’est son univers du matin, son paysage trop connu. Il y possède ses trajectoires, ses réflexes inconscients, le ticket que l’on glisse, la porte qu’on pousse, le passant qu’on effleure.
Efficacité de rat.
Ce soir, il reprendra dans l’autre sens le même trajet, un peu moins rapidement, fatigué mais toujours aussi précis, toujours aussi  aveugle, sourd, muet.
Protégé.
Chaque jour il retrouve  les mêmes silhouettes interchangeables penchées sur leur portable, une ou deux lisant un livre ou un magazine, les écouteurs aux oreilles, les regards vagues, le silence de tombeau d’êtres sans paroles emportés dans ce vacarme de forge.
Paris au quotidien.
Pourtant, aujourd’hui,  c’est différent, il songe, il se prépare.
Après l’escalator puis les escaliers, il sortira sur l’esplanade perdue de vent, de pluie, de soleil l’été. Comme une gifle en pleine face.
Il aura quelques dizaine de pas encore avant d’arriver à la tour vitrée où il travaille.
Depuis trois mois, pendant cette centaine de mètres, il croise…
Une apparition.
Une femme blonde, étonnante, comme surgie d’un film des années cinquante avec chaque matin une tenue différente. Quelquefois un tailleur ajusté, puis c’est une robe courte, le lendemain une longue jupe qui flotte autour de ses jambes.
Toujours particulièrement belle, toujours incroyablement chic.
Elle ne marche pas, elle vole au ras du sol, fluide, immatérielle, si calme dans ce monde qui court.
Il a rangé chacune de ses toilettes dans sa mémoire, les fait défiler le soir comme on parcourt une revue de mode. C’est son moment de plaisir de la croiser, son instant de bonheur avant qu’elle passe laissant flotter une fragrance de parfum de luxe.
Elle pourrait sembler inaccessible, mais, il est certain que s’il l’accoste, elle l’écoutera.
Sans savoir pourquoi, il sait que c’est elle, qu’elle est pour lui.
Il suffit de lui parler.
Alors, il s’est concentré pendant ses insomnies, a mis en place depuis une semaine chaque mot, chaque silence, chaque formulation.
Il est prêt.
La rame s’arrête dans un criaillement de freins martyrisés, il jaillit plus vite que d’habitude.
Pas d’escalator aujourd’hui, trop lent. Cinq, dix vingt, trente, cinquante et trois marches, le chiffre exact avant le pallier, deux pas et demi pour atteindre le second escalier, cinq dix cinquante et trois, passer le portillon, encore une volée plus courte.
Il débouche sur la grande aire de pavés blancs, les grands miroirs sur le ciel gris. Quelques passants pressés. Pas encore beaucoup de monde, il est tôt.
La voici.
Elle approche sans se presser. Aujourd’hui c’est une jupe corolle rouge vif assortie à son foulard, à la couleur de sa bouche, un corsage ajusté, marron et noir, pour des escarpins assortis.
Elle croise son regard, lui sourit, passe.
Il se retourne, l’observe qui s’en va, silhouette superbe dans le soleil qui se lève.
Ce n’était pas le bon jour, il le sait, il lui parlera…
Demain.

Gribouillis du jeudi

Dessin 209

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Cadavres exquis 8

Je mets en ligne ce roman au fur et à mesure de son écriture. Si vous prenez en marche, vous pouvez en lire le début en cliquant sur la rubrique « Mon roman en cours ».

Paul s’assied de nouveau sur le radiateur devant la fenêtre.
Songeur.
Il fait plein jour maintenant. Quelques passants pressés. Un homme, cheveux très courts, visage maigre, s’arrête pour allumer une cigarette dans ses mains en conque puis repart en remontant le col de son loden frileusement.
Nonchalamment Paul se lève, s’approche du lit, ouvre sa valise. Il choisit un pantalon sombre, une chemise noire, un pull de cachemire. Il sort sa trousse de toilette, fait jouer le double fond. Le Beretta est bien là, deux chargeurs de réserve, le silencieux adaptable.
Tout est en ordre.
Il replace l’arme après l’avoir vérifié, referme la trousse.
Un prospectus sur les châteaux de la Loire sur la table de nuit, il s’allonge sur le lit.
Sandra ressort, les cheveux mouillés, l’œil gai.
‒ Tu connais Chambord ?
‒ J’ai du y aller quand j’étais petite. C’est plein de cheminées, je crois.
‒ Avis on ne peut plus réducteur, il faut changer ça. On va aller déjeuner, te trouver une nouvelle garde robe plus quelques accessoires indispensables et, cette après-midi, je t’emmène y faire un tour. Tu verras, c’est superbe !
‒ Il ne fait pas un peu frisquet pour se balader dans ce genre de bâtisse.
‒ Pas si froide que ça, tu risques d’avoir des surprises. Bon je vais prendre ma douche à mon tour.
Il récupère ses affaires, disparaît dans la salle de bain.
Bruit d’eau. Il sifflote un air qu’elle ne reconnaît pas.
Tout en s’habillant, elle parcourt le prospectus. Blois, Chenonceau, Chambord, Chaumont sur Loire, la région des Châteaux. Une note d’une écriture vigoureuse, des envolées graphiques, une écriture de dessinateur. « Aller à Chambord ! A visiter de toute urgence… surtout le parc ».
Amusant.
Des dessous sophistiqués, dentelles, satin, de la soie pour les bas.
Étonnant ! Etait-elle habituée à ce genre de tenues ? Elle n’en a pas l’impression mais possède une vraie dextérité pour les enfiler, des gestes efficaces, précis.
Elle se retourne, vérifie dans le miroir. Impeccable.
Un souvenir lui hurle au visage, une autre chambre, une fenêtre masquée de longs rideaux de velours rouge, une voix rauque. « Alors tu te magnes, on est à la bourre, le Marquis n’aime pas attendre ».
Une voiture qui file dans une nuit de pluie, la nausée, la tête qui tourne, malade.
Attraper ce volant, ne pas laisser faire.
Des yeux qui paniquent sous des sourcils broussailleux.
Tout se met à tourner.
Se blottir au sol.
Fracas de tôles écartelées.
Silence.

Escalier

Encre de Chine
Format 50 cm par 70 cm

Tableau mis en vente  encadré de noir et protégé sous verre.
Livraison faite à domicile par l’artiste.
400 €
(frais de livraisons compris)
Pour plus de renseignements ou pour l’acheter, contactez-moi par mail
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Gribouillis du lundi

Dessin 208

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Les deux fumeurs

330, 224, 209, 0, 1, 476

Orléans.
Rue des Carmes.
Jacques se promène, mains dans les poches.
Il ne fait pas très chaud.
Cette rue qui était l’une des plus gaies et vivantes de la ville est devenue peu à peu un cimetière.
Les édiles ont cru bon d’installer un tramway, d’éliminer les arbres, de les remplacer par une longue esplanade de pierres blanches, torride l’été, glaciale l’hiver.
Les commerces traditionnels ont disparus les uns après les autres. Terminé ce petit café qui faisait le coin, cette terrasse minuscule aux tables à carreaux rouges. Fermé ce bazar où l’on trouvait de tout depuis la serpillère jusqu’aux lampadaires de jardin. La boucherie n’est plus qu’une vitrine de fleurs, le cordonnier une vitre brisée où meurent les araignées. Même la pharmacie vous fixe de ses carreaux blêmes aux papiers déchirés.
Quelques éclopés, on ne sait trop comment, survivent. Le coiffeur aiguise ses ciseaux devant sa porte, tablier de cuir à l’ancienne, calvitie, bavardage. La mercière un peu courbée papote avec la fleuriste aux cheveux mi blonds, mi blancs. L’épicier marocain choisit trois pèches pour une grosse dame à caddy et tablier fleuris.
Dinosaures. Ils n’en ont plus pour longtemps.
Voici la place de la Croix Morin.
Deux arbres en pot, facile à déplacer mais rachitiques, tristes. Un bar se proclame « Le Bistrot », mais n’est tout au plus que le « hall de gare » avec ses tables en plastique, ses chaises en fer. Un « Net Phone », un coiffeur rapide, un traiteur japonais encadrent une devanture rose aux lettres effacées.
Mais, là-haut, pipe au bec, sourire aux lèvres, le petit homme est toujours présent.
Jacques s’assied sur le banc rond autour d’un platane épargné, sans feuilles. Un clin d’œil à son compagnon perché.
Il sort tranquillement sa pipe, la bourre.
Songeur.
Voilà soixante ans aujourd’hui qu’il vient dire bonjour à son copain le fumeur, assis sur son toit. Quand il a commencé, il avait vingt ans. Il se souvient de sa découverte, de ce petit bonhomme posé sur cette pierre, le nez en l’air, rêveur, fumeur de pipe.
Ils se sont plu tout de suite.
Ensuite, au minimum une fois par semaine, il venait faire un coucou, fumer à deux un moment. A l’époque, le coin était agité. On courait, on gueulait, on riait, on s’interpellait.
On finissait par le connaître, il était devenu une figure du quartier. On le saluait.
Sans bien comprendre.
Parfois une ombre s’asseyait, discutait. Il y a eu des rencontres qui ont durées.
C’est là qu’il a croisé sa femme, là qu’il lui a dit qu’il l’aimait, là qu’il a fait sa demande en mariage.
C’est là qu’il est venu pleurer sur sa mort longtemps plus tard.
Soixante ans. Une vie. Sa vie
Qu’est-ce que c’est dans la durée de ce lutin de pierre que ces soixante années ? Sans doute pas grand-chose. Depuis combien de temps existe-t-il ? L’âge de cette maison ? Un siècle, deux ? Qui a pu le sculpter, assis au bas de ce toit ?
Il ne le saura jamais.
Ce sera sans doute une parenthèse d’amitié dans la longue existence fixe de ce petit personnage. Il espère qu’elle lui aura plu autant qu’à lui.
Depuis qu’il est à la retraite, jacques vient chaque jour. Il a le temps.
Il bourre sa bouffarde, la rallume, explique en bougeant les lèvres sans parler.
‒ Tu sais, aujourd’hui, c’est un jour spécial.
Demain il se fait opérer.
La prostate.
Ce ne sera rien sans doute, mais il tient à le lui dire, à ce que l’autre l’accompagne dans ce moment difficile.
Et puis, on ne sait pas, s’il devait ne plus revenir.
Il éteint sa pipe, se lève en geignant, jette un regard à son ami.
Un petit signe de la main. Demain, pour la première fois depuis vingt ans, il ne sera pas là.
Il s’éloigne lentement.
Pourquoi a-t-il la sensation, sans se retourner, que le petit bonhomme de pierre à ôté sa pipe de sa bouche, sourit, lui murmure.
‒ Bonne chance Jacques !

 

 

Cadavres exquis 7

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‒ J’ai faim.
‒ Tu as toujours faim quand tu viens de faire l’amour ?
Elle rit.
‒ Toujours. Pour ce que je m’en souviens en tout cas… mais seulement lorsque c’était particulièrement réussi.
‒ Merci.
‒ La vache ! Où as-tu appris tout ça ?
‒ Quelques bons professeurs, un peu de créativité, du temps et beaucoup de pratique.
‒ Beaucoup ?
‒ Beaucoup.
‒ Des dizaines de partenaires ?
‒ Des centaines oui.
‒ Des années d’expérience ?
‒ Des siècles.
‒ Tu ne fais pas ton âge.
‒ On me le dit souvent.
‒ Je viens de faire une fantastique séance de sexe pendant voyons…
Sandra jette un œil à la montre de Paul posée sur la table de nuit
‒ … ah, trois heures quand même ! Avec un hall de gare et je ne le savais pas.
Il a une grimace amusée et amusante.
‒ Touché ! Voilà qui est envoyé. Comme quoi, on ne devrait jamais se vanter, c’est la première fois que l’on me compare à un hall de gare. Comme quoi, il y a toujours des premières. C’est un compliment ?
‒ C’est un compliment. Les halls de gare sont les meilleurs pour le sexe, c’est bien connu, tous les manuels compétents le proclament. Et si on allait manger maintenant.
Elle saute du lit avec une souplesse de danseuse.
‒ Comme je viens de le dire, j’ai une faim de louve.
Il la regarde en souriant.
‒ Dans cette tenue ?
Elle tourne sur elle même, nue, s’observe dans le miroir.
‒ Quoi ? Qu’est-ce qu’elle a ma tenue ? Pas esthétique peut-être ?
‒ Si, très, mais un peu trop sexy pour un hôtel aussi convenu. Heureusement, j’ai la parade grâce à un tour de magie tout aussi fantastique que le reste. Taaadam !
Il ouvre la porte de la chambre, récupère les vêtements de Sandra qui attendaient sur un portant.
‒ Et voilà ! Lavés, repassés, pendant la nuit.
‒ Cela n’existe plus des endroits comme ça ?
‒ Pourquoi crois-tu que je descende toujours ici quand je viens à Orléans ? Il y a les halls de gare qui savent vivre et il y a les autres.
‒ Touché ! Quinze/quinze. Comme quoi, il ne faudrait jamais traiter les gens qu’on apprécie de hall de gare. Je vais prendre ma douche et on y va.
Il admire les courbes qui s’enfuient dans la salle de bain.
Savoir profiter des bons moments !