Sexe, diamants et plus si affinités… par Lauren Weisberger

Je connaissais une charmante vieille dame qui, lorsqu’elle marchait dans une crotte de chien, ce qui lui arrivait souvent elle était très tête en l’air, disait dans un sourire :
« Du pied gauche, ça, porte bonheur ».
Et, dans la seconde suivante, elle marchait dans une nouvelle crotte… du pied droit.

Eh bien ce bouquin, c’est pareil.
J’ai d’abord marché du pied gauche, ça porte bonheur.
Une belle Merde que je me suis dit, mais peut-être quelques surprises. Après-tout Le Diable s’habille en Prada était un film regardable (Meryl Streep surtout).

Trois nanas, Adriana, Bimbo fille de parents milliardaires, Leigh, éditrice hyper douée, Emmy, des études de cuisine qui l’ont menée, tenez-vous bien, à installer des restaurants de luxe dans le monde entier.
Bon, Bof ! mais continuons quand même.
Que je me suis dit.

Et vlan, le pied droit.
La première drague à tout va en rêvant de rencontrer l’homme génial et pan, sur qui elle tombe, sur le réalisateur de films hyper à la mode.
La seconde vit avec l’homme idéal, le présentateur de télé à la mode, mais elle ne l’aime pas. Oups ! (On est inquiets là) Elle finit par le quitter (Après des pages et des pages d’interrogation dont on n’a rien à fiche) et sur qui tombe t’elle ? L’écrivain le plus fabuleux de tous les temps.
On a failli s’inquiéter.
Quant à Emmy, elle s’est faite larguer bien vachardement par son homme idéal, Duncan (Enfin, ça n’allait pas si bien que ça quand même) qui vit maintenant avec une femme dont la passion c’est… de faire la majorette.
OH ! LA ! LA !
Mais qui rencontre t’elle au cours de ses pérégrinations dans les palaces de la planète ?
Je vous le donne en mille, un type fan-tas-ti-que dont elle croyait qu’il ne voulait pas d’elle alors, qu’en fait, c’était le service de l’hôtel (de luxe bien entendu mais à qui se fier) qui ne lui avait pas donné le papier où il expliquait tout.
Ouf ! On a eu peur.

J’ai donc posé le bouquin dans la poubelle, délicatement, pour ne pas tacher ma veste d’alpaga pleine peau du désert des tartares.
Puis j’ai été nettoyer mes chaussures en cuir de lama à poil court de Sibérie Orientale.
C’est incroyable comme la Merde, ça peut être collant.
Surtout sur le cuir de lama à poil court de Sibérie Orientale.

Mesure à trois temps

Il traverse la maison ancienne qui porte en elle des odeurs, des fragrances, des sensations prégnantes
Le bruit de la mer, le vent dans les pins.
Il sort sur la véranda de bois où il a fait poser le piano, un demi-queue Steinnway, superbe, noir.
Il peut se le permettre maintenant, il a les moyens.
Deux pas de plus.
La plage Valentin, longue, blanche, éternelle. Là-bas, le toit de la pension où il passait ses vacances du temps de sa jeunesse. Rien ne semble avoir changé.
Souvenirs.
Pourtant il le sait, plus loin, en suivant la côte vers le Croisic, ce n’est plus qu’une grande zone pavillonnaire pour citadins en mal d’iode. Une laideur bétonnière aux multiples baies vitrées.
Qu’importe !
Il lui reste cette plage préservée, cette demeure bourgeoise dont il enviait le luxe, les automobiles sidérantes arrêtées devant le porche, les parasols de paille nichés sous les arbres où s’étendaient des femmes en chapeaux, des hommes en polos. Elle est vide, mais il peut deviner encore le murmure des conversations, un rire, un pas, le frôlement d’une étoffe.
Il s’assied au piano, commence à improviser une musique qui semble flotter sur l’air.
Quand il était adolescent, chaque soir, il allait dans ce coin de rochers un peu plus loin. Il sortait sa flûte et jouait dans la nuit au rythme des vagues. Combien de fois a-t-il imaginé une jeune fille, une femme peut-être, qui serait là, quelque part, invisible. Cachée, elle n’oserait approcher, écoutant sans bouger le flux des notes sur le reflux des eaux. Puis un soir très doux, elle oserait, s’avancerait, se blottirait contre lui, sans un mot.
Rêve.
Elle n’est jamais venue. Il a vécu d’autres choses. Il ne regrette rien.
Aujourd’hui, il a acheté cet endroit, ce piano dont il sait jouer maintenant, et, tranquille, il envisage sa fin de vie face à l’océan, tous ses souvenirs posés là près de lui, troublants et superbes à la fois.
Il joue.

Elle entend le parfum d’une musique qu’elle connait.
Qu’elle reconnait.
Qui lui tord le cœur.
Elle flotte sur l’air comme autrefois, les notes en perles de tendresse intimement mêlées au frôlement des flots, aux battements de son cœur. Ce n’est plus une flûte c’est un piano, mais la promenade est tout aussi belle.
Elle vient dans la pénombre, regarde, cachée. Dans la silhouette qui se penche sur l’instrument, elle retrouve l’image du gamin qui jouait en bougeant si peu.
Elle n’a jamais osé s’approcher, se découvrir.
Trop timide.
Et puis il a disparu… pendant toutes ces années.
Elle ne regrette rien, elle a vécu une belle vie. Tant de rencontres, tant de moments précieux.
Et la voilà revenue, et le revoilà, lui.
Osera-t-elle ?
Elle hésite.
Demain ?
Non, plus le temps ! Elle s’avance, entre dans le cercle de lumière.
Il ne s’arrête pas de jouer, tourne simplement son visage pour la regarder.
Un vieil homme, une vieille femme.
Il ne dit qu’un mot, le même qu’elle a dans la tête.
‒ Enfin !
Ils sont si beaux en cet instant…

Photo : Intemporelle

Félicie est là par George Simenon

« Allez hop ! Boum ! Tagada ! » que je me suis dit.
« Entre deux bouquins, histoire de me changer les idées, je vais me faire un p’tit Maigret » que je me suis lancé.
J’aime bien me lancer des trucs que je ne rattrape pas toujours.
C’est plus farce.
Et puis, un p’tit Maigret, ça fait toujours plaisir et ça n’alourdit pas.
Hop, pop, pop !
Et…
J’ai été bluffé.
A plus d’un titre…
Car ce Maigret là, question d’être hors normes, il est hors normes.

Mais, avant d’aller plus loin, soyons clair.
George Simenon n’est pas, pour moi, de la littérature de gare, c’est (N’ayons peur de rien) l’un des auteurs majeurs du vingtième siècle (Mais si, mais si, mais si, sans rire).
Un style, une efficacité, un rythme, du Grand Art !
Vous voulez savoir écrire, analysez des romans de Simenon (entre autres).
Simenon, ça se lit sans y penser, ça file, ça glisse sous les yeux, et regardez de plus près, vous verrez que c’est fait de main de maitre.
Il est terriblement difficile de faire simple. Quelle que soit la technique, c’est même le plus difficile.
George Simenon, c’est un écrivain qui ne fait jamais, je dis bien jamais, de littérature. Et ça aussi, c’est étonnant.
Dans aucun de ses bouquins une phrase n’est là que pour faire la belle. Il tranche, assujettit, pose, sans s’accorder la moindre fioriture.
Une belle mécanique qui fonctionne comme une voiture de course.
Respect Monsieur Simenon !

Et celui-ci, me direz-vous, qu’a-t-il donc de si particulier ?
Ah ! Ah !
Plusieurs choses…

1. Le temps du récit d’abord.
Le temps préféré de Simenon, sa marque de fabrique, c’est l’imparfait, qu’il utilise souvent à la place du passé simple donnant ainsi une sensation de tranquillité, de bonhomie, de calme intemporel.
Par exemple…
Maigret prit sa pipe, la bourra soigneusement puis appela Janvier.
Maigret prenait sa pipe, la bourrait soigneusement avant d’appeler Janvier.
Pourtant, ici, il écrit majoritairement au présent. Un temps qu’il n’utilise pas d’habitude.
Tiens ?
Pourquoi ?
Difficile à analyser. Peut-être pour donner cette sensation que tout est hors du temps dans cette histoire, une parenthèse. Et puis cette sensation qu’on ne sait pas vraiment ce qui va se passer la seconde suivante. Le présent a cette qualité.

2. Ensuite, son héroïne : Félicie.
Pendant toute la première partie, j’ai cru que Félicie, bonne à tout faire du vieux bonhomme assassiné, était une vieille femme. Félicie, pour ma génération, ça fait vieux.
Pas du tout, elle a vingt ans, des vêtements et des dessous tapageurs.
Oups !
Comme quoi ?

3. Et enfin, l’époque.
C’est un roman qui a été écrit en 1942 et est sorti en librairie en 1944.
En pleine guerre.
Eh bien, aucune référence à l’occupation, pas de militaires, pas de couvre-feu et tout ce bastringue pourtant évocateur.
Ce qui m’a permis de noter que ce n’est jamais le cas.
Un nombre non négligeable de Maigrets ont été écrits pendant la seconde guerre mondiale mais Maigret n’évolue pas dans ce contexte.
Une volonté délibérée de l’écrivain de ne pas inclure son personnage dans l’histoire.
Pourquoi pas !
Un écrivain peut tout se permettre.
Mais c’est bluffant je trouve.
Vous ne trouvez pas ?
Non ?
Ah bon !

A lire en tout cas…
Et pis vous me direz.

Et sur cette dernière phrase, il éteignait son ordinateur, posait les mains sur le bureau, levait le nez et lançait  : « Alors Annabelle, on se le prend ce petit café ? ».

Quelqu’un !

Encre de chine
50 cm par 70 cm

Tableau mis en vente  encadré de noir et protégé sous verre.
Livraison faite à domicile par l’artiste.
800 €
(frais de livraisons compris)
Pour plus de renseignements ou pour l’acheter, contactez-moi par mail
creartiss@orange.fr