Le réveil

Et…
Soudain il n’y eut plus rien.
Rien qu’une dentelle blanche voletant doucement.
Une dentelle de soie qui vint se poser sur deux escarpins dorés.
Abandonnés.
Il se redressa sur le lit, se frotta le crâne.
Douloureux.
Il avait du encore trop boire hier.
Beaucoup trop.
Un trou noir à partir d’une heure du matin. Deux trois ombres dont une très sensuelle.
Où était-il ?
Il reconnut sa chambre, son appartement.
Tant mieux
Les volets étaient fermés. A travers les interstices, des raies de soleil dessinaient dans l’air de fines lignes parsemées de micro poussières.
Une belle journée de soleil, une belle journée d’été.
Il faisait chaud.
Il s’assit sur le lit défait.
Vandalisé.
Il se frotta les yeux.
Avait-il rêvé ?
Il ramassa l’arachnéen string de dentelle blanche.
Non !
il récupéra une des chaussures dorées, à lanières, très hauts talons.
Non !
Il n’avait pas rêvé.
Un parfum dans l’air.
Chanel ?
Non !
Guerlain ?
Non plus !
Lancôme.
Oui.
Magie Noire.
Très d’actualité.
Il sourit, se leva, écouta, guetta.
Un silence feutré.
Une voiture dans la rue, un bruit d’eau dans l’immeuble, le chantonnement de la concierge dans la cour.
Elle était donc partie sans culotte… et sans chaussures.
Étonnant ! Original ! Les chaussures pas la culotte. Il en avait une collection dans son armoire, de toutes sortes, de toutes tailles, de tous coloris. Une forme de carnet de bal d’un genre original.
Mais pieds nus.
Pas mal !
Il traversa la chambre ébouriffée d’un désordre charnel.
Il ne s’était pas embêté, visiblement.
Un souvenir lui revint, deux yeux noirs, une voix rauque, chaude, deux seins d’ivoire.
La retrouver.
Voilà un but pour la journée… enfin pour ce qu’il en restait. Il regarda sa montre 14h30. Il avait fait pire.
Il entra dans la vaste salle à manger moderne, graphique, impeccablement rangée.
Bien ! Ils n’avaient mis du désordre que dans la chambre. Il en fut soulagé. Il était maniaque la plupart du temps et désordonné par intermittence.
La cuisine à l’américaine, rutilante, la machine à café, étincelante.
Une carte de visite bien en évidence, blanche sur le gris lamé.
Bon, l’enquête serait rapide.
Lancer le café, les choses primordiales d’abord.
Des gestes précis, le chuchotement de la machine, une senteur d’Arabica prégnante.
Puis lire le mot.
Une écriture sèche, efficace.
« Très chouette nuit, tu as été formidable, a refaire. J’ai du partir tôt pour aller travailler mais je t’ai laissé des souvenirs que tu me rapporteras (J’y tiens). Quant à marcher pieds nus dans la rue, ne vas pas t’imaginer n’importe quoi. Je sais être organisée et méfiante, c’est mon métier. Et, à ce propos, pour en revenir à des choses plus sérieuses ou en tout cas moins grivoises, je t’attends, comme tu le sais, à 16h45 à mon bureau. A tout à l’heure ».
Hum !
De quoi parle-t-elle ?
« Sylvie Homange, Inspecteur des finances publiques »
La garce !
Il y a des jours comme ça !

 

Photo : Alcina Aubade

Mic Mac Moche au Boul’Mich par Léo Malet

Allez hop, entre deux bouquins, un petit Léo Malet sur le pouce.
Cela se mange sans faim ou sans fin et ça n’alourdit pas.
Celui-là est plutôt réussi. Ils ne le sont pas tous, avouons-le quand même.
De l’humour,  des jeux de mots improbables, de l’action, un petit strip-tease gentiment grivois en début de partie et un petit moment gentiment coquin avec la secrétaire Hélène un peu plus loin.
Bien !
Un Nestor Burma comme j’aime quoi.
On y retrouve les cafés, les cabarets, les restaurants de coin de trottoir,  les lieux interlopes qu’aiment Léo Malet, avec ce plaisir de la promenade dans des lieux réels qu’il affectionne (et moi aussi).

Cerise sur le bouquin (ce qui est rare aussi bien en littérature qu’en pâtisserie), je vous conseille la collection « 10/18, Grands détectives » à trouver en fouinant sur internet ou chez les bouquiniste (Faites un effort, quoi !).
Pourquoi ?
Eh bien, elle est agréable autant en format qu’en écriture et sans trop de coquilles (ce qui n’est pas si courant dans les polars même à l’époque).
Mais, de plus, la préface, d’un certain Francis Lacassin (Que je ne connaissais pas avant de le chercher sur Internet), donne quelques clefs intéressantes sur l’auteur, les clins d’œil qu’il envoie, les références pas forcément si évidente et entre autres aux surréalistes dont a fait partie l’auteur, sans pour autant dévoiler quoi que ce soit.
Pas mal !
Celle-ci s’appelle « Charles Baudelaire Détective ».
C’est dire.

Alors fouinez, cherchez, remuez-vous…
Et lisez.
Et pis c’est tout !

Laurent Vicomte (1956-2020)

Il dessinait des femmes si belles, si belles…
Il avait un trait si délicat, si fin, si sensuel.
Et puis il s’est échoué un jour d’avoir voulu dessiner trop parfait.
Il s’est échoué d’avoir pensé, d’avoir cru, d’avoir tenté d’atteindre l’inaccessible étoile.
Rien n’est parfait en ce monde.
Son trait s’est bloqué, son cerveau s’est embrumé, sa main s’est crispée.
Il est mort de ne plus pouvoir dessiner… jamais.
Arrêté à la page 18…
Pour l’éternité.